Coup de gel sur les vignes : « aucun bassin n’a été épargné »

Lise Monteillet

"Il y a de fortes chances pour que le volume de la vendange 2017 soit une nouvelle fois très impacté", indique Sophie Caron, spécialiste des sujets viti-vinicoles au Crédit agricole.

Quels vignobles ont été touchés par le gel ?

Sophie Caron : Plusieurs épisodes de gel ont affecté le vignoble du 19 au 28 avril et contrairement à l’an passé, aucun bassin n’a été épargné. Des épisodes d’autant plus destructeurs que le cycle végétatif de la vigne était en avance de deux à trois semaines. 

La première vague de gel a particulièrement meurtri le Languedoc-Roussillon où elle a frappé de nombreux fonds de vallée et bas de coteaux (Minervois, Saint-Chinian, Faugères, la zone de Montpellier…). Mais cette vague de froid s’est étendue à l’ensemble du vignoble :

- La Champagne, dans la Marne et l’Aube.

- En Alsace, région qui avait été épargnée l’an dernier, on n’avait pas vu une telle gelée depuis 30 ans. Ce sont les secteurs de plaines aux alentours de Colmar qui ont été particulièrement touchés.

- Des dégâts également dans le Jura et dans le Buggy.

- En Bourgogne, c’est encore Chablis qui a souffert mais aussi les Côtes de Beaune et le Châtillonnais. Les Hautes-Côtes de Beaune et de Nuits semblent épargnées.

- Le sud Beaujolais a aussi été affecté.

- La Vallée du Rhône et la Provence ont été moins touchées ce qui n’empêche pas des pertes locales (Luberon, Var).

- Les vignobles du Val de Loire et du Centre ont également souffert. Ont de nouveau été touchées des appellations comme Pouilly, Reuilly, la totalité de Chateaumeillant, mais aussi Sancerre, Touraine, Chinon et le vignoble Nantais.

- Dans le Bordelais, les vignes ont été impactées plusieurs fois. Tout le vignoble est concerné, avec un taux de gel allant de 20% à 100 % dans les zones les plus exposées. Sont particulièrement affectés : Saint-Emilion, Lalande-de-Pomerol, Blaye, le Médoc, les Graves, les Bordeaux et Bordeaux Sup le long de la Dordogne.

- La zone de Cognac, au début préservé, a été anéanti par une deuxième vague de froid (27-28 avril).  Le bassin charentais est touché à 80%, 30% des parcelles seraient grillées entre 60 et 100%.

Quels moyens de protection ont été mis en place ? Avec quelle efficacité ?

S.C : Devant l’ampleur du gel, les vignobles ont sorti tout l’arsenal pour sauver la production.Les chaufferettes sont le moyen le plus simple pour réchauffer l’atmosphère. Ce dispositif est largement utilisé à Chablis. Dans le Bordelais et en Charente, sur autorisation exceptionnelle de la préfecture, certains ont allumé des braseros alimentés par des palettes et des piquets. Certaines tonnelleries ont même affrété des camions pour envoyer aux vignerons des chutes de bois pour alimenter les brûlots allumés dans les allées.

D’autres ont utilisé les tours antigel. Une fois déclenchées, elles brassent l’air pour ramener au sol celui qui est plus chaud. Ce dispositif est notamment utilisé dans les vignobles de la  Vallée de la Loire. Autres technique : celle de l’aspersion. Celle-ci est réalisée avec de l’eau, ce qui permet de protéger les bourgeons par un enrobage glacé autour de 0 °C. Sont également pulvérisés des produits mélangeant du sucre et de la paraffine. Enfin, les vignobles de Montlouis sur Loire et de Cognac ont utilisé des hélicoptères qui, en tournant sur les parcelles, rabattent au sol l’air plus chaud. Il est encore trop tôt pour juger de l’efficacité de ces différents systèmes mais tous ont un coût qui limite leur utilisation.

Peut-on déjà estimer l’ampleur des dégâts ?

S.C : A ce stade, il est difficile de quantifier les dégâts. En Languedoc-Roussillon, on parle de 20% des bourgeons gelés, idem à Bordeaux, en Champagne et en Charente. Les pertes de production seront également certaines en Alsace et Val de Loire. Dans certains secteurs, les deuxièmes bourgeons seront déterminants. Ils représentent jusqu’à 30% d’une récolte et peuvent compenser partiellement les pertes occasionnées. Mais malheureusement, nous ne sommes qu’au début de la saison… Après le gel, peuvent encore venir la grêle, la sécheresse... Comme l’an passé, il y a de fortes chances que le volume de la vendange 2017 soit très impacté. Or, dans de nombreuses régions, les stocks sont déjà faibles, ce qui pourrait avoir des conséquences dramatiques pour certaines exploitations et certains vignobles.

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Commentaires 3

MANOIR884

Je suis viticulteur à Cognac (8.3ha) 80/100de détruit complètent les 20/100 restant le sont à30/100.L'assurance multipérils va me rembourser l'équivalent de la moitié de mon revenu annuel, avec la réserve climatique que j'ai eu la chance de pouvoir constituer ,l'impact économique du gel sera nul pour mon exploitation en 2017.IL ne serait pas concevable de ne pas assurer sa voiture ou sa maison..... A chacun de prendre ses responsabilités avant de mendier des aides à la collectivité.

Titidu26

Et déjà un bel orage de grêle dans le sud de la Drôme hier soir où certaines parcelles épargnées par le gel ont été détruites à 100%!

Michou

Décidement les années se suivent et se ressemblent: l'an dernier les céréaliers, cette année le vignoble et les arbos,....
Il serait peut etre temps de s'organiser pour applanir ces risques entre filières non ?

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