Cultures et environnement : La viticulture face au Grenelle

Marion Ivaldi

Un an après la tenue du Grenelle, les premiers contours de ce grand projet autour de l'environnement se dessinent. Tour d'horizon des questions soulevées pour la filière vitivinicole.

Le Grenelle de l'environnement vient de faire l'objet d'un vote parlementaire qui vise à légiférer
sur les grands principes. Viendront ensuite deux projets législatifs, le Grenelle 2 et 3, qui
mettent en application ces principes. Déjà les débats des groupes de travail laissent entrevoir
les dispositions qui seront prises en matière de phytosanitaires, certification, production
biologique, énergie et étiquetage environnemental : domaines qui touchent directement la filière
vitivinicole.

Le Grenelle va inciter les entreprises viticoles à améliorer leurs performances environnementales, notamment en créant un dispositif de cerfication : la haute valeur environnementale. (M. Ivaldi)

Le Grenelle va inciter les entreprises viticoles à améliorer leurs performances environnementales, notamment en créant un dispositif de cerfication : la haute valeur environnementale. (M. Ivaldi)

Les phytosanitaires

Le Grenelle de l'environnement prévoit des mesures de retrait échelonné de la fin de l'année
2008 à la fin de l'année 2010 et de réduction d'usage, pour les préparations contenant les
53 molécules les plus dangereuses. 30 molécules doivent ainsi être retirées du marché d'ici
la fin 2008. Par ailleurs, le Grenelle donne pour objectif de diminuer l'usage des produits
phytosanitaires de 50 %. Pour ce faire, le ministère de l'agriculture a lancé le plan Eco-phyto
2018. Ce dernier se décline en 105 mesures. Il répond notamment à l'une des grandes
problématiques posées par les objectifs du Grenelle : comment mesurer de façon fiable la
baisse de l'utilisation des produits phytosanitaires ? Par le Nodu (ou nombre de doses-
unités), répond Ecophyto 2018. Il s'agit d'un indicateur qui est calculé en divisant les
quantités de substances actives vendues par des doses unités des substances
considérées. Ecophyto cherche également à créer une émulation autour des systèmes
économes en produits phytosanitaires. Il veut ainsi mobiliser la recherche, les instituts
techniques et de conseils et démontrer que des solutions existent en créant un réseau de
3000 fermes pilotes.

Il s'agit de diffuser les pratiques vertueuses. Ce plan marque également un tournant en
cherchant à améliorer la formation des viticulteurs et de leurs prescripteurs. À l'horizon du
1er janvier 2010, il est prévu d'instaurer un dispositif d'évaluation des connaissances pour
l'ensemble des utilisateurs, applicateurs et conseillers. “ La réussite à cette évaluation ou à
défaut le suivi d'une formation permettra de bénéficier d'un certificat utilisateur qui sera à
terme (en 2014) nécessaire pour l'achat de produits phytopharmaceutiques ”, indique le
plan. Un autre axe vise à renforcer les réseaux de surveillance des bio-agresseurs, qui
jusqu'à récemment, étaient sous la responsabilité de la protection des végétaux. Il prévoit
notamment la mise en place d'un système permettant la mutualisation des données sur tout
le territoire national.

Eoliennes dans une région viticole de l'Aude. Le développement des énergies renouvelables est un des objectifs prévus par le Grenelle. (G. Deloison)

Eoliennes dans une région viticole de l'Aude. Le développement des énergies renouvelables est un des objectifs prévus par le Grenelle. (G. Deloison)

 

Haute valeur environnementale (HVE)

Le Grenelle prévoit la création d'une certification des entreprises à travers un dispositif en
trois niveaux. Le premier serait défini comme un “ pré-requis ” de la certification avec le
respect de la conditionnalité PAC. Le niveau deux correspond à l'articulation avec des
démarches existantes comme celles du réseau Farre sur l'agriculture raisonnée. Les
vignerons indépendants cherchent ainsi à faire reconnaître leur référentiel de viticulture
raisonnée, Qualenvi. Enfin, le troisième niveau certifiera des entreprises qui répondront à
certains objectifs de résultats. Différentes performances environnementales seront
mesurées. Quatre modules sont actuellement retenus : biodiversité, stratégie
phytosanitaire, gestion des engrais et gestion quantitative de l'eau. L'ajout d'un module “
énergie ” est en cours de discussion. Des réflexions sont également en cours afin de
déterminer les moyens de valorisation pour chacun des niveaux de la démarche de
certification. Il est prévu que ce niveau trois fasse l'objet d'un accompagnement financier
pour aider les entreprises dans leur démarche. L'objectif est que 50 % des entreprises aient
entrepris une démarche de certification en 2012.

Production biologique

Il est fixé comme objectif que 6 % de la surface agricole utile soit cultivée en agriculture
biologique en 2013. Cette part doit atteindre les 20 % en 2020. Pour se faire, il est prévu de
développer la structuration de la filière mais aussi de promouvoir la conversion et la pérennité
des exploitations en augmentant l'arsenal d'aides déjà existantes. Le ministre de l'Agriculture a
ainsi accordé 12 millions d'euros supplémentaires sur trois ans à ajouter à une enveloppe
existante de 22 millions d'euros consacrés à la conversion.

Énergie

Ce volet vise deux objectifs : développer les énergies renouvelables et réduire la
consommation énergétique des exploitations agricoles. Le premier point cherche à
développer un certain nombre d'énergies vertes : bois-énergie, pompe à chaleur, solaire,
thermique, biogaz, géothermie… L'axe relatif à la dépense énergétique concerne surtout les
engins agricoles et viticoles mais ne s'appliquera pas aux ateliers de transformation : les
chais ne devraient donc pas être soumis à des objectifs de réduction des dépenses
énergétiques. Cette problématique de la consommation énergétique a été largement sous-
investie par la filière agricole, notamment parce que le pétrole ne posait pas, jusqu'à
récemment, de questions concernant la maîtrise des dépenses. Il y a donc une quasi
absence de données concernant les dépenses énergétiques des exploitations. C'est
pourquoi le Grenelle devrait s'attacher, dans un premier temps, à dresser un état des lieux
des dépenses. Il pourrait s'appuyer sur un outil baptisé Planète mis au point par
l'association toulousaine Solagro. Il s'agit d'un outil de diagnostic des dépenses associé à
un bilan carbone. L'objectif est que 100 000 bilans énergétiques soient financés à l'horizon
2013 pour toute la production agricole.

Etiquetage environnemental

Au 1er janvier 2011, l'affichage de l'impact environnemental des biens de grande
consommation sera obligatoire. Ainsi à côté du prix de la bouteille, figurera-t-il un jour le prix
écologique. Car le vin, si l'on en croit Christophe Chevré, directeur de l'Anfovi, ne devrait
pas faire partie de la première vague des produits dont l'étiquetage environnemental sera
obligatoire. Les paramètres qui seront pris en compte pour réaliser ce calcul ne sont pas
encore connus. Mais il est certain que ce prix environnemental sera appliqué car la grande
distribution est demandeuse. Déjà deux enseignes, Leclerc et Casino, travaillent dessus et
réalisent des tests grandeur nature. L'Ademe pilote, en partenariat avec la Fédération des
entreprises du commerce (FCD), un affichage- test depuis septembre 2008. Par ailleurs, un
important travail de collecte de données normalisées est lancé. Il permettra de constituer
une base de donnée accessible à tous.

Source Réussir Vigne Novembre 2008

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