Des soupçons sur les clones de syrah non dépérissants

Marion Ivaldi - Réussir Vigne Septembre 2012

Des soupçons  sur les clones de syrah non dépérissants
Le problème de dépérissement de la syrah est tel que les vignerons hésitent souvent à planter. Le choix de clones non dépérissants est souvent la seule solution pour planter un cépage dont la demande sur le marché est soutenue. © IFV

Des clones de syrah vendus comme non dépérissants qui s’avèrent ne pas en être, c’est la mauvaise surprise qu’ont eu certains vignerons. De quoi s’interroger sur le système d’agrément des plants actuels.

Trois clones de syrah très peu dépérissants

En France, un groupe de trois clones est conseillé à la plantation car ils présentent des caractères de résistance au dépérissement. Ils sont appelés “ très peu dépérissants ” et portent les numéros 470, 524 et 747. “ Il faut savoir qu’un groupe de clones est constitué d’individus ayant le même profil génétique ”, indique Pascal Bloy, de l’Institut français de la vigne et du vin. Au sein de ce groupe, 87 % des individus ont une bonne corrélation avec le caractère non dépérissant : ils sont non dépérissants. Ce qui implique également que les 13 % restants peuvent être sensibles.

C’est un “ gros lièvre pour certains ”, un “ événement ponctuel ” pour d’autres. Difficile d’évaluer l’ampleur des dégâts concernant les clones de syrah non dépérissants qui s’avèrent, après analyse génétique, ne pas en être.
En effet, l’absence de chiffres officiels, personne n’est en mesure de jauger l’importance du problème. À la chambre d’agriculture du Vaucluse, quand le sujet est mis sur la table, les bouches se ferment : “ on nous a demandé de faire des analyses pour le compte de vignerons mais je ne peux pas vous en dire plus ”, s’excuse François Béru, du service viticole de la chambre.
À l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) qui réalise les études génétiques, le même flou est à l’ordre du jour : pas de statistiques sur le nombre de clones frauduleux analysés.
Le sujet serait resté sans doute dans l’arrière-cour, si un viticulteur, Jean-Claude Pellegrin, n’avait eu le courage de le mettre sur la table du comité vin de FranceAgriMer en juin dernier. Voici son histoire : “ nous sommes un groupe de huit viticulteurs qui livront à la même cave coopérative. Nous avons décidé de mettre en place une politique de plantation orientée sur la syrah pour répondre aux attentes du marché. Comme c’est un cépage sensible au dépérissement, beaucoup hésitent à en planter. Nous avons donc fait le choix de planter des clones non dépérissants ”. Les huit viticulteurs plantent donc 14 hectares de ces clones. Puis, ils décident de réaliser des analyses génétiques sur trois plants prélevés au hasard, alertés par des collègues ayant découverts le pot aux roses.

Le comité vin mobilisé sur la question

Les analyses confirment malheureusement leurs doutes : deux plants ne correspondent pas au clone qu’ils croyaient avoir acheté. Jean-Claude Pellegrin envisage une action en justice, car pour lui, il y a tromperie sur la marchandise. Il se demande aussi s’il n’y a pas faux et usage de faux puisque les plants présentaient tous l’étiquette de certification d’agrément délivrée par FranceAgriMer. “ Mais on peut aussi s’interroger sur le fait que le pépiniériste peut être lui-même victime de tromperies. Ils sont nombreux en effet à pratiquer du négoce de plants ”, poursuit-il.
Existe-t-il d’autres viticulteurs floués ? Difficile de le savoir mais il est certain que des viticulteurs ont fait la démarche de pratiquer des analyses génétiques. “ Nos analyses montrent le plus souvent qu’il y a des mélanges de clones dans les lots ”, indique Pascal Bloy, spécialiste de la sélection à l’IFV, pour qui le problème pourrait être résolu par une amélioration de la traçabilité.

Revoir la procédure de certification ?

Si la rumeur se confirme et que de nombreux viticulteurs ont été trompés, c’est la fiabilité du système de contrôle et de certification des plants qui risque d’être sur la sellette. Pour Jean-Claude Pellegrin, il est clair qu’il faut “ revoir dans sa globalité la procédure des plants certifiés ”. Il met en cause, notamment, l’autocertification des plants par les pépiniéristes. Par ailleurs, insiste-t-il, “ il est nécessaire qu’il y ait davantage de clarté sur le marché. Si la réserve de plantes mères est insuffisante pour fournir la demande, alors chacun doit prendre ses responsabilités. Et les vignerons devront moins planter ”.

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