Eloge d'un obturateur de bouteille : Petite histoire du bouchon de liège

Claudine Galbrun

Fidèle et inséparable compagnon de la bouteille de vin pendant plus de trois siècles, le bouchon de liège a dû patienter plus d'un bon millénaire avant d'atteindre cette reconnaissance. Ce qui méritait bien un retour sur l'histoire de ce bouchon en compagnie de Philippe Bachy, oenologue.

Nous voilà propulsés au 5e siècle avant J.C., au temps des Étrusques, grands commerçants devant celui qui n'était pas encore l'Éternel et sans doute aussi grands amateurs de vins. Ces derniers en effet n'avaient pas trouvé de meilleurs obturateurs pour leurs amphores de vin destinées à être exportées que du liège, recouvert d'un opercule de pouzzolane. “ À partir de la découverte de ces amphores servant tant au transport du vin qu'à sa conservation, on peut dire que le liège est le plus ancien obturateur utilisé pour conserver le vin ”, indique Philippe Bachy, oenologue. Et celui-ci avait même acquis ses premières lettres de noblesse aux plus belles heures de la civilisation gréco-romaine qui a non seulement marqué l'histoire de l'Humanité mais aussi celle du bouchon ! Cette dernière l'ayant définitivement proclamé comme le système idéal de fermeture des amphores. Et puis, las, les années, les siècles passent et au troisième de notre ère, l'usage de l'amphore est supplanté par celui du tonneau, inventé par les Celtes. Et c'est ainsi que pendant 1200 ans, le liège et ses propriétés étanches sont alors oubliés. Il n'était même pas utilisé pour bonder le tonneau. On lui préférait une simple cheville en bois entourée d'un tissu. “ On ne buvait alors que du vin “ nouveau ”, soit un vin qui ne pouvait se conserver que de un à quelques mois et cela a duré près de douze siècles ”, souligne Philippe Bachy.

La fin de cette période de bannissement va alors commencer à s'achever avec l'invention par Sir Kenelm Digby, Anglais d'origine, de la bouteille de verre au 17e siècle. Bien que celui-ci conseille pourtant pour le bouchage de cette dernière un bouchon en verre, taillé sur mesure et ajusté à la poudre d'émeri et à l'huile (d'où cette tradition qui persiste encore de nos jours et qui veuille que celui qui sert le vin se verse les premières gouttes du breuvage pour éliminer cette huile qui participait autrefois à sauvegarder les qualités dudit breuvage sauf que le bouchon de liège est passé par là, éliminant de fait le recours à cette huile mais, bref ! N'anticipons pas). L'heure de gloire n'avait donc pas encore totalement sonné pour le bouchon de liège d'autant plus que l'usage en France de bouteilles de verre était interdit. “ Les verriers d'alors n'ayant pas la maîtrise suffisante pour en assurer la contenance exacte et éviter la fraude, on préférait aux bouteilles de verre des pots en étain ou en cuivre étalonnés. ” Sauf qu'au même moment, un certain Dom Pérignon invente l'effervescence du vin avec une fermentation totale ou partielle en bouteille, cette dernière devant être forcément dotée d'un bouchage efficace. Et qui mieux que le liège pouvait l'assurer. Et d'en (re)découvrir les vertus.

C'est Dom Pérignon qui a inventé l'effervescence du vin avec une fermentation totale ou partielle en bouteille, cette dernière devant être forcément dotée d'un bouchage efficace. (P. Cronenberger)

C'est Dom Pérignon qui a inventé l'effervescence du vin avec une fermentation totale ou partielle en bouteille, cette dernière devant être forcément dotée d'un bouchage efficace. (P. Cronenberger)

 

Le roi Louis XIV dans un arrêt en date du 25 mai 1728 autorise l'exportation du vin de champagne en bouteille outre-Manche, ses habitants en étant particulièrement demandeurs. Il n'en fallait pas plus pour généraliser l'usage de la bouteille de verre et celui de son fidèle partenaire, le bouchon de liège, aux vins tranquilles. Et puis, il a bien fallu se rendre à l'évidence : un vin bouché au liège, au lieu de se piquer, avait plutôt tendance à se bonifier. Et c'est parti pour le bouchon de liège. Petit à petit, la profession bouchonnière s'organise et établit ses statuts en 1726. Le bouchon est alors façonné au couteau à la main et est de forme conique ce qui lui permet de s'adapter aux variations de la surface interne des bouteilles de verre soufflé à la bouche. Un bon bouchonnier en fabrique alors une centaine d'unités à l'heure. Les ateliers de bouchonniers se développent dans le sud de la France au 18e et 19e siècle. Beaucaire est alors la capitale du bouchon et l'unique marché en gros de bouchons. “ Pendant sept jours en juillet, ce sont plus de 300 000 personnes qui négocient le prix de ces bouchons. ” Cette foire durera jusqu'en 1830, année où les forêts de chêne-liège vont être décimées par le gel. Cette activité va alors s'installer en Algérie, en Espagne et au Portugal avec notamment Antonio Alves Amorim qui crée sa propre manufacture de bouchons à Porto en 1870 avec quatre ouvriers…

De conique, le bouchon de liège, conséquence de l'industrialisation de sa fabrication devient cylindrique. Mais il a fait l'objet d'autres innovations comme l'invention en 1909, par un certain Charles Mac Manus du liège aggloméré dont les applications sont encore présentes aujourd'hui avec le manchon des bouchons de champagne et certains bouchons techniques comme Altec et Diamant.
Las ! En 1959, la société LBM (Le bouchage mécanique), filiale de Saint-Gobain, met au point la capsule à vis pour le vin. Une innovation bien française, certes, mais qui connaît une croissance fantastique dans les pays anglo-saxons et qui ferait même des émules chez les consommateurs de vins français. Celle-ci ne serait-elle pas en train de pousser le bouchon un peu trop loin ?

Source Réussir Vigne Décembre 2009

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