Etude de l'institut rural de Vayres en Gironde : L'activité oenotouristique peine à s'organiser

Claudine Galbrun

Bien que foisonnante, l'offre oenotouristique reste une mosaïque peu lisible, selon la veille prospective sur cette activité, menée par l'institut rural de Vayres (33). Ce qui pourrait aussi nuire à son développement.

L'institut rural de Vayres, avec ses étudiants suivant une formation de chargé de développement en oenotourisme et les professionnels, a créé un observatoire de veille prospective sur l'oenotourisme. Son objectif est triple : explorer en s'appuyant sur l'existant, les futurs possibles à l'horizon 2017, mobiliser les acteurs locaux autour de leurs visions de l'avenir et enfin entraîner les étudiants en situation professionnelle réelle, à la pratique de l'anticipation, indispensable au métier de chargé de développement en oenotourisme. À partir de ce travail, cinq scénarios ou images du futur ont été établis. “ Nous sommes dans le scénario selon lequel l'offre oenotouristique est foisonnante mais fragmentée, ce qui la rend au final peu lisible ”, indique Régine Verdu, responsable pédagogique à l'institut rural de Vayres et qui assure avec la chambre régionale d'Aquitaine, le pilotage de cet observatoire prospectif.

La reconnaissance professionnelle des chargés de développement en oenotourisme passera par leur capacité à prouver que l'oenotourisme est efficace pour développer la vente de vins. (P. Cronenberger)

La reconnaissance professionnelle des chargés de développement en oenotourisme passera par leur capacité à prouver que l'oenotourisme est efficace pour développer la vente de vins. (P. Cronenberger)

Trop de labels tuent le label !

Cette offre oenotouristique est de plus, noyée sous l'avalanche des initiatives de labellisation. Or, trop de labels tuent le label ! “ En Gironde, il existe la charte de qualité Vignobles et Chais en Bordelais, marque propriété du comité départemental de tourisme, la démarche Destinations vignobles, portée par le conseil régional d'Aquitaine et le label d'envergure nationale Vignoble et découverte lancé par le CSO (Conseil supérieur de l'oenotourisme). Toutes ces initiatives partent d'une bonne intention, mais on peut se demander si au final, le consommateur s'y retrouve ”, souligne Régine Verdu. Ce manque de lisibilité pourrait s'accroître encore, prochainement, avec la nouvelle organisation territoriale voulue par le gouvernement. Et l'observatoire de s'interroger sur l'autorité territoriale qui aura demain, légitimité pour attribuer certains labels. Cette explosion de l'offre, loin de garantir la pérennité de l'activité pourrait même mettre celle-ci en danger, avertit ce scénario. “ Il manque un signal promotionnel fort afin d'impulser demain, une logique d'ensemble apte à canaliser ce scénario aujourd'hui envahissant et inquiétant quant à l'avenir de cette activité. ” Autrement dit, l'oenotourisme manque encore de professionnalisation et de produits clairement identifiables. Ce scénario quelque peu pessimiste est alimenté par les faiblesses d'un autre scénario qui mise lui, sur la structuration de l'activité au niveau européen par les pouvoirs publics. Mais les difficultés économiques et encore une fois, les incertitudes liées à la réforme des collectivités territoriales limitent la capacité des pouvoirs publics à concrétiser les ambitions qu'ils affichent. Ce scénario soulève également le fait que les politiques publiques sont quelque peu contradictoires d'un ministère à l'autre, entre celui de la Santé et celui de l'Agriculture, par exemple…

Il est, en revanche, un autre scénario qui en tout cas pour l'heure aura bien du mal à se concrétiser : celui tablant sur la création de “ Wineland ”, soit des parcs de loisir de taille très importante. “ La vision standardisée de la civilisation du vin portée par ce scénario n'est pas dans la culture française ”, indique l'observatoire. Sans compter que concilier sur un même lieu la vente de vin et les jeux pour enfants n'est guère concevable dans le contexte actuel.
Quant au scénario prévoyant le développement d'une offre oenotouristique élitiste et discrète, celle-ci serait tout sauf discrète car soutenues par des acteurs de poids tels Bernard Magrez avec “ Luxury wine turism ” ou Florence Cathiard et “ Les Caudalies ” qui bénéficient d'une bonne couverture médiatique. Elle s'inscrirait finalement dans le scénario tablant sur le foisonnement de l'offre.

Professionnalisation des acteurs de l'oenotourisme

Le dernier scénario parie sur une professionnalisation des acteurs de l'oenotourisme et la reconnaissance des chargés de développement en oenotourisme. “ Certes, on constate une augmentation du nombre d'offres d'emploi pour ce type de profession. Mais reste encore à faire préciser leur statut et à poser sur la table la question du salaire ”, souligne Régine Verdu. Un dernier élément qui passera sans doute par leur capacité à prouver que l'oenotourisme est un levier efficace pour développer les ventes de vin. Car tel est bien l'objectif, en somme.

Source Réussir Vigne Avril 2011

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