Flavescence : sus aux traitements superflus !

Xavier Delbecque

Flavescence : sus aux traitements superflus !
Les larves de Scaphoideus titanus sont très peu mobiles et donnent une estimation fiable du taux de population. - © Inra

Agrobio Périgord et le SRAL d'Aquitaine ont développé un protocole dérogatoire pour la lutte contre la flavescence dorée. Il permet aux viticulteurs bios de s'affranchir du dernier traitement s'il n'est pas nécessaire.

Un collectif milite en Ardèche

Dans le Sud Ardèche, un collectif s'est monté pour limiter l'usage des insecticides dans le cadre de la lutte contre la flavescence dorée. Composé de vignerons, de citoyens et d'élus, sa vocation première est de sensibiliser la population et de l'avertir lors des périodes de traitement obligatoire. Aujourd'hui, le collectif va plus loin en travaillant avec les services de l'État sur le périmètre de la lutte. « Lorsque le SRAL est venu sur place, nous leur avons montré l'une des parcelles avec obligation de traitement et située contre une école, explique Hélène Thibon, vigneronne à Saint-Marcel d'Ardèche. Ils ont tout de suite compris qu'il fallait aller au-devant des problèmes, et l'ont sortie du périmètre. » À l'issue des négociations, la zone en traitement obligatoire était significativement réduite, et celle de la prospection obligatoire étendue. Cette dernière doit être réalisée avec la Fredon, et des pénalités attendent ceux qui ne joueraient pas le jeu. « Il est tout à fait possible d'imaginer de telles initiatives dans d'autres vignobles, mais cela demande que les gens soient motivés et prennent l'initiative d'aller vers les services de l'État », assure Hélène Thibon, qui demande maintenant la généralisation du traitement des bois à l'eau chaude.

Diminuer le recours aux pyrèthres naturels tout en gardant une lutte contre la flavescence dorée efficace, telle est l'idée qui a poussé Agrobio Périgord et le SRAL Aquitaine à développer un protocole dérogatoire. « Le pyrèthre étant non sélectif, de nombreux viticulteurs bios aimeraient réduire son utilisation, constate Thomas Suder, technicien viticole à Agrobio Périgord. Mais lorsque l'on est dans le périmètre de lutte obligatoire, il n'y a pas de choix possible ». Un désir d'autant plus justifié qu'il existe des possibilités d'aménagement en lutte conventionnelle pour supprimer le dernier traitement, la gamme de solutions insecticides étant plus étendue. L'association périgourdine, épaulée du Gdon du libournais et de la Fredon d'Aquitaine, a donc planché sur un moyen d'optimiser les traitements, qui a été validé par le SRAL. Ce protocole repose avant tout sur l'observation. « Nous découpons le vignoble en îlots de cinq hectares maximum, explique Thomas Suder, sur lesquels nous faisons des observations de larves de cicadelles dès le premier stade, au mois de mai. » Un passage qui permet ainsi de déterminer les secteurs les plus sensibles, afin de les cibler par la suite. Plus tard dans la saison, de nouveaux comptages sont réalisés au hasard des parcelles, pour donner le taux de population par îlot. « Le calcul se fait sur cent feuilles, avec un seuil fixé à trois larves, poursuit le technicien. Au-delà, le dernier traitement devra être maintenu. Et en deçà, le vigneron a le droit de le supprimer. »

Convention obligatoire avec l'État et un organisme de conseil

Selon les études antérieures et la bibliographie, ce seuil est suffisamment bas pour qu'il n'y ait pas de contamination. Des pièges sont toutefois mis en place au cours de l'été pour attirer les adultes, afin de s'assurer que la lutte a été suffisamment efficace. Si ce n'est pas le cas, il reste toujours la possibilité de faire un dernier traitement. « Les résultats sont très bons pour l'instant », assure Thomas Suder. Concrètement, les viticulteurs intéressés doivent établir une convention avec les services de la région et un organisme de conseil afin d'obtenir la dérogation. Pas question donc de se lancer tout seul, ce qui évite les dérives. Un technicien de la Fredon se déplace gratuitement lors des observations, compte tenu du faible nombre actuel de participants. Agrobio Périgord demande quant à elle une participation financière, « qui coûte un peu moins cher qu'un traitement, mais ne garantit pas que le troisième passage puisse être évité, informe Thomas Suder. Nous espérons trouver un financement pour rendre la prestation gratuite ».

L'an dernier, 35 hectares bios sur les 42 contraints à la lutte obligatoire ont pu bénéficier de cette dérogation et supprimer le troisième passage. « C'est un réel progrès, car les zones de lutte sont définies par des cercles concentriques, alors qu'il n'y a pas de pression à certains endroits. Ce protocole nous permet d'être plus fin et d'optimiser au maximum l'utilisation des insecticides », conclut le technicien d'Agrobio Périgord.

Source Réussir vigne

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