Formation : Vino Lingua ou l'apprentissage des langues du vin

Claudine Galbrun

Vino lingua est un projet européen dont l'objectif est de mettre en place un programme d'apprentissage de langues germaniques et romanes européennes à destination des petites et moyennes entreprises viticoles. Un moyen de s'ouvrir aux autres. Et d'accéder à de nouveaux marchés.

Comment animer une dégustation en espagnol quand on est un vigneron français, italien ou autrichien et que l'apprentissage des langues étrangères n'a guère été une priorité au cours de son parcours de formation ? Quelles sont les attentes de l'oenotouriste allemand lorsqu'il parcourt l'Europe viticole ? Que souhaiterait-il entendre, qui plus est, et si possible, dans la langue de Goethe ? C'est notamment pour répondre à ces questions qu'a été mis en place le projet européen Vino Lingua qui entre dans le cadre de l'appel d'offres Leonardo (programme éducation et formation tout au long de la vie), mené à la fois par des partenaires issus du monde universitaire mais aussi par des responsables de formation, qui souhaite sensibiliser les viticulteurs aux langues étrangères à travers le thème du vin et produire une méthode d'apprentissage de cette langue du vin, spécifiquement dédiée aux professionnels. “ Vino Lingua s'adresse à tous les vignerons y compris les débutants en langues étrangères ”, précise Laurent Gautier, linguiste à l'Université de Bourgogne et coordonnateur local pour la France de ce projet. Il est à noter que ce dernier s'inscrit dans le Cadre commun de référence pour l'apprentissage des langues depuis l'école primaire, mis en place par le Conseil européen, et que c'est la première fois que celui-ci est adapté à un discours spécialisé, en l'occurrence le vin et dans un objectif professionnel.

L'Union européenne a d'ailleurs mis sur la table un budget de 385 000 euros pour financer Vino Lingua. “ Ce projet qui a démarré en 2010 et qui doit s'achever en 2012, a démarré par un descriptif, une analyse scientifique théorique de la langue du vin en Europe à partir du français, de l'espagnol, de l'allemand et de l'italien. ” Le lecteur attentif ne manquera pas de constater que l'anglais en a été exclu. “ L'un des partenaires de Vino Lingua et qui en est le pilote, Linguistics Innovation, basée en Autriche, a constaté que les seuls outils linguistiques disponibles sur le vin était en anglais. D'où cette décision d'exclusion. Car le but de Vino lingua est bien de favoriser le plurilinguisme, donc d'en finir avec cette domination anglo-saxonne ”, indique Laurent Gautier.

Une partie du programme Vino lingua vise à analyser les besoins des professionnels et à prendre en compte les attentes de la clientèle en matière d'information sur le vin. (P. Cronenberger)

Une partie du programme Vino lingua vise à analyser les besoins des professionnels et à prendre en compte les attentes de la clientèle en matière d'information sur le vin. (P. Cronenberger)

 

Analyser les besoins des professionnels

La deuxième phase du projet a consisté à analyser les besoins des professionnels. Et celle-ci a permis de confirmer les choix réalisés par les chercheurs en linguistique sur la non pertinence de l'anglais dans ce projet. “ Le détour par l'anglais ne satisfait pas les professionnels. Certes, il existe les outils techniques et linguistiques en anglais mais les professionnels estiment qu'il s'agit d'une langue artificielle en matière de vin car elle n'est la langue de personne. ” Les chercheurs ont donc interrogé les professionnels pour connaître leurs besoins vis-à-vis de leur clientèle étrangère. “ Et c'est à ce moment-là que sont apparues certes, des différences linguistiques mais surtout culturelles et que nous avions largement sous-estimées. Si tous souhaitent être capables de présenter leur domaine, leurs vins, d'animer une dégustation, points sur lesquels nous allons nous concentrer pour produire les outils nécessaires, nous devrons adapter le contenu de ces derniers à la culture de chaque pays. Dans la façon, par exemple de conduire une dégustation, un vigneron autrichien parlera de manière très technique et scientifique de son vin. Il n'évoquera pas le terroir mais se concentrera sur l'aspect biochimique de son vin, parlant de ses composants, du procédé de fermentation. Or, le consommateur allemand ou autrichien qui se rendra en France risque de s'attendre à ce que l'on devise ainsi du vin. En Espagne, la partie anecdotique, l'histoire du domaine, de la cave est essentielle lors de la dégustation, bien plus même qu'en France. Il n'y aura pas un mot sur la composition du vin. Quant aux Italiens, leurs demandes portent surtout sur l'oenotourisme tandis que les Français se montrent très intéressés par les vins pétillants. De tout cela, nous allons devoir tenir compte et donc proposer des leçons optionnelles selon les desiderata des professionnels. ”

Source Réussir Vigne Avril 2011

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier