Histoire des vendanges : La tradition du ban s'achève

Claudine Galbrun

Les appellations ne sont plus désormais contraintes de proclamer le ban des vendanges. Pour Hannelore Pepke-Durix, spécialiste du Moyen-Âge, c'est une partie du patrimoine viticole qui disparaît.

Une tradition remontant aux temps féodaux vient de sombrer. Dans une certaine
indifférence et sans doute au grand soulagement de nombreux vignerons tant le sujet
suscitait parfois polémiques et mécontentements. Ainsi, dans le droit fil de la réforme des
AOC, l'Inao autorise désormais les vignobles qui le souhaitent à ne plus proclamer le ban
des vendanges. En Bourgogne, la publication du ban des vendanges est documentée
depuis le xive siècle. Mais le droit de ban, donnant pouvoir de commandement et de
réglementation au seigneur sur toute l'étendue de sa seigneurie se serait pleinement
développé dès le xie siècle, à la faveur de l'anarchie qui régnait à cette époque, due au
démembrement de l'empire carolingien.




Un monopole seigneurial

Ainsi, par ban, le seigneur s'attribuait le monopole de différentes installations tel le four à
pain, le pressoir, le moulin à grain ou de certaines fonctions comme le commerce du vin.
Avec par exemple, le banvin, ce même seigneur se réservait le droit de vendre du vin à
certaines périodes. “ Le banvin avait en fait le même but que nos actuelles foires aux vins :
vider les stocks en cave pour laisser place à la nouvelle récolte, surtout que le vin ne se
conservait alors guère ”, indique Hannelore Pepke-Durix, spécialiste du Moyen-Âge et
chargée de cours à l'Université de Bourgogne. Bien évidemment, toutes les prérogatives
que s'octroyait le seigneur du lieu n'allaient pas sans le versement de la part de ses sujets
d'une redevance, souvent en nature. Le ban des vendanges, quant à lui, avait un plus noble
dessein. “ Il a été le premier véritable procédé de contrôle de la qualité ”, poursuit Hannelore
Pepke-Durix. Il s'agissait en effet de s'assurer que les raisins avaient acquis une maturité
suffisante pour produire un vin de qualité. “ Ce qui s'établissait de manière totalement
empirique, sans doute en goûtant le raisin. ”

Le ban des vendanges est une tradition datant de l'époque médiévale qui permettait de s'assurer que les raisins avaient acquis une maturité suffisante. (Vinsobres)

Le ban des vendanges est une tradition datant de l'époque médiévale qui permettait de s'assurer que les raisins avaient acquis une maturité suffisante. (Vinsobres)

 

Une date et un lieu précis

“ Dans les villes disposant d'une autonomie administrative, notamment les communes
jurées, ces prérogatives économiques leur avaient été transférées par la charte de
commune, ce qui nous vaut les informations très riches contenues dans leurs archives. ” À
Dijon, des officiers ou jurés vignerons, nommés chaque année, “ visitaient ” les vignes afin
de déterminer la date de vendange optimale en fonction des finages, qu'on appelle
aujourd'hui “ climats ” en Bourgogne ou “terroirs ” en d'autres lieux. Des contrôleurs de
l'Inao avant l'heure en quelque sorte. “ Une fois que ces techniciens de la maturité s'étaient
fait leur conviction, ils rédigeaient un rapport en indiquant le jour J pour les différents points
du territoire. ”

Une fois que les vignes à vendanger jour par jour avaient été délimitées, les jurés vignerons
soumettaient leur proposition à la Chambre de Ville, ancêtre du conseil municipal, qui
donnait son aval. Une certaine solennité était alors requise. Un certain éclat aussi. Une
équipée de “ banchiers ” se mettait en route, composée du maire, des échevins, du syndic
de la ville, le tout à cheval et escorté des sergents de ville, des jurés vignerons et du
trompette. Tout ce monde s'arrêtait devant les églises en général et le ban était lu à haute
voix.



Un dialogue rituel s'instaurait entre l'autorité communale et les villageois et vigniers,
ancêtres de nos actuels gardes-champêtres. Ceux-ci en effet se relayaient jour et nuit, afin
d'empêcher toute déprédation dans les vignes à l'approche des vendanges. Car le ban
permettait d'empêcher que des maraudeurs ne viennent voler la récolte avant l'ouverture du
ban. Ces mêmes vigniers offraient à l'autorité reconnue du pain, du vin, une frottée d'ail et
du sel, sachant que le pain et le sel étaient symboles de prospérité. L'ouverture de la
période de récolte avait ainsi un petit air de fête. “ Cette coutume a traversé les siècles et
même survécu à la Révolution sous une forme allégée, le ban étant réduit à une date initiale
à respecter et n'impose plus un ordre précis des terroirs à vendanger. ”

Source Réussir Vigne Novembre 2008

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