Innovation : Quatre cépages anciens au coeur d'un défi industriel

Claudine Galbrun

Vinovalie, union de quatre coopératives du Sud-Ouest, lance le projet Vinneo ou comment industrialiser les procédés d'élaboration des vins de quatre cépages autochtones du Sud-Ouest.

Loin de l'oeil, fer servadou, malbec et duras, quatre cépages originaires du Sud-Ouest qui auraient sans doute disparu sans la tenacité de quelques vignerons, se retrouvent aujourd'hui propulser au coeur d'un véritable défi industriel. Vinovalie, union de coopératives, basée près de Gaillac (Tarn) et qui regroupe les caves de Técou, de Rabastens, de côtes d'Olt et de Fronton, a su fédérer autour de son projet Vinneo, et avec l'appui de l'IFV, les laboratoires, entreprises et chercheurs les plus en pointe pour mettre au point des “ néovins ”. Avec la labellisation des pôles de compétitivité Agrimip Innovation et Qu@limed.

Malbec. (DR)

Malbec. (DR)

“ Nous avons souhaité regrouper des spécialistes de tous les domaines susceptibles de nous apporter une réponse en termes de processus pour améliorer la chaîne de production de vins de quatre de nos cépages autochtones ”, explique Jacques Tranier, directeur général de Vinovalie. “ Nous considérons en effet que ces cépages peuvent constituer un élément de différenciation très fort à l'avenir. Aussi nous voulons capitaliser sur cette demande potentielle en apportant une réponse un peu exotique par rapport à celle d'aujourd'hui essentiellement centrée sur les quatre cépages mondiaux. Dans le domaine du vin, on ne peut plus se permettre de ne pas être innovant. Aussi voulons-nous capitaliser sur des cépages sur lesquels personne n'a jamais capitalisé. On veut parier sur ceux-là. Mais à ce jour, nous n'en avons qu'une vision basée sur l'empirisme. Or, de multiples paramètres entrent en jeu dans leur production et si on ne modélise pas, c'est le miracle de la création. Avec Vinneo, notre but est de laisser le moins de place possible à l'approximation en rassemblant ce qui se fait de mieux en matière de technologie et de recherche pour optimiser la qualité de nos vins de cépages, sur des volumes conséquents et aboutir à un modèle quasi industriel. ”

Duras. (DR)

Duras. (DR)

 

Tripler le chiffre d'affaires export

Le tout assorti d'objectifs commerciaux : Vinovalie table sur un triplement de son chiffre d'affaires à l'export en moins de dix ans avec quelque 2,2 millions de bouteilles de “ néovins ” vendus et la valorisation de 16 500 hl issus des quatre cépages aujourd'hui commercialisés en vrac. “ Nous n'avons pas réuni un consortium de philanthropes. Notre but est bien de dégager de la valeur ajoutée sur le modèle Vinovalie qui pourra ensuite être décliné sur d'autres cépages. ” Pour Eric Serrano, directeur de l'IFV Sud-Ouest et coordonnateur du projet : “ Ce projet est particulièrement intéressant car toutes les firmes et laboratoires de recherche qui travaillent pour Vinovalie vont créer en parallèle leur propre innovation. C'est un projet réellement passionnant à mettre en oeuvre. En cette première année de vendange, il est très motivant de voir tout le monde s'affairer autour d'un même objectif dont des entreprises qui étaient jusqu'ici très éloignées de l'univers du vin. ”

Fer servadou. (DR)

Fer servadou. (DR)

 

En quatre étapes

Vinneo comporte quatre phases avec chacune indiquant concrètement les résultats à attendre. La première porte sur la maîtrise technologique des caractéristiques aromatiques des cépages. Elle doit aboutir à la préconisation d'itinéraires culturaux et oenologiques et à une méthode analytique des arômes de fer servadou. “ Sur ce cépage, deux arômes ont été clairement identifiés : le cassis et le poivron vert. Tout le travail va consister à mettre en oeuvre les techniques propres à exacerber l'arôme de cassis, recherché par le consommateur et à limiter au maximum celui de poivron vert ”, indique Jacques Tranier.

Loin de l'oeil. (DR)

Loin de l'oeil. (DR)

 

La deuxième phase concernera la mise au point d'un procédé industriel d'élaboration optimisé des macérations de la vendange. Elle doit déboucher sur la réalisation d'un fermenteur continu utilisant des levures immobilisées en ce qui concerne la thermovinification et sur le traitement du condensat de la flash détente. Un épépineur doit également être mis au point. La phase trois va s'attacher à la modélisation du potentiel qualitatif du moût par spectroscopie moyen infra-rouge. “ Ce qui nous permettra d'avoir une meilleure gestion de la vendange et de disposer d'un modèle de prévision de la qualité de cette vendange. ” Enfin, la phase 4 devrait permettre d'obtenir un outil de caractérisation du végétal et du raisin à la parcelle. Cette dernière phase sollicitera l'imagerie aérienne afin de déceler, après avoir caractérisé la parcelle, un éventuel lien entre les images et les prélèvements de baies. Ceci devant déboucher sur un logiciel de traitement des images, une carte d'intensité solaire, un prototype de capteur embarqué de la biomasse, un modèle de prévision de l'azote des moûts assorti d'un indice de maturité optimale. Vinneo dispose au total d'un budget de 2,6 millions d'euros. Vinovalie ayant mis sur la table 622 000 euros. Ce projet va durer trois ans. Rendez-vous est pris.

Source Réussir Vigne Novembre 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier