Internet version chinoise

Marion Ivaldi - Réussir Vigne Juillet-Août 2012

Internet version chinoise
En Chine, l’essentiel des recherches Internet s’effectuent sur Baidu et les réseaux sociaux s’appellent Sina Weibo et QQ. © M.-E. Koralewski

L’empire du Milieu n’est pas en reste concernant l’utilisation d’Internet : e-commerce et réseaux sociaux sont en plein boom. Reste qu’y accèder n’est pas aisé.

Internet version chinoise

Internet a ouvert les portes de la communication et du commerce à une grande partie du monde, démultipliant les possibilités de toucher des consommateurs à travers la planète. Mais la Chine a construit son propre Internet qui rend l’accès aux occidentaux non pas impossible mais compliqué, voire très compliqué, car il faut franchir ce qu’il est convenu d’appeler le “ great firewall ” ou “ grand pare-feu ”, version Internet de la Grande Muraille. Et les entreprises viticoles qui cherchent à développer une stratégie internet en Chine se sont toutes, avec plus ou moins de fracas, cognées à cette frontière virtuelle.

Pour s’implanter en Chine, il va falloir franchir le “ great firewall ”

S’implanter dans l’Internet chinois, outre le fait qu’il faut employer un traducteur, c’est se familiariser avec des sites jusqu’alors inconnus au commun des mortels occidentaux. Ainsi, il serait vain de référencer un site francophone, traduit en chinois, sur Google. Cela ne sert strictement à rien. Car le moteur de recherche est très peu utilisé par les internautes. Là-bas, c’est sur Baidu que l’essentiel des recherches sont effectuées (environ 75 % des recherches en 2011). Rien de plus simple que d’opérer à un autre référencement, se dit le vigneron pragmatique. Que nenni ! “ Pour cela, il va falloir présenter et optimiser son site de façon différente que pour Google ”, prévient Nathalie Omori, directrice de la société Zhenji, spécialisée dans le marketing et les stratégies web pour le marché chinois. Cette optimisation peut poser des problèmes à un informaticien français car les Chinois n’ont pas utilisé les mêmes algorithmes que leur confrères occidentaux. Par ailleurs, dans un pays où la contrefaçon est très répandue, il est indispensable d’acheter des “ ad-words ” pour qu’aucune marque ne vienne se placer devant la marque occidentale et détourner le consommateur de sa recherche vers une copie plus ou moins frauduleuse. “ Pour effectuer cet achat, il faut avoir une agence en Chine et verser une somme minimale de 2000 euros. Tout ça pour un site Internet dont la réalisation n’est pas censée être dispendieuse ”, souligne Nathalie Omori.

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Source : We are social, Wikipedia, Them.

La communauté Weibo

 La première étape du référencement passée, il est maintenant temps d’investir les réseaux sociaux et d’éventuellement créer un blog. En effet, en Chine, la philosophie confusianiste est très ancrée et “ ce que dit le groupe, l’opinion publique, est important et agit sur les choix des consommateurs ”, précise Nathalie Omori. Sina Weibo et Tecent Weibo (aussi appelé QQ, à prononcer en anglais) sont les deux sites les plus fréquentés par la population chinoise. “ Le premier est plutôt utilisé par les citadins, de la côte Est en recherche de notoriété, tandis que le second a des membres ruraux, originaires de Chine centrale. Il est aussi très fréquenté des jeunes. Ces deux édifices sont récents et le ciblage de leurs utilisateurs peut ainsi évoluer dans les prochains mois ”, précise Nathalie Omori. QQ a développé un sytème de paiement qui permet à l’utilisateur d’accèder à des fonctionnalités supplémentaires. “ Il existe un niveau gratuit, puis différents grandients qui donnent accès à davantage de fonction : musique, jeux… On est donc QQ red, QQ blue ou encore QQ black, c’est-à-dire VIP. Cela induit un affichage social ”, précise Charles Perez du Mas Becha. Le weibo, nom générique pour désigner un site de micro-blogging (Wei veut dire la parole), permet de poster une image et 140 caractères chinois, ce qui équivaut à 140 mots. “ L’information donnée est donc bien plus longue que celle d’un utilisateur de twitter ”, remarque Nathalie Omori qui estime qu’il faut entre 3500 et 6000 euros pour démarrer sur un des deux réseaux sociaux. Il faut bien évidemment ensuite employer un Chinois pour animer le réseau. “ Cela ne sert à rien d’écrire en anglais ”, précise-t-elle.
 Enfin, pour les plus courageux, le web-vigneron pourra se lancer dans la création d’un blog. Et Nathalie Omori d’insister, “ c’est un job à part entière ”. Il faut en effet obtenir le “ V ” de “ verified ” (pour vérifié) qui garantit l’authenticité du blog et de la marque dont il est question. Pour cela il faut suivre une procédure règlementaire assez poussée : faire traduire son extrait K bis par un traducteur assermenté (se renseigner auprès des Chambres de Commerce ou tribunaux), puis faire viser la traduction du sceau du ministère de l’économie et de l’industrie et de l’ambassade Chinoise. “ Le fait de passer par une agence basée en Chine peut aider ”, ajoute Nathalie Omori. Bref, pour s’implanter dans le web chinois mieux vaut être bien entouré et armé de patience…

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Source : We are social, Wikipedia, Them.

Quelques astuces : exploiter le jeu et rassurer le consommateur

Les Chinois sont connus pour leur côté joueur. Les marques exploitent évidemment ce penchant. “ Une des grandes tendances est d’organiser des concours. J’organise ainsi pour le cognac Hine, un concours de création de cocktail ”, ajoute Nathalie Omari. Charles Perrez, du domaine Mas Becha, a lui aussi relevé cette tendance aux jeux. “ Les jeux sont principalement des jeux de ” farming “ ou de ” RPG “  (Role playing game, jeu de rôle). Certains de ces jeux possèdent des achats en micro-transaction pour faire évoluer plus vite le personnage ou pour avoir des accessoires virtuels uniques. ” Par ailleurs, le web chinois doit relever un challenge : rassurer le consommateur sur l’authenticité de la marque présentée. “ Dans cet objectif, il est important de présenter des fiches techniques très détaillées et d’avoir un ” store locator “ qui permet de localiser les magasins où sont commercialisés les produits ”, précise Nathalie Omari.

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Pour en savoir plus

www.zhenji.info
le blog de Nathalie Omori
de la société Zhenji.
www.charlesperez.net
le blog de Charles Perez où se trouve une présentation sur les usages des medias sociaux en Chine

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