La chasse aux gaspillages lors des préparations phytosanitaires

Marion Ivaldi - Réussir Vigne Avril 2013

La chasse aux gaspillages lors des préparations phytosanitaires
Travailler avec une balance imprécise est à éviter car quelques grammes de plus ou de moins peuvent provoquer une erreur d’une dizaine de pourcents de molécules actives en plus… ou en moins ! © J. -C. Gutner

L’objectif de réduction de l’utilisation des phytos oblige à reconsidérer la préparation de la bouillie. Si, auparavant, des marges d’erreur étaient possibles, la baisse des doses ne laisse plus de place aux imprécisions.

Les produits phytosanitaires sont souvent présentés par les firmes qui les vendent com-me des médicaments des plantes. Le viticulteur doit-il en être l’apothicaire qui dose et pèse à la virgule près ? C’est en tout cas le conseil des organismes techniques, qui s’interrogent sur la manipulation des produits phytosanitaires, leur dosage et leur application. “ Dans le cadre de l’optimisation des intrants, il y a peu de marges de sécurité. C’est pourquoi le viticulteur se doit de travailler sur la précision du produit appliqué ”, explique Sébastien Debuisson, chef de projet viticulture au Comité interprofessionnel des vins de champagne (CIVC).
Depuis deux ans, la station expérimentale de l’interprofession champenoise se penche sur cet enjeu, souvent sous-estimé : comment être certain que la dose appliquée est bien celle que l’on croit appliquer ? Souvent l’erreur est là, mais le vigneron ne la voit pas. Le choix du matériel est évidemment déterminant, le face par face étant préconisé, mais le calcul et l’élaboration de la bouillie ne sont pas à prendre à la légère non plus. À tous les stades du calcul de la bouillie et de son application, le viticulteur commet des imprécisions involontaires… qui peuvent avoir des répercussions fatales sur le résultat de la protection du vignoble.
L’idée poursuivie par le CIVC est de voir comment il est possible de maîtriser au maximum l’erreur humaine. Et Sébastien Debuisson de préciser : “ Au final, en travaillant sur tous les stades de la préparation, du dosage et de l’application de la bouillie, la pulvérisation se fait plus précise. Il ne faut pas s’attendre à faire des économies de produit, mais plutôt à sécuriser le traitement. Il s’agit de passer d’une viticulture d’assurance, où on pouvait se permettre quelques erreurs d’estimations, à une viticulture de précision, sans marges de sécurité. ”
Bref, rechercher l’exactitude et mettre fin aux pratiques empiriques.

1 - Connaître la surface de pulvérisation

La surface cadastrale est souvent utilisée comme base de calcul. C’est la première imprécision évitable ! Il faut en effet utiliser la surface plantée.
“ Celle-ci se calcule facilement grâce à Géoportail, site internet de l’IGN ”, indique Sébastien Debuisson. Reste que la géométrie des parcelles n’est pas forcément un rectangle parfait et que, souvent, la surface plantée n’est pas la surface pulvérisée. Le morcellement des parcelles, certains matériels, peuvent entraîner des doublons de traitement (le rang est traité plusieurs fois) soit de l’intérieur de la parcelle ou de l’extérieur de celle-ci.
“ Il faut examiner les situations au cas par cas pour adapter la pulvérisation ”, indique Sébastien Debuisson. Notamment, il est possible d’aménager le matériel pour adapter le nombre de tronçons traités et éviter les doublons. Cette solution a été testée par le domaine expérimental du CIVC : elle a permis d’économiser 9 % de produit.

2 - Connaître le nombre de litres/ha appliqués

D’abord, il faut connaître sa vitesse d’avancement et le débit de l’appareil.
Concernant la vitesse d’avancement, il convient évidemment de s’y tenir, de vérifier qu’il n’y a pas d’erreurs de paramétrage de l’appareil et de tenir compte des éventuels patinages ou glissements. “ Rouler à 4,5 km/h au lieu de 5 km/h provoque 10 % d’erreur d’application du produit ”, note Sébastien Debuisson. Le débit doit être calculé sur au moins deux à trois buses différentes et le contrôle doit être renouvelé de façon régulière. “ Pour gérer de façon automatique, les systèmes de débit proportionnel à l’avancement (DPA) peuvent aider ”, indique Sébastien Debuisson. Dans la pratique, le volume d’eau utilisé doit être mesuré précisément en s’aidant des instruments électroniques du pulvérisateur quand il en est équipé. Le volume se calcule à l’aide de la formule classique, à laquelle il est conseillé d’ajouter une petite marge de sécurité. “ Cette marge varie entre 3 et 5 litres ”, précise Sébastien Debuisson.

3 - Bien mesurer la dose de produit

Il semble que de nombreuses imprécisions soient provoquées par l’usage d’un matériel de dosage inadapté. Balance de cuisine, éprouvettes trop grandes, bouchons doseurs… sont à bannir. Utiliser les graduations du bidon de conditionnement conduit à une mesure approximative, surtout si le liquide phyto est opaque. Il faut donc s’équiper d’instruments de mesure. “ On ne peut pas mesurer 0,2 litre précisément dans une éprouvette d’un litre ”, remarque Sébastien Debuisson. Balance de précision pour les produits en poudre (entre 150 et 200 euros), éprouvettes de toutes les tailles que l’on trouve chez les fournisseurs de produits œnologiques, assureront une meilleure précision. Car pour les produits que l’on utilise à 200 grammes par hectare, une erreur de pesée de 20 grammes engendre tout de même une erreur de 10 % ! Ce n’est pas rien.

4 - Bien aménager son espace

Pour bien préparer sa bouillie, “ les viticulteurs peuvent améliorer l’ergonomie du poste de remplissage et éviter les erreurs ”, précise Sébastien Debuisson. S’organiser pour éviter les remplissages dans la nature, privilégier la réalisation de cette étape au garage est aussi un facteur pour éviter les erreurs. “ Nous avons entièrement revu notre façon de fonctionner. Désormais, nous préparons les matériels la veille du traitement afin d’être opérationnels à six heures du matin, au moment de traiter. ” Ainsi, les risques d’erreurs de manipulation dues à la fatigue ou à l’envie de partir rapidement sont réduits.

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