La concentration des exploitations viticoles se poursuit

Bruno Carlhian - Réussir Vigne Novembre 2011

Vignoble de l'Hérault.
La pression foncière s’accentue, à Bordeaux comme en Paca. (B. Carlhian)

La disparition de l’activité viticole au sein d’exploitations de polyculture s’est accélérée depuis dix ans. Les vignerons français se spécialisent et s’agrandissent. C'est ce que révèlent les chiffres du recensement agricole.

Chiffres clés : la “ Ferme France ” est passée de 663 800 exploitations en 2000 à 490 000 en 2010

* Exploitations cultivant de la vigne en 2010 : 87 300 exploitations cultivant de la vigne pour 789 000 hectares. En 2000 : 144 000 pour 887 000 hectares.* Exploitations viticoles “ moyennes et grandes en 2010 ” : 58 900 pour 758 000 hectares. En 2000, 83 200 pour 835 000 hectares.* Exploitations spécialisées en viticulture en 2010 : 70 000. En 2000 : 97 600.* Exploitations spécialisées en viticulture, moyennes et grandes en 2010 : 46 900 pour 700 000 hectares. En 2000, 55 400 pour 750 000 hectares.(Source : Agreste)

La vigne n’échappe pas au mouvement de concentration qui affecte l’ensemble de l’agriculture française. À l’examen des premiers chiffres issus du recensement agricole 2010 qui ont été rendus publics courant septembre, le phénomène est même encore plus spectaculaire en viticulture que dans d’autres productions. Facteur d’accélération en vigne : la disparition rapide de l’activité viticole au sein d’un grand nombre d’exploitations revendiquant naguère cette culture et qui l’ont abandonnée depuis 2000. Au global, pourtant, la vigne ne s’en sort pas si mal, en parvenant à maintenir le nombre d’exploitations vivant majoritairement de la viticulture et son potentiel de production. Un bilan dont toutes les productions, notamment l’élevage, ne peuvent s’enorgueillir.
Selon les chiffres généraux du recensement 2010, les seuls intégralement disponibles début octobre, la France comptait 87 300 exploitations cultivant de la vigne, y compris raisin de table, pépinières viticoles et vignes-mères de porte-greffes(1). D’un point de vue numérique, c’est un effondrement. Ce total a pratiquement été divisé par deux en seulement dix ans, soit un rythme de concentration nettement plus élevé que dans le reste de l’agriculture(2). Au recensement de 2000, on comptait encore 144 000 exploitations ayant de la vigne.
Voilà pour les chiffres bruts, plutôt sombres. Mais l’examen du détail des chiffres disponibles permet d’en relativiser la portée économique. Il apparaît en effet que le phénomène de concentration concerne essentiellement les exploitations non-professionnelles et de petites tailles. Si l’on ne tient compte que des exploitations réalisant au moins deux tiers de leur production brute standard en viticulture, l’érosion est moins forte : 70 000 aujourd’hui contre 97 600 en 2000. De même, si l’on ne considère que les exploitations “ moyennes et grandes ”(3), la chute est plus lente : 58 900 contre 83 200 en 2000. Surtout, en dépit du recul comptable, le vignoble français a conservé l’essentiel de son potentiel de production, grâce à un agrandissement de la taille moyenne des exploitations. Les surfaces totales consacrées à la vigne se maintiennent à 789 000 hectares en 2010 contre 887 000 en 2010. Au final, on compte aujourd’hui 46 900 exploitations à la fois spécialisées et de taille moyennes et grandes cultivant 700 000 hectares de vigne. Elles étaient 55 400 en 2000.

La vigne pèse toujours dans le paysage agricole

Quelques départements et régions et ont d’ores et déjà diffusé le détail des résultats à leur échelon. Ils illustrent les dégâts causés par la crise viticole dans certains vignobles. Une exploitation viticole spécialisée sur cinq a disparu en Aquitaine en dix ans et une sur quatre dans la seule Gironde. Le Languedoc-Roussillon a perdu 60 000 hectares de vigne. En Rhône-Alpes, le poids de la viticulture a reculé de 13 % en valeur et a perdu plus de 9 000 hectares. En Paca, la pression foncière a réduit la surface agricole utilisée de 12 % en dix ans, un des taux les plus élevés en France.
Dans un contexte d’évolution très rapide du paysage agricole, la viticulture peut cependant se consoler avec l’importance de son poids relatif au niveau économique et social. En Aquitaine, la vigne représente encore 10 % de la surface agricole utile de la région (et 50 % en Gironde). Elle reste, dans cette région, la première consommatrice de main-d’œuvre extérieure, avec presque deux tiers des effectifs. En Paca, la vigne demeure aussi une culture indispensable de l’agriculture régionale. Une exploitation sur trois y est spécialisée dans la viticulture.
Enfin, il ressort du recensement que les vignerons ont su prendre le virage des évolutions de la demande, notamment en se diversifiant dans l’œnotourisme. Celui-ci a connu un fort développement en Gironde où l’agritourisme en général concernerait une exploitation viticole sur sept.

(1) Selon le bureau des statistiques sur les productions et les comptabilités agricoles, la surface consacrée à la production de raisins de cuve s’élevait en 2010 à 776 786 hectares et celle consacrée au raisin de table à 6 637 hectares.
(2) Ces données sont à comparer à l’évolution de l’ensemble des exploitations, qui passent de 663 800 exploitations en 2000 à 490 000
en 2010 en France métropolitaine, et pour le sous-ensemble des moyennes et grandes exploitations 386 300 exploitations à 312 000 en 2010.
(3) Sont considérées comme moyennes les exploitations dont le potentiel de production est d’au moins 25 000 euros et comme grandes celles dépassant 100 000 euros.

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