La réduction des herbicides sous l’oeil du sociologue

Claudine Galbrun - Réussir Vigne Février 2012

La réduction des herbicides sous l’oeil  du sociologue
L’objectif, avec ces sites vitrines, est de diffuser les résultats obtenus le plus largement possible. Les viticulteurs ne visiteront pas de micro-parcelles d’expérimentation mais des parcelles d’au moins un hectare. DR

Les pratiques viticoles évoluent. Le projet Zéro Herbi Viti vise à promouvoir des stratégies alternatives aux herbicides. Une des originalités de ce projet est d’y avoir associé des économistes et des sociologues.

“ Enherber sous le rang peut apparaître choquant à un viticulteur à qui l’on a appris tout au long de ses études qu’il fallait désherber ”, estime Christophe Gaviglio, de l’IFV Sud-Ouest. “ Il peut donc y avoir des freins à l’adoption de nouvelles pratiques d’entretien du sol. C’est pour cette raison que le projet Zéro Herbi Viti, lancé il y a deux ans avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne, ne s’apparente pas à de l’expérimentation classique, même s’il contient un volet technique. Les résultats que nous en attendons sont avant tout d’ordre sociologique et économique. ” Le projet Zéro Herbi Viti s’inscrit tout naturellement dans le contexte actuel, environnemental, législatif et sociétal, visant à une réduction sensible des intrants chimiques, dans le cadre d’Ecophyto 2018.

Dans la panoplie des intrants utilisés, le choix s’est donc porté sur les herbicides car c’est sans aucun doute le poste sur lequel le viticulteur serait potentiellement prêt à faire le plus facilement des concessions quant à la réduction de leur usage. Ce qui ne serait pas le cas avec les fongicides où la quantité et la qualité de la récolte pourraient être directement affectées. “ De plus, il faut également souligner que nombre de viticulteurs ont encore recours à des molécules herbicides qui sont en passe d’être interdites d’où la nécessité d’étudier des techniques alternatives au désherbage ”, précise Xavier Raffenne, responsable de la filière viticole et œnologie de l’École d’ingénieurs de Purpan, qui participe à ce projet. Ce dernier comporte plusieurs volets : réaliser un état des lieux des stratégies herbicides sur trois bassins (Haut Médoc, Entre-deux-Mers et Midi-Pyrénées) ; déterminer les leviers d’action possibles pour supprimer les herbicides ; comprendre comment les viticulteurs évoluent dans leurs pratiques et enfin, valider des méthodes d’enherbement par des expérimentations sur site pilote.

L’enherbement total n’est qu’une des alternatives possibles

Zéro Herbi Viti a choisi de se consacrer à l’étude de la mise en place de l’enherbement total, qui n’est qu’une des alternatives possibles et qui ne doit pas être considérée comme une solution unique. En effet, comme le montre les premières études sur l’état des lieux des pratiques herbicides réalisées par Damien Chapoulart, élève ingénieur à Purpan, selon le territoire considéré, l’enherbement n’est pas forcément l’outil idéal de réduction des intrants, selon les conditions pédoclimatiques du lieu, certes mais aussi selon des aspects technico-économiques. “ L’objectif de cette étude était d’observer les pratiques actuelles des viticulteurs et de voir dans quelles conditions il est possible d’envisager une réduction des IFT (Indice de fréquence des traitements) pour aller jusqu’à un enherbement total. À Cahors, par exemple, l’enherbement inter-rang et un rang sur deux est principalement utilisé (88 % des viticulteurs enquêtés) mais pour des raisons de praticité (tenue des sols, mécanisation et temps de travail). De plus, du fait d’une politique locale visant à réduire les herbicides, l’IFT moyen est déjà assez faible donc la marge de progression pour atteindre un enherbement total l’est aussi. À Madiran, la logique qui conduit les vignerons à enherber est similaire, d’autant que les reliefs de l’appellation sont difficiles à pratiquer et nécessitent des renforts comme l’enherbement. Là encore, ce dernier n’est pas spécifiquement utilisé pour diminuer l’IFT mais plus pour des raisons pratiques voire agronomiques. À Bordeaux, par contre, la spécialisation des exploitations, leur non mixité, une meilleure valorisation de la bouteille font que les viticulteurs n’ont pas tous adopté la pratique de l’enherbement (inter-rang ou un rang sur deux) et la réduction des IFT reste d’actualité. Les vignerons cadurciens, madiranais ou bordelais n’ont pas les mêmes contraintes de territoire et l’adoption de l’enherbement sous le rang, ne pourra se faire que partiellement et de manière adaptée sur ces territoires.

Même si des limites techniques existent, la possibilité de combiner des travaux à la parcelle et donc de diminuer le temps de travail ou améliorer la fertilité des sols sont autant de solutions envisageables. À Bordeaux, la densité des exploitations et le maillage parcellaire font que l’enherbement sous le rang pourra être mis en place pour des raisons agronomiques (qualité des sols) mais aussi environnementales. ” Sur un plan purement sociologique, examiné par Marion Vidal du Certop (Centre d’étude et de recherche travail organisation pouvoir), suite à une série d’entretiens placés dans un cadre prospectif — une des questions posées étant ; si demain, j’arrête les herbicides, quelles techniques vais-je mettre en œuvre à l’échelle de mon exploitation ? — les viticulteurs peuvent trouver un intérêt à l’adoption de pratiques alternatives aux produits phytosanitaires. “ Contrairement à ce que l’on pourrait penser. Ils manifestent même un intérêt technique et économique à intégrer ces pratiques. Mais ce ne sont pas les seuls centres d’intérêt. On constate ainsi un changement dans la conception même de leur métier, certains viticulteurs estimant que l’adoption de nouvelles pratiques peut être valorisée. Il n’y aurait donc pas que des freins à l’adoption d’alternatives au désherbage même si la chose sera appréhendée qualitativement de manière différente si le vigneron dispose d’un circuit de vente en direct dans laquelle celle-ci sera plus facilement valorisable ou si le vigneron qui raisonne rentabilité avant tout, la considère sous le seul angle technico-économique, estimant qu’un enherbement total est plus économique qu’un travail du sol, surtout si on met à sa disposition des espèces peu concurrentielles. Dans la région de Cahors, par exemple, les vignerons voient un intérêt immédiat à adopter l’enherbement total qui leur permettrait de conserver l’expression du terroir et donc de valoriser leur produit. ”   
     

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