Languedoc : Que faire après l'arrachage ?

Claudine Galbrun

Pour trouver des solutions à l'arrachage massif que connaît l'Hérault, le conseil général a commandité “ une étude d'opportunités ” pour un nouvel aménagement du territoire basé sur la diversification des productions.

Plus de 10 000 hectares de vignes ont été arrachés entre 2006 et 2008 dans le seul département de l'Hérault. Et au total, en Languedoc-Roussillon, c'est la moitié du vignoble qui a disparu depuis la fin des années 70. “ Notre volonté est de conserver une agriculture dans nos territoires, explique Henri Cabanel, conseiller général, délégué à la viticulture. La viticulture a aujourd'hui des soucis même si elle a un potentiel énorme pour rebondir. Mais en attendant, comment fait-on pour gérer l'espace et les territoires ? ”
Pour répondre à cette question, l'observatoire viticole de l'Hérault, émanation du conseil général, a commandité une “ étude d'opportunités suite aux campagnes d'arrachage massif en vue d'initier des stratégies de développement local ”. Autrement dit : il s'agit d'envisager les alternatives de production à la vigne sur les parcelles arrachées. “ Il ne s'agit pas de proposer des solutions toutes faites mais de travailler ensemble sur différentes pistes ”, indique Gérald Savoy de la Safer de l'Hérault, l'un des partenaires de cette étude avec l'Adasea et l'association Mosaïque. Des enquêtes ont ainsi été menées auprès d'une quinzaine de coopératives, de 260 viticulteurs, parmi les plus gros “ arracheurs ” mais aussi auprès de structures économiques issues d'autres filières de production que la vigne afin d'en connaître les potentialités de développement.

Ainsi, la filière fruits et légumes pourrait offrir quelques segments porteurs comme les pommes ou les asperges. “ Mais il s'agit de cultures demandant de la technicité, de l'investissement et nécessitant de l'irrigation ”, souligne Véronique Lafage de l'Adasea. La demande croissante des consommateurs pour des légumes biologiques pourrait également susciter des vocations.

L'observatoire viticole de l'Hérault a commandité une étude pour envisager les alternatives de production à la vigne sur les parcelles arrachées. (J.-C. Gutner)

L'observatoire viticole de l'Hérault a commandité une étude pour envisager les alternatives de production à la vigne sur les parcelles arrachées. (J.-C. Gutner)

 

Produire des plantes aromatiques et médicinales

Il en est de même pour la filière semences et en particulier de luzerne, une plante bien adaptée au climat de la région mais exigeante en eau et qui supposera une restructuration foncière, le parcellaire tel qu'il est aujourd'hui ne pouvant convenir, indique la chambre d'agriculture de l'Hérault.
L'étude de marché reste toutefois à faire. Cette filière semences serait néanmoins prête à apporter un appui technique aux futurs reconvertis. Les filières céréalières et oléagineuses souhaiteraient disposer de volumes de plus en plus importants. “ Mais la rentabilité de celles-ci est liée aux DPU (droits à paiement unique) et aux primes PAC qui ne sont pas toujours accessibles ”, ajoute Véronique Lafage.
Restent enfin la commercialisation de fromages en circuits courts et la production de PAM (plantes aromatiques et médicinales). C'est pour cette dernière solution qu'a opté la distillerie de Murviel lès Beziers. “ Nous avons voulu anticiper 2013 et la fin programmée des apports de lies et de marcs à la distillerie ”, explique Lise Carbonne, présidente de la distillerie. Des sociétaires se sont déjà engagés à produire des PAM sur 65 hectares. “ Mais nous n'en sommes qu'au début du projet. Nous sommes dans l'attente d'une étude de faisabilité. Mais notre objectif est bien de maintenir une dynamique économique. ”

Soutenir l'elévage caprin

La mairie de Causse et Véran a choisi quant à elle, dans le souci de préserver le paysage, de soutenir la création d'un élevage caprin sur 40 à 50 hectares, en attendant un possible renouveau de la viticulture d'ici cinq ans.
Avec la Safer, la mairie est en train de recenser les propriétaires fonciers qui seraient susceptibles de prêter leurs terres pour ce projet. Certaines coopératives toutefois cherchent à conserver leur potentiel de production viticole. C'est par exemple le cas de la cave des coteaux de Neffiès. “ Notre problème est lié à la structure des exploitations de nos adhérents. Beaucoup ont une surface inférieure à cinq hectares. Nous souhaiterions créer une AFA (association foncière agricole) afin de réaménager notre foncier. Mais aujourd'hui, le marché foncier est délirant et les possibilités d'intervention délicates à cause du mitage et de l'agrandissement des villages ”, indique Philippe Bardou, président de la cave. Le conseil général précise toutefois qu'il existe des aides destinées à favoriser les mutations foncières, “ dans l'espoir de conserver la vigne ”, aides qui prennent en charge une partie des frais notariés en cas de mutation, d'échange ou de portage de terre et financées par les collectivités territoriales, l'État et l'Europe.

Philippe Bardou, président de la cave des coteaux de Neffiès : “ Si nous voulons maintenir notre potentiel, nous devons restructurer notre foncier et avoir un accès à l'eau pour irriguer. ” (C. G.)

Philippe Bardou, président de la cave des coteaux de Neffiès : “ Si nous voulons maintenir notre potentiel, nous devons restructurer notre foncier et avoir un accès à l'eau pour irriguer. ” (C. G.)

 

Quid de l'accès à l'eau pour irriguer

Enfin, autre problème à régler si l'on veut maintenir une viticulture compétitive : celui de l'accès à l'eau pour irriguer. Un problème soulevé par la grande majorité des viticulteurs interrogés dans le cadre de cette enquête.
Tous les résultats de cette enquête, mis sous forme de fiches d'actions consultables auprès du conseil général, ont été présentés lors d'une soirée organisée par l'Observatoire viticole, le 3 novembre dernier, devant un public nombreux, attentif mais sans doute quelque peu résigné. Une seule voix discordante s'est fait entendre dans la salle pour déplorer le manque d'anticipation vis-à-vis de l'arrachage des responsables professionnels et politiques et constater que les vignerons se retrouvaient au pied du mur et que ces derniers employaient “ la méthode Coué ” pour les inciter à la diversification.
Et pendant ce temps, les plantations au Chili augmentent de 4 % par an et les Chiliens se sont fixés comme objectif d'ici 2014 d'atteindre un volume de production de 12,9 millions d'hectolitres. Ils étaient à 8,2 millions d'hectolitres en 2007.

Source Réussir Vigne Décembre 2009

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