Languedoc-Roussillon, de la fiction à la réalité

Bruno Carlhian - Réussir Vigne Janvier 2012

Languedoc-Roussillon, de la fiction à la réalité
Une viticulture organisée en îlots, chacun d’eux privilégiant une stratégie de différenciation, telle est l’ambition du bassin languedocien. © P. Cronenberger

Le comité de bassin s’est rangé derrière l’idée d’une filière “ plurielle ” dans la région, articulant vignobles d’appellation et viticulture productive. Les acteurs se sont engagés à en assumer les conséquences et à agir pour une gouvernance plus active.

À l’horizon 2025, les quatre scénarios d’avenir

© P. Cronenberger

À l’horizon 2025 Les quatre scénarios d’avenir> Scénario 1 “ L’union fait la force ”.Une filière plurielle, faite de viticultures localisées et organisées.230 000 hectares, 13 à 15 millions d’hectolitres.> Scénario 2 “ Ceux qui restent en vivent correctement ”.Une filière paysagère, en forme d’œnotorium.120 000 hectares, 4 à 6 millions d’hectolitres.> Scénario 3 “ Les occasions manquées ”.Une filière déclinante, issue d’une organisation sans âme ni projet.150 000 hectares, 7 à 9 millions d’hectolitres.> Scénario 4 “ Chacun pour soi… certains s’en sortent ”.Une filière libérale produisant un développement sélectif et industriel.180 000 hectares, 10 à 12 millions d’hectolitres.

Le comité de bassin Languedoc-Roussillon s’est prononcé en faveur d’un ambitieux “ scénario d’évolution ” de la filière viticole régionale à l’horizon 2025, dont les contours ont été détaillés lors d’une présentation au Sitevi. Les responsables professionnels avaient à choisir parmi quatre scénarios, issus d’une étude prospective entamée en octobre 2009 à la demande de la DRAF régionale et avec l’appui du ministère de l’Agriculture et de FranceAgriMer.
Les commanditaires de l’étude avaient demandé (entre autres) à Hervé Hannin et Patrick Aigrain(1), deux spécialistes chevronnés, moins d’établir des prévisions scientifiques que d’aider les professionnels à bâtir leur stratégie en fonction de quelques hypothèses réalistes. “ L’objectif est de pouvoir proposer, sur la base de cette stratégie, des mesures financières ou réglementaires permettant de soutenir cette viticulture, notamment dans la perspective des discussions sur la PAC après 2013 ”, s’est engagé Pascal Augier, le directeur régional de l’Agriculture.
L’étude vaut par le détail dans lequel sont entrés les auteurs dans leurs hypothèses futuristes, qui ressemblent à s’y méprendre à des situations en gestation aujourd’hui. Le scénario 3, celui d’une filière déclinante, assise sur une organisation “ sans âme ni projet ” paraît correspondre à la pente naturelle vers laquelle conduirait l’inertie des vignerons du Languedoc-Roussillon et de leur environnement. “ C’est le scénario des occasions manquées, a commenté Hervé Hannin, faute de stratégie claire de différenciation du vignoble. ” La viticulture régionale s’y retrouverait coincée entre libéralisation croissante du marché international, désengagement des soutiens publics européens et pression croissante de la demande sociétale en matière de réduction de la panoplie phytosanitaire.

Un scénario ambitieux en matière de maintien des surfaces

Le scénario 2, celui d’une filière devenue “ paysagère ” imagine une viticulture peu à peu sanctuarisée. C’est l’hypothèse d’une viticulture réduite à un “ œnotorium ”. Certains symptômes actuels y conduisent tout droit : une image du “ produit ” vin de plus en plus dégradée du fait de son contenu en alcool et un soutien public reposant essentiellement sur la protection de l’environnement et de la santé. Résultat : la région se replie sur des vins très différenciés à destination d’une clientèle élitiste. L’œnotourisme “ à la ferme ” triomphe, dans une logique de Parc régional, au détriment de toute velléité de conquête des marchés d’entrée ou de moyen de gamme. Au final, le potentiel de production de la région s’érode.
Le scénario 4 privilégie une hypothèse presque inverse, avec l’émergence d’une filière libérale. L’environnement réglementaire s’est libéralisé, les vignerons les moins adaptés à la concurrence internationale disparaissent. Les investissements privés s’emparent d’un vignoble jugé compétitif sur le marché des vins d’entrée et de moyen de gamme, avec une logique de concentration de la production et d’émergence d’une viticulture industrielle. Dans ce cas de figure, le vignoble régional profite de la croissance de la demande à l’export. Les investisseurs bénéficient de la libéralisation des droits de plantation et des pratiques œnologiques, qui autorisent l’aromatisation. L’œnotourisme lui-même devient un business, intégré au marketing des grands groupes.

Un vote sans surprise

Le scénario 1, celui de viticultures “ localisées et organisées ” implique que l’intervention publique poursuit la défense des territoires agricoles et la promotion des attentes sociétales, notamment environnementales. Il sous-entend que la filière régionale a réussi à coordonner la production et la mise en marché d’une gamme régionale complète, cohérente du point de vue économique et lisible pour les consommateurs. La viticulture s’est organisée en îlots, chacun d’eux privilégiant nettement soit une stratégie de réelle différenciation (AOP, bio…), soit une stratégie “ coût/volume ” assumée. Un contexte qui finit par attirer les investisseurs extérieurs à la région et se révèle propice à un œnotourisme diversifié. Le Languedoc-Roussillon s’impose comme un véritable “ cluster ” vitivinicole.
Sans grande surprise, les responsables professionnels ont voté à l’unanimité en faveur de ce dernier scénario, le plus ambitieux en matière de maintien des surfaces (236 000 hectares). Le scénario “ libéral ” n’a pas été pour autant totalement écarté. Il a été en tout cas jugé préférable aux deux autres, notamment par la coopération viticole, qui s’est dite prête à relever le défi d’une viticulture engagée dans la concurrence internationale.
Si leurs positions n’engagent guère les différentes familles professionnelles, elles témoignent d’un consensus croissant au sein de la filière régionale sur les objectifs et la volonté d’avancer en commun. “ Depuis un an, nous avons avancé dans le sens d’une gouvernance commune ”, a assuré Bernard Devic, président d’Intersud de France, fédération des interprofessions régionales. “ Nous disposons de données économiques partagées depuis la centralisation il y a un an des demandes récapitulatives mensuelles (DRM) des sorties de chai des différentes fédérations. Nous avons également mis en place un modèle de contrat unique, et désormais pluriannuel, et unifié le suivi qualité en aval. ” Selon Bernard Devic, “ l’union fait déjà la force ”. “ Ce modèle de gouvernance va certainement se muscler et s’amplifier. ” Le premier mérite de l’étude prospective aura été d’unir la filière du Languedoc-Roussillon derrière une ambition commune.   

 
(1) L’étude a été confiée à l’institut des Hautes études de la vigne et du vin (IHEV) de Montpellier Sup Agro et au centre de recherche INRA de Montpellier.

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