Le défi phyto entre les mains des vignerons

Claudine Galbrun - Réussir Vigne Mars 2012

Le défi phyto entre les mains des vignerons
Désormais, la protection du vignoble est pensée de manière pluridisciplinaire. La parcelle est observée comme un système complexe dans lequel on remet tout à plat ce que l’on sait. Crédit photo : J.-C. Gutner

Le rapport Paillotin annonçait en 2000 l’avènement prochain d’une agriculture raisonnée. Ecophyto 2018 a enfoncé le clou en fixant un objectif de réduction de l’usage des produits phytosanitaires de 50 % (si possible, il est vrai). Deux évènements qui sont en train de modifier considérablement la manière de produire du raisin. On a changé de paradigme. La solution simple et efficace que proposaient les produits phytosanitaires pour résoudre les problèmes liés aux bioagresseurs est à mettre aux oubliettes. Désormais, on doit penser système ou écosystème. Ne serait-ce pas le chemin pour redonner toute sa légitimité au métier de vigneron ?

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Le défi phyto entre les mains des vignerons
Crédit photo : P. Cronenberger

Voir dossier de Réussir Vigne de mars 2012. R. Vigne n°183, p. 18 à 24.

Cepviti, Zero herbi viti, Ecoviti, Aidy, Mildium, Epicure, Optidose, Optipulvé, BSV : le vigneron pourrait avoir légitimement l’impression de crouler sous cet inventaire — presque à la Prévert — de tous les programmes de recherche, d’outils d’aide à la décision et des conseils qui en découlent pour permettre une réduction d’usage des produits phytosanitaires. Comment s’y retrouver ? Quelle option choisir ?
Tout est parti du plan Ecophyto 2018, initié par les pouvoirs publics et fixant un objectif à dix ans de réduction de 50 %, si possible, de l’usage de ces produits. “ Jusqu’à maintenant, les systèmes de production agricoles étaient organisés autour de ces outils, faciles à utiliser et efficaces ”, explique Thierry Coulon de l’IFV. “ Limiter le recours à ces produits déplace les équilibres au sein des systèmes de production. On est obligé d’avoir recours à des alternatives qui n’auront pas la même efficacité. Les reconstructions que les chercheurs et les viticulteurs doivent faire amènent à réfléchir davantage. On sort du modèle traditionnel de la recherche qui partait du fondamental pour aller vers l’appliqué. Il y a désormais des démarches dites “ ascendantes ” qui prennent aussi en compte la capacité des vignerons à innover. On aborde les questions de manière pluridisciplinaire. Les idées se multiplient dans le contexte de pression sociétale et des pouvoirs publics exercée sur nos filières, sachant que le vin, plus que tout autre produit est pris en otage compte tenu des images symboliques, culturelles et quasi-mythiques qu’il véhicule. Mais, après, il faut gérer la complexité de tout ce foisonnement. ” Un avis que partage Jacques Wéry, professeur d’agronomie à Montpellier Supagro : “ Les viticulteurs sont en effet noyés d’informations puisqu’ils entendent parler de plusieurs voies possibles pour diminuer l’utilisation des phytos mais ils manquent d’informations opérationnelles. Ce qui peut engendrer une certaine frustration bien compréhensible. Avec la question de la réduction des phytos, on est en train de changer de paradigme, de changer la façon de penser l’innovation et donc le conseil. Il faut admettre avec ce type d’enjeux, que les solutions miracle n’existent plus. On travaille désormais sur la cohérence d’un ensemble de techniques par rapport à un contexte et à des objectifs. La parcelle est considérée, par exemple, dans le cadre d’Ecoviti comme un système complexe et dans lequel on remet à plat tout ce qu’on sait. C’est une démarche inédite. Ce qui ne peut manquer de désarçonner. Le secteur viticole s’est construit autour de l’expertise, de l’attente de la bonne parole. Ne plus en disposer est déstabilisant pour, les acteurs de terrain ”, estime Jacques Wery.
On peut toutefois tenter de remettre un peu d’ordre dans le catalogue d’objectifs et de mesures que propose Ecophyto. “ Il y a un premier niveau qui est celui du réseau des fermes expérimentales ”, indique Thierry Coulon. C’est un niveau opérationnel qui met en œuvre Cepviti (voir encadré). “ Ce guide propose aux viticulteurs de faire un état des lieux de leurs techniques. À eux de décider par quoi ils doivent commencer, selon le principe d’une boucle de progrès. Le deuxième niveau est celui des plateformes expérimentales. On teste sur le terrain, dans les conditions de la pratique, sur des parcelles de 0,5 à 1 ha, des constructions qui combinent plusieurs outils. On mêle méthodes traditionnelles et Optidose, Zéro herbi viti, des méthodes prophylactiques. On travaille sur les facteurs agronomiques pour diminuer, la sensibilité de la plante aux agresseurs, les SDN, la biodiversité fonctionnelle. On a donc quitté le laboratoire mais on utilise des pistes qui ont été dégagées en laboratoire. Le troisième niveau est celui qui étudie des pistes plus fondamentales. Il s’agit de mettre au point des innovations, de nouveaux procédés, de nouveaux principes actifs… De nombreuses pistes sont fouillées. De multiples disciplines sont sollicitées : entomologie, physiologie, méthodes d’identification génétique… Des travaux sont aussi menés sur le matériel végétal pour créer de nouveaux génotypes. Tout cela se traduira par des techniques pour faire évoluer le système de production à court, moyen et long terme. À court terme, il s’agit de faire diminuer les doses en soignant par exemple son pulvérisateur. Ce n’est peut-être pas très innovant mais si cela permet de diminuer de 30 % les doses de phytos apportées, ce sera déjà une révolution. ”

Les viticulteurs, première source d’inspiration

Mais il ne faudrait pas oublier le maillon essentiel de cette nouvelle chaîne de progrès qui se met en place : les viticulteurs. Et ceux-ci à en croire les chercheurs, seraient même les premiers producteurs d’innovations. “ Les viticulteurs sont capables d’innovation sans qu’on leur tienne la main. Le repérage d’innovations dans les exploitations est d’ailleurs intéressant à étudier ”, estime Thierry Coulon.
“ Les chercheurs développent des méthodes qui permettent à chacun de définir le système le plus adapté. Ce qui fait qu’une bonne partie de l’innovation est chez le viticulteur. “ Le problème est d’en définir le domaine de validité selon le contexte ”, estime Jacques Wery.
“ Les viticulteurs doivent être conscients qu’ils peuvent être acteurs de l’innovation et qu’ils ne doivent pas tout attendre d’une technique qui serait diffusée. Prenons l’exemple de l’enherbement : ce n’est pas une technique mais un composant du système à gérer tant celle-ci est en interaction avec son milieu. Il existe un nombre de modes de conduite infini. Ce qui redonne une vraie légitimité au métier de viticulteur. ” 

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