Le risque médiatique des résidus phytosanitaires

Claudine Galbrun et Marion Ivaldi - Réussir Vigne Juin 2012

Le risque médiatique  des résidus phytosanitaires
La question des résidus dans le vin ne doit pas être prise à la légère par la filière. © P. Cronenberger

Véritable serpent de mer médiatique, la question des résidus phytosanitaires dans le vin a refait surface avec une analyse réalisée par 60 millions de consommateurs. Et si un jour éclatait une crise médiatique, la filière serait-elle préparée ?

"Montrer des visages" , le conseil d'Alain Pajot*

Le risque médiatique  des résidus phytosanitaires

" Un cabinet de gestion de crise intervient lors de deux temps clés : la préparation et l’accompagnement à chaud des filières et des entreprises. Mon principal conseil est de travailler sur qui incarne la profession. Quand le citoyen a peur, il faut lui montrer des visages : un exploitant sincère, une exploitation performante et un geste professionnel. Bref, de quoi le rassurer et rebâtir de la confiance. Il est donc important d’identifier et de former les porte-paroles. Par ailleurs, savoir parler d’une seule voix me semble déterminant pour construire un suivi transversal de la crise et assurer une cohérence. Il faut savoir sortir d’une crise sans trop se taper les uns sur les autres car les médias s’en nourrissent. Plus on divise et plus on alimente la crise. A moyen terme, l’unité est toujours payante. Enfin, l’adaptation aux formats des médias audio-visuels est déterminante. Il faut savoir faire passer un message en quelques secondes, ce qui suppose un travail sur la posture et la présentation du porte-parole. L’adaptation à la communication sur les réseaux sociaux est aussi à travailler. Car en temps de crise, chaque vigneron pourra s’estimer légitime pour communiquer, ce qui peut brouiller le message." * Alain Pajot, fondateur de Crises Experts, www.crisesexperts.com

Des résidus phytosanitaires même dans les vins bio, c’est en substance ce que retiendra le consommateur à la lecture de l’article paru dans la revue 60 millions de consommateurs. La revue a défini une liste de 29 substances chimiques à rechercher dans les 52 vins sélectionnés issus de France mais aussi d’autres pays dont onze vins bios. Les deux tiers de ces substances sont des fongicides, les autres molécules étant des insecticides dont six ciblant les tordeuses. À cette liste a été ajoutée l’ochratoxine A. Résultats de ces analyses : tous les vins issus de la viticulture conventionnelle contiennent des traces de pesticides, “ heureusement à des doses souvent faibles ”, indique 60 millions de consommateurs. Et de poursuivre que “ de manière plus étonnante ”, des résidus de pesticides même dans les vins issus de raisins certifiés biologiques ont été retrouvés.

Le risque de crise médiatique

Sur onze des vins bios étudiés, seuls deux ne contenaient aucun des polluants recherchés. “ L’un d’entre eux contient même jusqu’à 13 molécules différentes. ” Ces traces de polluants seraient liées à des contaminations accidentelles, les parcelles bio étant proches de conventionnelles. “ Certes, les très faibles quantités retrouvées ne remettent pas en cause la certification bio mais le consommateur est en droit d’attendre un vin irréprochable. ” Et 60 millions de consommateurs de réclamer l’imposition de LMR (limite maximale de résidus) sur le vin.
Cette nouvelle étude vient s’ajouter à la liste des articles qui montrent du doigt les contaminations des vins par les produits phytosanitaires. Avec les années s’accumulent les attaques, sans que, pour l’instant, une crise médiatique de grande ampleur ne soit venue bouleverser la filière et créer un séisme économique. Cependant, le risque est là. “ À mon avis, la question des résidus phytosanitaires est dix fois plus grave que celle de la présence d’alcool dans le vin. Nous n’avons pas assez pris conscience de ce qui risque de nous tomber sur la tête ”, déplore Michel Issaly, président des Vignerons indépendants de France. Ce dernier compte bien proposer que Vin et Société, dont la mission se focalise pour l’instant sur les questions d’alcool et de santé, voit son champ d’action étendu à la question des résidus phyto. “ Si nous n’avons pas une communication homogène, le risque est grand que chaque organisation syndicale se renvoie la balle. Cela serait calamiteux ”, s’alarme Michel Issaly.
Mais avoir une communication homogène, la filière y pense depuis… 15 ans ! Ainsi, rappelle Michel-Laurent Pinat, secrétaire général de l’Association française des éleveurs embouteilleurs et distributeurs de vins (AFED) : “ À la suite d’une étude publiée par un magazine qui s’appelait à l’époque 50 millions de consommateurs, un cabinet spécialisé dans la gestion de crise, financé notamment par le CNIV, avait constitué un mapping des gens à prévenir en cas de problème. Depuis tout ce travail est passé aux oubliettes. ” Par ailleurs, un travail a été réalisé par l’Institut français de la vigne et du vin pour mettre à disposition de la filière des éléments techniques de réponse. Un des arguments principaux est de rappeler que les résidus détectés dans le vin sont souvent à des teneurs très inférieures à celles autorisées… dans le raisin. Et Dominique Moncomble, directeur technique de l’interprofession champenoise de renvoyer la balle dans le camp des toxicologues. “ Si les teneurs légales sont contestées, il faut se tourner vers les toxicologues. C’est eux qui fixent les LMR. Je suis fatigué de ces attaques, le plus grand danger ne réside pas dans les teneurs en produits phytos. On ne s’intéresse jamais aux pollutions domestiques… ”
 

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Commentaires 1

pietin113

dans le lait;les antibios permettent aux acheteurs de penaliser le prix de base de15% au producteur tout en l'ecoulant dans la filiere traditionnelle...

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