Le télégonflage viticole en est encore à ses balbutiements

Clara de Nadaillac

Le télégonflage viticole en est encore à ses balbutiements
Lors du travail dans les vignes, l'utilisateur commande le dégonflage des pneus pour limiter les tassements du sol. - © Domaine de La Malmaison

Le télégonflage recèle de nombreux atouts : diminution du compactage du sol, amélioration du confort de travail, économie de gasoil... Pourtant, peu de systèmes adaptés à la viticulture existent. Un domaine champenois s'est néanmoins équipé.

Le télégonflage viticole en est encore à ses balbutiements
Sodijante

L'offre du marché

Plusieurs entreprises proposent un kit d'adaptation au télégonflage.

C'est le cas de Sodijantes, qui commercialise l'Agriwin. Ce dernier se présente sous la forme d'un kit contenant des joints, vannes, câbles et tuyaux, un boîtier de gestion pneumatique ou électronique en option et un écran tactile. Pour l'instant, cet équipement, qui est à compléter avec un compresseur, s'installe à l'extérieur des pneus. Mais Sodijantes planche sur un modèle permettant de faire passer les tuyaux à l'intérieur des roues.

De son côté, la société marnaise Verzeaux importe le système allemand Airbox/drive 2 L. Ce dispositif s'adapte sur tout type de matériel, moyennant la présence d'un compresseur sur le véhicule. Il se positionne également à l'extérieur des roues, et dispose d'un boîtier de commande électronique. L'entreprise avance un temps de gonflage de 6 minutes environ, pour passer de 0,8 à 1,4 bar sur des pneus 540/65 R28 à l'avant, et 650/65 R38 à l'arrière.

Enfin, Téléflow propose le GRP, pour gonflage en roulant programmable. Il se compose d'un pupitre de commande avec écran tactile, de valves brevetées et d'une unité de contrôle et de distribution pneumatique, qui gère les flux d'air vers chaque valve. Tant les valves que l'unité de contrôle se déclinent en version haute pression (HP), permettant « de plus grands débits dans un même encombrement ».

Limiter le compactage des sols, tout en respectant la sécurité des chauffeurs : c'est ce qui a incité Jérôme Courgey, responsable du domaine de La Malmaison et du vignoble bio des champagnes Lanson et Besserat de Bellefon, à équiper l'un des enjambeurs du domaine d'un système de télégonflage. C'était en 2011. « Je voulais avoir à la fois un tracteur équipé d'une cabine hermétique, avec filtration au charbon actif, et donc lourd, et respecter la vie biologique du sol », confirme-t-il. Il se met alors en quête de pneus pouvant travailler à basse pression. « Mon objectif était de pouvoir travailler à 0,6 bar en conditions humides, et 0,8 bar sur sol sec, indique le responsable. Car à charge égale, un passage à 0,6 bar tasse sept fois moins qu'un passage à plus de 2 bars ! » Après maintes recherches, son choix se porte sur des 320/70 R20 Trelleborg TM700 à l'avant, et des 380/85 R24 Trelleborg TM600 à l'arrière. Des pneus hauts et larges, qui impliquent également un changement de jantes. Et une perte de l'homologation de l'enjambeur.
Jérôme Courgey se rapproche ensuite de Jean Urban, qui lui adapte un système de télégonflage Téléflow, avec joints tournants extérieurs et console de réglage en cabine. Connecté à un compresseur hydraulique, ce dispositif permet de passer de 0,6 à 1,8 bar en six minutes, tout en roulant. « Cette installation nous a donné satisfaction la première année, analyse Jérôme Courgey. Nous avons eu deux ou trois arrachages de tuyaux, mais rien de grave. En revanche, la seconde année, qui était pluvieuse, l'enjambeur a davantage chassé dans les vignes et nous avons eu beaucoup de casse. »

Une économie de gasoil de 10 à 20 %

Néanmoins, ces deux campagnes lui permettent de valider l'intérêt du télégonflage : le tassement visuel du sol a disparu, il n'y a plus de bourrelets, ni de goulottes et moins d'érosion. Les hauteurs et les entrées de rangs ne sont plus abîmées ; l'herbe s'y réinstalle. De plus, l'adhérence est optimisée, et de ce fait, le confort de conduite s'en trouve amélioré. Les tracteurs peuvent pénétrer plus rapidement dans les parcelles après les épisodes pluvieux, et progresser plus vite sur route : 32 ou 33 km/h, contre 24 km/h auparavant. De même, ce système induit des économies de carburant : « nous gagnons entre 10 et 20 % selon le terrain, la topographie et le type d'outil, assure Jérôme Courgey. Cela correspond à une réduction de 1 500 litres de gasoil par an ».

Le télégonflage viticole en est encore à ses balbutiements

Des pneus à valves à air comprimé

Le responsable du domaine décide donc de faire évoluer l'installation pour éviter les casses, tout en bénéficiant de cet ajustement de pression. Il troque le réglage en cabine et les tuyaux extérieurs contre des pneus à valves à air comprimé, avec branchement rapide. Pour les gonfler, il faut relier les valves à des tuyaux positionnés sur un enrouleur automatique, et connectés à un compresseur, qu'il recommande de prendre électrique. « Les chauffeurs doivent donc descendre du tracteur pour modifier la pression, regrette Jérôme Courgey. Cela leur prend environ un quart d'heure. Mais c'était la seule solution. Sinon, il aurait fallu percer la colonne d'essieu pour installer un joint tournant à l'intérieur ; une opération que le constructeur d'enjambeur nous a déconseillée. » Mais tout espoir n'est pas perdu. Des constructeurs commencent à s'intéresser à la technologie et envisagent de l'intégrer dans leurs enjambeurs, à l'instar de Kremer ou de Tecnoma. Quant à Fendt, il a déjà sauté le pas sur ses gros Vario.

Le télégonflage viticole en est encore à ses balbutiements

Le choix de la pression se fait en fonction d'abaques données par les équipementiers. Elles tiennent compte de la vitesse d'avancement et de la charge par essieu, ou par roue dans le cadre d'un enjambeur. Ce qui implique de prendre le temps de peser chaque équipement. De même, l'état du sol (sec ou humide) est à prendre en compte.

Un investissement d'environ 6000 euros

Il faut compter dans les 6000 euros, montage compris, pour s'équiper d'un télégonflage à joints tournants extérieurs sur quatre roues.

Le télégonflage est un système qui permet d'adapter la pression des pneus au travail, selon le type de sol ou de tache, en quelques secondes ou minutes depuis la cabine du tracteur. Cela permet d'avoir une pression sur route élevée, pour limiter le contact avec le sol, réduire la résistance à l'avancement et diminuer l'usure des pneumatiques. Et dans la vigne, d'avoir une pression plus faible, permettant d'augmenter la surface de contact entre les pneus et le sol. Ce qui favorise une meilleure répartition des masses et donc un moindre tassement du sol ou de l'enherbement, tout en limitant le patinage. À titre d'exemple, sur route, Jérôme Courgey gonfle ses pneus à 1,2 bar maximum, contre 0,6 à 0,8 bar à la vigne.

Source Réussir vigne

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires