Le vin dans la CE : 6. Conclusions

Laurence Berlemont

1/ Un aveuglement quant à la qualité potentielle des vins produits dans les pays tiers par rapport à ceux de la CE

Le législateur ne semble pas avoir conscience que les pays tiers peuvent éventuellement produire des vins de grande qualité. Le législateur fait preuve d'une étrange autosatisfaction en déclarant « souhaiter asseoir la réputation des meilleurs vins du monde dont jouissent les vins de qualité de la CE ».

Ainsi, n'envisageant à aucun moment que les vins de la CE puissent être un jour dépassés qualitativement par des vins produits dans les pays tiers, une part très faible est faite dans ces textes, à la volonté absolument nécessaire qu'il conviendrait d'avoir de toujours améliorer la qualité des vins de la CE sur le marché mondial.

Se contenter de « maintenir » un niveau qualitatif n'est pas suffisant sur un marché ouvert. Pour rester au plus haut niveau, il est indispensable d'améliorer ses process, son niveau qualitatif moyen, son originalité... Ne pas afficher une volonté forte d'amélioration qualitative permanent est déjà une façon de régresser et donc de perdre ses marchés sur le moyen ou le long terme.

Ainsi, ne sert-il à rien de protéger nos Appellations d'origine ou nos Indications géographiques si le niveau qualitatif stagne. Très rapidement, si la qualité des vins produits dans les pays tiers dépasse celle de nos vins (ce qui est en fait déjà le cas pour un certain nombre de vins), notre viticulture sera amenée peu à peu disparaître.

2/ Freiner la production

La façon dont le législateur a de résoudre le problème de mévente des vins imposant une réduction de la production est effrayante. Si certaines exploitations ne sont pas viables, aider au retrait de l'exploitant concerné est effectivement une solution ponctuelle à un problème humain.

Subventionner l'arrachage de son outil de production va régler d'une manière, certes rapide et simple, le problème de mévente de cet exploitant-là. Mais pourquoi alors, ne pas favoriser la reprise de cette exploitation par un vigneron performant qui manquerait, lui, de volumes de vins pour répondre à ses marchés?

Pourquoi financer la destruction d'un outil de production sans essayer une reprise de celui-ci? Dans l'industrie, trouverait-on normal de détruire des machines outils sans essayer une reprise du matériel, des emplois et des marchés existants...

D'autre part, les producteurs européens dynamiques n'ont aucun moyen de faire face à la concurrence des producteurs des pays tiers si on les empêche de se développer ; et leur interdire les plantations nouvelles est un moyen terriblement efficace pour prévenir tout développement intempestif... Peut-être pourrait-on autoriser les plantations nouvelles, en les conditionnant par exemple, à l'engagement du vigneron de ne pas demander d'aides pendant une période déterminée?

3/ Un positionnement exclusif sur du haut de gamme est très sélectif

Positionner les vins de la CE sur du haut de gamme est un pari qui se défend mais qui présente d'énormes contraintes (surtout si le législateur ne pousse pas les vignerons à accomplir les progrès qualitatifs nécessaires à ce positionnement exigeant). Les vins européens doivent produire en respectant certaines normes de production qui n'existent pas toujours hors CE.

C'est pourquoi envisager le positionnement d'une partie des vins sur une production haut de gamme (qui effectivement fonctionne bien et possède des marchés solides mais relativement restreints) n'est peut -être pas incompatible avec une autre viticulture, moins contraignante qui, tout en respectant les préconisations de l'OIV, aurait néanmoins l'avantage de pouvoir mieux entrer en concurrence avec les nouveaux pays producteurs (dont les climats atypiques leur permettent parfois même de produire deux fois par an...).

Les échanges, les transports de marchandises, les communications sont devenues terriblement faciles et le seront de plus en plus dans un avenir proche. Vouloir protéger nos marchés de la concurrence mondiale est illusoire. Croire que la suprématie des vins européens est immuable est d'une grande naïveté. Notre chance est certes l'antériorité que nous avons en matière de vins et la réputation de qualité que nous avons réussi à maintenir et qu'il faut conserver. Cependant, il faut pouvoir aussi nous battre à armes égales avec des concurrents terriblement énergiques d'un pont de vue de l'innovation technique et d'un point de vue commerciale.

Nous devons être efficaces, ingénieux, productifs et concurrentiels. Ne pas nous reposer sur des lauriers d'un autre siècle. La mise en oeuvre de moyens réellement proactifs serait nécessaire pour que les vins de la CE conservent techniquement et commercialement la suprématie mondiale qui était la sienne il y a encore peu de temps.

Malheureusement, cette législation européenne me donne l'impression triste et désagréable de vouloir gérer par des sortes de soins palliatifs, la mort à petit feu de sa viticulture. Ce n'est pas en limitant les volumes de vins, en poussant les viticulteurs à détruire leur outil de production, en alourdissant la gestion administrative ou en essayant (avec des mesures illusoires) de protéger notre marché européen que nous y parviendrons.

Source Le trait d'union

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