Le vrai visage de l’aval de la filière viticole française

Marion Ivaldi - Réussir Vigne Mars 2012

Le vrai visage de l’aval de la filière viticole française
Les stocks ne sont pas entièrement portés par la production durant la crise. Le négoce a connu une augmentation de ceux-ci de 10 % entre 2006 et 2009. Selon l’étude réalisée par le Crédit Agricole. © P. Cronenberger

Le Crédit Agricole et Montpellier Sup Agro se sont penchés sur les performances financières des entreprises de négoces et des coopératives durant la période 2006-2009. Le visage de l’aval apparaît sans idées préconçues.

Echantillon représentatif

Le vrai visage de l’aval de la filière viticole française

1032 entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à deux millions d’euros ont été enquêtées. 62 % sont des entreprises de négoce, 38 % des caves coopératives. 77 % produisent des vins tranquilles, 23 % sont spécialisées en vins effervescents.

1 - Il existe un mouvement de concentration des entreprises aval de la filière
Vrai-Faux. Le mouvement de concentration est en marche dans la coopération. “ Le nombre de coopératives de premier niveau se réduit depuis 2004 alors que le chiffre d’affaires moyen progresse de 6 % entre 2006 et 2009 ”, indique l’étude. En revanche, le négoce paraît toujours très atomisé. Ainsi sur les 642 négoces enquêtés, 600 ont moins de 50 salariés.

2 - Le chiffre d’affaires du négoce dépasse largement celui des caves coopératives
Vrai. Le chiffre d’affaires des caves coopératives en 2009 est de trois fois inférieur à celui du négoce (6,9 millions d’euros contre 16,6 millions d’euros).
3 - La force du négoce est de pouvoir répercuter entièrement les baisses de prix sur la production
Vrai-Faux. La répercussion de la baisse des prix de marché par le négoce se fait dans une certaine mesure. Ainsi, entre 2007 et 2008, le chiffre d’affaires du négoce recule de 18 %. Ce retrait est certainement provoqué par une baisse des prix de marché que le négoce ne répercute pas entièrement sur ses fournisseurs. “ Le transfert des baisses de prix vers l’amont se sature ”, analyse l’étude. Ce phénomène conduit le négoce à mettre en place une stratégie de maîtrise de la valeur ajoutée : les négociants achètent du foncier viticole et des vendanges.

4 - Les stocks sont portés seulement par la production durant la crise
Faux. Durant la crise, l’aval a également connu une augmentation des stocks. Entre 2006 et 2009, les stocks au négoce ont augmenté de 10 % pour atteindre 33 % des actifs en 2009. Durant cette période, les caves coopératives ont connu une augmentation des stocks de 38 %. “ Ce poste est moins lourd chez les unions de coopératives que chez les coopératives de premier niveau (29 % contre 35 %) car ce sont ces dernières qui portent les stocks ”, précise l’étude.

5 - La capacité de pression des négociants sur ses fournisseurs est supérieures à celle des caves coopératives
Vrai. “ En période de crise, le temps de paiement aux fournisseurs rallongent (ratio de dettes fournisseurs/chiffre d’affaires est de 20-22 % en 2006 contre 30-35 % à partir de 2006 ”, peut-on lire sur le rapport. Les négociants ont un avantage sur les caves coopératives : les dettes fournisseurs qui leur laissent une marge de manœuvre pour financer leur cycle d’exploitation. Entre 2006 et 2009, les dettes fournisseurs de négociants augmentent de 2 % quand celles des caves coopératives bondissent de 48 %. “ Il s’agit d’un effet de crise où les unions de coopératives tirent davantage sur les coopératives de premier niveau. Néanmoins les unions de coopératives paient plus vite que le négoce ”, souligne l’étude.

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6 - Plus une entreprise de négoce est de taille importante, plus elle est profitable
Faux. “ Les entreprises comptant entre 21 et 50 salariés sont les plus profitables et les plus fortement capitalisées ”, explique le rapport. Il est intéressant de noter que le taux de profitabilité (valeur ajoutée/chiffre d’affaires) le plus faible est celui des entreprises de moins de dix salariés, suivi par les entreprises de plus de 500 salariés (voir graphique). Pour l’étude, l’orientation des entreprises de grande taille vers des produits moins créateurs de valeur ajoutée serait l’explication. Il semble aussi, que “ n’ayant pas atteint la taille critique notamment au niveau commercial et marketing, elles ne bénéficieraient pas d’économies d’échelle contrairement à ses concurrentes du Nouveau Monde ”.

7 - L’export est synonyme de meilleures performances pour le négoce
Vrai-Faux. Si les entreprises les plus exportatrices apparaissent comme les plus profitables, les entreprises non-exportatrices arrivent en deuxième position en terme de création de valeur ajoutée et de profitabilité (voir graphique ci-contre). L’export est donc un vrai métier et mieux vaut y consacrer une bonne partie de sa production pour dégager une vraie profitabilité. Il semble qu’il faille atteindre un seuil critique, le taux d’export de 25 %, pour s’assurer de la rentabilité de cette activité.

8 - Les caves coopératives maîtrisent mal leur valeur ajoutée
Faux. Les caves coopératives de premier niveau ont un taux de valeur ajoutée qui avoisine les 17 % quand celui du négoce est de 18 %. Les deux types de structures maîtrisent ainsi de façon équivalente leur valeur ajoutée. Plus précisément, les caves coopératives de premier niveau qui commercialisent également leur vin ont un taux de valeur ajoutée qui oscille entre 20 et 25 %. Par ailleurs, quand on ajoute les valeurs ajoutées créées par la coopération de premier niveau et les unions de caves, le taux de valeur ajoutée s’élève à 29-30 %, soit 12 % de plus que le négoce.

9 - Les unions de caves coopératives sont créatrices de valeur ajoutée
Faux. La coopération a des efforts à faire auprès de ses unions de coopératives. Leur taux de valeur ajoutée est faible seulement 11 %. “ Elles semblent ne pas être aussi performantes que le négoce sur la mise en bouteille ”, suppose l’étude.

10 - La crise a limité les investissements
Vrai. L’étude montre que les entreprises de négoce comme les cave coopératives ont limité leurs investissements durant la crise, les premières par mesure de prudence, les secondes pour assurer un revenu à leurs adhérents.

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