Machines à vendanger : Des grands crus de Bourgogne relancent le débat

d'après AFP

A l'heure où les vendanges s'achèvent en Bourgogne, les propriétaires de cinq prestigieux domaines relancent le débat sur l'utilisation de la machine à vendanger en s'imposant dans leur cahier des charges la récolte manuelle.

Au début de l'été, les propriétaires de cinq monopoles (parcelle exploitée par un seul producteur) de la Côte de Nuits, aussi prestigieux que La Tâche, La Romanée, Romanée-Conti, La Grande Rue et Clos-de-Tart, ont demandé avec succès à l'INAO d'ajouter à leur cahier des charges l'obligation de vendanger à la main.

Si eux-mêmes récoltaient déjà uniquement à la main, cette officialisation se veut un signal fort pour toute la région : l'Union des grands crus de Bourgogne et son président, Louis-Michel Liger Belair, à l'origine de l'initiative, souhaite en effet bannir la machine à vendanger de tous les grands crus et premiers crus bourguignons.

« Ce n'est pas du tout un combat contre la machine à vendanger. Elle a sa place dans le paysage bourguignon, mais ce n'est pas l'élément le plus porteur de la tradition », déclare Louis-Michel Liger Belair. « Dans les grands crus, ces 2% qui vendangent encore à la machine font un mal terrible à notre image. Quand on vend du vin, on vend du rêve », ajoute-t-il.

Il fait valoir la meilleure qualité du travail manuel et la fragilité du cépage exclusivement utilisé en Bourgogne pour le vin rouge, le pinot noir.

La vendange manuelle étendue à la Bourgogne?

« Cette démarche est compréhensible, car elle est liée à une certaine recherche de qualité, mais on ne demande pas des vendanges à la main dans toutes les appellations de France », explique Jean-Louis Buër, directeur de l'INAO, organisme chargé du contrôle et du respect des cahier des charges.

« On ne va pas forcément transposer à l'un ce que l'autre s'est imposé. On fonctionne au cas par cas, la machine à vendanger fonctionne très bien dans d'autres appellations de qualité », ajoute-t-il.

Laurent Gotti, journaliste spécialisé dans le vin, se dit favorable à l'extension de l'interdiction de la machine à vendanger dans les grands crus et les premiers crus, voyant un « rôle social » dans la récolte du raisin à la main. « Derrière cette question, il y a des emplois en jeu et la tradition des vendangeurs qui deviendront des amateurs de vin plus tard », estime-t-il. Il n'en reconnait pas moins la différence de coût entre une vendange manuelle
(2.000 euros/hectare) et mécanique (1.000 euros/hectare) qui peut avoir son importance et la réactivité qu'autorise la machine à vendanger.

Du côté de Chablis, où « 90% du vignoble est vendangé mécaniquement », selon le coprésident de l'appellation, Frédéric Gueguen, on est « contre »
l'interdiction de la machine à vendanger. « Aujourd'hui les machines ont beaucoup évolué, elles n'affectent pas la qualité et elles sont un outil fantastique », assure M. Gueguen, qui met au défi quiconque de distinguer entre un vin blanc vendangé manuellement ou mécaniquement, car, assure-t-il, le cépage destiné au blanc est bien plus robuste.

Face à ces crispations, M. Liger-Belair se demande s'il ne vaudrait pas mieux « travailler sur la notion de charte », à laquelle les exploitants des grands crus et premier crus « adhéreraient sur la base du volontariat d'ici deux à trois ans », plutôt que d'imposer un cahier des charges.

Source AFP

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