Matériel végétal : Regain d'intérêt pour les hybrides

Claudine Galbrun

Diminution des coûts de production car tolérantes aux maladies, respect de l'environnement : les variétés hybrides interspécifiques suscitent de plus en plus d'intérêt chez les vignerons.

“ Il y a seulement dix ans, si nous avions proposé des variétés hybrides interspécifiques, on nous aurait pris pour des fous, estime Pascal Bloy, de l'Entav-IFV. Ces variétés avaient en effet très mauvaise presse compte tenu de la piètre qualité des vins obtenus mais les mentalités sont en train d'évoluer. ” Ce que confirme Jacques Rousseau de l'ICV (Institut coopératif du vin) : “ la demande professionnelle pour utiliser ce type de cépage en France est en train de monter ”. Deux éléments au moins expliquent ce regain d'intérêt. Le premier étant la recherche d'une diminution des coûts de production. Or, ces variétés étant tolérantes aux maladies, le poste de charges lié aux phytosanitaires s'en trouve considérablement réduit. “ Même si ces variétés ne sont pas totalement résistantes aux maladies, même s'il faut envisager deux traitements anti-oïdium par an et un traitement anti-mildiou une année sur quatre, l'économie peut atteindre entre 400 et 600 euros/ha/an ”, ajoute Jacques Rousseau. Second élément : le respect de l'environnement. “ Techniquement, le recours aux hybrides est une voie majeure pour atteindre les objectifs de réduction d'usage de 50 % des phytosanitaires fixés par le Grenelle de l'environnement ”, poursuit Jacques Rousseau. Cela pourrait aussi constituer une opportunité intéressante pour les viticulteurs biologiques. Un argument que mettent d'ailleurs en avant les Suisses et ce qui se passe dans ce pays, mais aussi en Allemagne, contribue sans doute à titiller la curiosité des vignerons français.

Le Cabernet Carbon, cépage hybride d'origine allemande, pourrait prochainement faire l'objet d'expérimentations en France en vue de son inscription au catalogue officiel des cépages. (DR)

Le Cabernet Carbon, cépage hybride d'origine allemande, pourrait prochainement faire l'objet d'expérimentations en France en vue de son inscription au catalogue officiel des cépages. (DR)

Un déficit d'image

Contrairement à la France qui avait arrêté toute recherche sur les hybrides jusqu'à ce qu'Alain Bouquet, directeur de recherches à l'Inra et décédé en 2009, les relance à la fin des années 70, celles-ci ont été ininterrompues en Suisse et en Allemagne, aboutissant à la création de variétés résistantes et surtout qualitatives. La réglementation dans ces pays y étant plus souple qu'en France et les hybrides n'y souffrant pas d'un déficit d'image. Un déficit d'image qui serait tel en France que l'Inra et l'IFV qui continuent l'oeuvre entamée par Alain Bouquet, s'interrogent sur l'opportunité de dénommer hybrides, les futures créations variétales, fruits pourtant d'un croisement entre vitis vinifera et muscadinia rotundifolia et présentant une tolérance au mildiou et à l'oïdium. Mais les premières inscriptions de ces créations variétales n'interviendront au mieux que d'ici trois ans. L'Inra est en train d'évaluer des variétés présentant une résistance monogénique aux maladies tout en testant la durabilité de cette résistance. La virulence ou l'agressivité de certaines populations de mildiou ou d'oïdium pourrait induire un contournement de cette résistance dépendante d'un seul gène de la vigne. “ En tant qu'institut de recherche et obtenteur, nous ne pouvons prendre le risque de commercialiser des variétés annoncées comme résistantes et qu'il faudrait ensuite traiter de manière classique. Même si nous avons conscience que les besoins de la filière sont pressants ”, souligne Christophe Schneider, de l'Inra de Colmar. “ Mais l'Inra a aussi une démarche de création de variétés à résistance polygénique qui pourraient être inscrites au catalogue d'ici six ans. ”

Une quinzaine d'hybrides inscrits au catalogue

En attendant, une quinzaine d'hybrides ancienne génération sont toujours inscrits au catalogue officiel français. “ Ces variétés peuvent donc légalement être implantées ”, indique Laurent Mailloux, secrétaire technique du CTPS (Comité technique permanent de la sélection). “ Peut-être que retravaillés avec les technologies modernes, ces hybrides de mauvaise réputation pourraient s'avérer intéressants pour la production de vins sans IG (Indication géographique) corrects. ” Certes, ils sont non primables. Mais, ajoute Laurent Mailloux, “ des vignerons intéressés, soutenus par des organismes professionnels, pourraient sans doute bénéficier d'une dérogation à cette interdiction financière, compte tenu du fait que la plantation de telles variétés tolérantes aux maladies s'inscrit dans les objectifs fixés par les pouvoirs publics ”. Et puis il y a ces variétés suisses ou allemandes. “ Pourquoi ne pas les introduire en France et réaliser des tests ? ”, suggère Laurent Mailloux qui d'ailleurs indique que des projets seraient en cours. Il serait même question d'assouplir les conditions d'expérimentation de telles variétés. La mise en oeuvre d'un catalogue européen des variétés, autrement dit tous les cépages européens seraient reconnus dans tous les Etats-membres, pourrait faciliter encore les choses. Ce pourrait être effectif en 2013.

Source Réussir Vigne Juillet-Août 2010

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