Où le vin en vrac gagne ses lettres de noblesse

Marion Ivaldi - Réussir Vigne Janvier 2013

Où le vin en vrac gagne ses lettres  de noblesse
Lancé par une entreprise espagnole, Central Enologica, il y a trois ans, la WBWE se déroule à Amsterdam au cœur d’une des plus importantes plaques commerciales de vins en vrac d’Europe. © M. Ivaldi

Pour la troisième année consécutive, s’est tenu à Amsterdam les 19 et 20 novembre 2012 un salon professionnel dédié aux acheteurs et vendeurs de vin en vrac : la World Bulk Wine Exhibition.

Fin de journée dans les allées de la World Bulk Wine Exhibition. Que ce soit du côté des négociants ou des producteurs français, les traits sont tirés mais la mine est réjouie. Les affaires ont bien marché. De nouveaux acheteurs ont été rencontrés, 30 millions d’hectolitres négociés, dit-on. “ Chinois, Russes, Québécois, Allemands, Ecossais… ”, Thierry Icard, président d’Inter Med, égrène l’origine des visiteurs qui sont venus découvrir ses vins. Selon lui, l’évocation de prix à la hausse n’a fait sourciller personne. “ Les gens ici sont des professionnels. Ils connaissent la réalité des volumes produits cette année ”, estime Bruno Kessler, de Maisons du Grand Sud. C’est donc l’enthousiasme du côté français pour ce salon, lancé par une entreprise espagnole, Central Enologica, il y a trois ans. Elle a choisi la Hollande pour s’installer au cœur d’une des plus importante plaque commerciale de vins en vrac d’Europe. Il s’agit de créer une vitrine pour les “ vraqueurs ” qui ne jouent plus sur un marché annexe mais bien sur un créneau avec des vins de base mais aussi, et ce, de plus en plus, premiums.

De nombreux Français présents pour la première fois

Placés juste à l’entrée du salon, l’IGP Méditerranée ne feint pas son sourire. Ses rosés ont retenu l’attention de nombreux visiteurs en la quasi-absence de concurrents. “ Nous venons ici pour la première fois. Notre stratégie est de nous développer sur de nouveaux pays et de réaliser une éducation au rosé pour que nos clients comprennent que cette couleur a sa place sur les tables au même titre que les autres couleurs ”, explique Stéphane Orjubin, président de l’Association des caves coopératives de l’Oppidum d’Entremont. Coop de France Languedoc-Roussillon tient aussi son stand pour la première fois avec six caves présentes. “ Nous sommes venus ici car nous souhaitons nous émanciper de certains de nos clients locaux en développant l’export en vrac ”, explique Gérard Bancillon, vice-président de la cave des Collines de Bourdic qui vise surtout les marchés européens par souci de solvabilité mais serait peut-être tenté par la Chine. Les allées ne manquent pas de surprises : on y trouve du chablis en vrac mais aussi les fournisseurs de la filière. L’équipementier Pera, partenaire de l’évènement, et le bouchonnier Nomacorc ont fait le déplacement. “ Les visiteurs sont des représentants de la grande distribution, des importateurs, des courtiers… À un moment donné, ils devront embouteiller les vins qu’ils sont venus chercher ici. Nous les rencontrons pour les éduquer à nos bouchons synthétiques ”, explique Fabrice Chevallet, directeur commercial France pour Nomacorc, convaincu du futur développement du marché du vrac.

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Vers une meilleure valorisation ?

C’est aussi l’avis des experts venus livrer leur analyse du marché au cours d’une conférence organisée sur le thème : “ les variétés sont l’épice de la vie : l’importance des cépages dans le marché international des vins en vrac ”. Les chiffres (1) présentés par l’Organisation internationale de la vigne et du vin montrent l’engouement croissant que connaissent les vins en vrac. Entre 2008 et 2011, la part des vins en vrac dans les exportations internationales est passée de 31 % à 38 %, soit une augmentation de 6,1 % sur la période. Les importations internationales ont cru de 43 %. Pour Rafael del Rey, directeur de l’observatoire du marché des vins espagnols, l’explication du succès réside dans l’attrait du prix, plus bas que ceux des vins conditionnés. “ Il semble que la majorité des pays aient une demande constante en matière de vins. Devant la hausse des prix, ils transfèrent leurs achats sur les vins en vrac. ” Cependant les bas prix risquent de poser un problème de valorisation des vins, a souligné Rafael del Rey. Si les vins en vrac sont le moteur de la croissance en volume des marchés internationaux (hausse de 4 millions d’hl entre 2010 et 2011 contre 1,7 million d’hl pour les vins conditionnés), ils captent moins de valeur. “ Les vins en vrac ne pourront pas tenir longtemps un prix de base de 63 centimes/l contre 3,06 euros/l pour les vins conditionnés ”, estime Rafael del Rey. Pour lui, les vraqueurs doivent répondre à une question : “ le marché des vins en vrac est-il un marché de commodité, avec des prix soumis aux variations ou doit-il être stable mais associé à de la qualité et des services ? ” La question est loin d’être tranchée…      

(1) Sont considérés comme vins en vrac par les douanes les vins vendus en containeurs mais aussi les BIB à partir de deux litres.

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