Petit abécédaire des dispositifs antigel en vigne

Raphaël Lecocq

Petit abécédaire des dispositifs antigel en vigne
BV-dis

Aspersion, bougies, bruleurs à propane, chaufferettes, drone, fils chauffants, hélicoptère, oligosaccharides, thermonébulisateur, tour à vent : l’arsenal de moyens de lutte antigel ne cesse de s’étoffer. Les Chambres d’agriculture publient une brochure recensant les modalités d’une partie d’entre eux (pièce jointe).

Gel advectif et radiatif

Le gel advectif est un gel typiquement hivernal, généré par le passage d’un front froid dépressionnaire sinon par une invasion d’air polaire, sans gradient de température entre le sol et une altitude jusqu’à 30 m. Le gel radiatif sévit au printemps lorsque la chaleur accumulée dans le sol s’élève dans l’atmosphère et laisse la place à un air froid et plus lourd autour de la végétation. Le gel radiatif se produit par temps clair et sans vent. Il engendre des gelées blanches par temps humide et une température du point de rosée supérieure à 2,2°C et des gelées noirs par temps sec et une température du point de rosée inférieure à 2,2°C.

Aspersion : efficace mais dispendieuse

Cette technique consiste à arroser la vigne sans interruption pendant la période critique, à l'aide d'asperseurs disposés tous les 15 à 20 m, afin que la température des bourgeons et des organes herbacés ne descende pas en dessous de 0°C. Il s'agit d'une méthode non polluante mais consommatrice d'eau (environ 50 m3 par heure et par hectare). L’aspersion requiert des investissements lourds mais ces derniers peuvent servir l’irrigation le cas échéant.

Bougies et chaufferettes : contraintes de main d’œuvre

Efficaces contre tout type de gel, les chaufferettes au fioul et les bougies de paraffine sont les plus anciens moyens de lutte contre les risques de gel printanier. Disposées entre les rangs, elles permettent de réchauffer l'air avec une certaine efficacité jusqu'à -4 à -5°C, et de limiter la perte de chaleur du sol par rayonnement. Elles sont cependant émettrices de CO2 et requièrent de la main d’œuvre pour leur mise en place et leur allumage. A réserver aux petites surfaces.

Bruleurs à propane : fixe ou mobiles

Moins polluants, moins couteux et automatisables, ils constituent une variante aux chaufferettes et bougies. Ils existent aussi sous forme mobile. Attelée à un tracteur, la turbine à gaz Frosbuster peut protéger jusqu’à 10 ha en évoluant à la vitesse de 10 km/h entre les rangs, pour une consommation de 3 à 4 kg/ha de gaz propane.

Drone : brassage + chauffage

Inventé par un producteur de fruits rouges et de plantes médicinales en Corrèze, le drone Protégel embarque des brûleurs déjouant le gel advectif pendant que l’effet ventilateur des pales produit son effet contre le gel radiatif. Lauréat du concours Agreen Startup (2ème Prix) organisé par les Chambres d’agricultures, le drone Protégel fait encore l’objet d’expérimentations en 2018.

Fils chauffants : nouvelle génération

La société Alto’gel, créée par un viticulteur champenois, propose des kits filaires fixés à demeure sur les cordons, compatibles avec toutes les opérations manuelles et mécaniques au vignoble. Le fil électrique sur lequel sont parsemées les résistances est agrafé conjointement au fil porteur et au cordon. L’effet anti-gel s’opère par le réchauffement de l’atmosphère dans un rayon de 5 à 7 cm autour du fil, auquel s’ajoute un effet à distance par la circulation de la sève réchauffée.

Hélicoptère : 7500 € pour 25 ha

Testé en Touraine en 2017, l’hélicoptère est une variante des tours à vent. Survolant les vignes à 20 m d’altitude, l’appareil rabat au sol la couche d’air chaude en altitude dans les plaines et vide les bas-fonds de l’air froid accumulé la nuit, relevant la température de 3 à 4,5°C.  Il est inefficace contre le gel adjectif et et en cas de vent. Il faut compter 7500 € pour protéger 25 ha.

Méthodes indirectes : ne pas les négliger

Il s’agit des pratiques culturales et agronomiques. Sur les parcelles à risque de gelées d'automne ou d'hiver, privilégier des cépages à aoûtement précoce et assurer une protection phytosanitaire efficace du feuillage, gage d'une bonne mise en réserve. Pour les gelées printanières, implanter des cépages à débourrement tardif et élever la hauteur des souches. Tailler tardivement afin de retarder la date de débourrement. Réaliser une tonte avant le débourrement sur les parcelles enherbées.

Oligosaccharides : un stimulateur des défenses naturelles

Depuis 2007 est homologué le PEL 101V, un oligosaccharide dont la pulvérisation a pour effet d’accumuler du glucose dans les feuilles, abaissant leur point de congélation et limitant les nécroses générées par le gel. Utilisable du stade bourgeon éclaté au stade six feuilles étalées, le produit doit être appliqué entre 12 et 48 heures et reste actif pendant quatre jours après l’application Il assurerait une efficacité moyenne comprise entre 30 % 50 % jusqu’à – 5°C. Le PEL 101V est homologué en tant que produit de biocontrôle.

Thermonébulisateur : un brouillard artificiel

La diffusion d’un brouillard artificiel a pour effet de contrarier le rayonnement noctureet par voie de conséquence le risque de gelée blanche. Le brouillard artificiel est le produit d’un mélange d’eau et de Bloc Gel (vecteur Glycéro et oligoéléments 100% bio). Il est généré par le Viti-Protect K30, un thermonébulisateur distribué par BV Dis (44) et Pulsfog France (31). Il faut quatre heures au Viti-Protect K30 pour protéger une zone de 8 à 10 ha. La lutte contre le gel par nébulisation doit commencer pendant la nuit au moment où les masses d'air froid pénètrent dans les parcelles. La couverture de brouillard doit être gardée intacte jusqu'à la hausse de température le matin.

Tour à vent : impact sonore et visuel

Cette méthode consiste, au moyen de tours à vent, à brasser l’air et à remplacer la couche d’air froid au contact de la culture par la couche d’air supérieure et plus chaude. Fixe ou mobile, avec ou sans bruleur, les tours apportent une protection à 4 ou 5 ha pour un pour un relèvement de la température de l’ordre de 1 à 4 °C, moyennant un investissement de l’ordre de 35 000 euros. Fixes, elles impactent le paysage et peuvent générer des nuisances sonores.

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires