Politique : L'après 2013 au menu de la filière

Marion Ivaldi

La nouvelle PAC doit être lancée en 2013. Durant l'automne, les différentes filières agricoles françaises vont plancher sur le sujet pour tenter de définir une position commune. La filière viticole se prépare à entrer dans le débat.

“ La nouvelle OCM a été un marché de dupes ”, a martelé Denis Verdier, président de la Confédération des caves coopératives viticoles lors de son congrès organisé par les Vignerons de Saint-Pourçain le 7 juillet dernier à Vichy. Pour le président, la filière a perdu sur tous les tableaux. D'un côté les moyens de régulation ont été supprimés (fin programmée des droits de plantation, suppression des prestations viniques, de l'aide à l'enrichissement et des contrats de stockage) et de l'autre la viticulture ne reçoit pas d'aides à l'hectare comme d'autres productions agricoles. Ainsi, la réforme de la PAC apparaît comme une opportunité de repenser la politique viticole communautaire. Reste encore à trouver une position commune au sein de la filière, position qui soit également défendue par les autres filières agricoles afin de peser dans la balance des négociations à Bruxelles.

Les aides directes en question

Pour la coopération, la réflexion lancée cet automne doit d'abord se consacrer à défendre un juste retour des budgets communautaires à la viticulture, estime Denis Verdier. “ Aujourd'hui, neuf milliards d'euros sont reversés au secteur des grandes cultures en France. La viticulture ne reçoit que 260 millions d'euros. Jusqu'à présent la filière viticole s'est refusée à débattre sous prétexte qu'elle se considère comme un outil spécifique. Je pense au contraire qu'elle doit avoir accès à sa part de budget. Après, il sera toujours temps de définir les actions à mener ”, estime Denis Verdier. Et c'est tout l'enjeu de la négociation budgétaire qui devra avoir lieu avec les autres filières agricoles. Car, si la FNSEA est favorable au maintien des spécificités viticoles, une partie de la viticulture voudrait en sus pouvoir bénéficier d'aides directes et des aides du premier pilier.
Mais concernant les aides directes et les fameux DPU le scepticisme demeure. “ Si on reste dans le système des DPU, je ne vois pas comment on pourra conserver un système spécifique pour la viticulture ”, s'interroge Jean-Louis Salies, président du CNIV. Par ailleurs, fait remarquer la CNAOC, le budget global alloué à ce système d'aide risque d'être resserré.
L'utilisation du second pilier de la PAC par la viticulture fait aussi l'objet d'une réflexion. Jérôme Despey, président de la FNSEA, plaide pour que la filière puisse bénéficier de mesures agro-environnementales et du classement en zone défavorisée pour handicap naturel. La lutte contre le changement climatique est également évoquée. Reste que, comme le fait remarquer la CNAOC, “ le second pilier est nécessairement co-financé par l'Etat membre, ce qui suppose que l'Etat ait des finances assainies ”. L'endettement national risque ainsi d'être un frein à l'utilisation du second pilier.

Les organisations de la filière veulent une vision commune sur la PAC 2013. Si la défense des droits de plantation fait l'unanimité, l'octroi d'aides directes à la filière fait débat.(P. Cronenberger)

Les organisations de la filière veulent une vision commune sur la PAC 2013. Si la défense des droits de plantation fait l'unanimité, l'octroi d'aides directes à la filière fait débat.(P. Cronenberger)

 

Une opportunité pour créer un prix d'équilibre

Mais l'après 2013 n'est pas uniquement une question de budget. C'est aussi la nécessité de faire valoir l'utilité de la régulation pour la gestion de la filière viti-vinicole. Pour Thierry Coste, président du groupe vin au Copa/Cogeca, il ne fait aucun doute que le vin a souffert de l'arrivée des mesures de dérégulation. Trouver une régulation des prix des vins permettrait d'instaurer un rapport de force plus équilibré face à la distribution. Par ailleurs, “ le besoin de stockage se fait sentir. Il faut s'attendre à vivre une flambée des cours à moyen terme car la production baisse. Cela risque d'entraîner des pertes de marché. La volatilité des prix est très néfaste ”, a-t-il expliqué. La filière viticole pourrait également s'intéresser à la définition d'un prix indicateur, estime de son côté Michel Prugue, président du Conseil permanent de l'INAO. “ Permettons aux opérateurs de définir un prix d'équilibre, tout en plaçant les consommateurs et les pouvoirs publics comme observateurs. Les ODG devraient avoir le droit de réguler les prix car il y a une saine concurrence entre les différents produits. Je considère que tout dépend du périmètre d'observation : ce n'est pas la même chose de définir un prix au niveau d'une AOP française et de définir un prix au niveau des AOP européennes ”, a-t-il lancé. Par ailleurs, les interprofessions devraient pouvoir agir sur les volumes afin de réguler rapidement la production, selon lui.

Source Réussir Vigne Septembre 2010

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