Producteur de vins contre vents et marée

Ericka Bouc

Producteur de vins contre vents et marée

Pascal Lafenêtre, 34 ans, agriculteur dans le sud-est dans Landes et ancien président des JA 40, entretient une tradition ancestrale dans cette région, le vin des sables.

C’est à Messanges sur la Côte d’Argent, dans une petite région viticole dénommée «Le Tursan», qui vient d’obtenir son AOC, que Pascal produit ce vin si particulier, autrefois appelé «vin des rois». Il s’est installé en 2007 en EARL sur l’exploitation familiale en polyculture élevage avec son père, Jacques.

Un travail de longue haleine

Après des études en polyculture élevage, le père de Pascal lui conseille de s’orienter vers la viticulture. Il suit alors un BTS viticulture oenologie dans le Médoc. «C’est à ce moment que je suis tombé amoureux du vin», confie t-il. Il profite du stage de 6 mois pour voyager à l’étranger... Les six mois se transforment bientôt en deux années pendant lesquelles il parcourt le monde, en quête de savoirs agricoles, se faisant embaucher pour les vendanges. Il traversera le Chili, l’Amérique du Nord au Sud, l’Océanie, puis l’Espagne. «J’ai appris beaucoup bien sûr, sur le vin, mais aussi sur les différentes cultures, sur le monde.»

De retour sur l’exploitation, l’opportunité de reprendre un vignoble situé à 100km du siège de l’exploitation sur le littoral landais se présente. «Il y avait déjà les vignes, nous avons saisi l’opportunité de développer une nouvelle appellation “Vin de pays des sables de l’océan”.» Pour produire ce vin de pays,«il faut que la commune de production soit attenante à la mer, le vignoble est très petit. Il a périclité suite à l’apparition du maïs qui est une production bien moins contraignante.»

Il reste une quinzaine d’hectares sur la région. Ils sont cinq viticulteurs à entretenir cette production atypique, et Pascal est le seul à travailler en coopérative pour les Vignerons Landais. Les particularités? «Nous sommes proches de l’océan, sur des terrains très très sableux, et donc très pauvres.» Il a donc fallu à Pascal comprendre comment fonctionnait la production sur sable. «C’est un peu comme si nous travaillions en milieu hydroponique. C’est-à-dire qu’il faut tout apporter à la culture, il n’y a quasiment pas de vie au départ. Nous commençons tout juste à comprendre ce fonctionnement.» Comme dans toute production, il existe des avantages et des inconvénients. Comme le sol est très pauvre, son PH est très acide. En contrepartie, le sable filtrant et chaud accélère la maturation du raisin. Un des avantages de cette culture dans le sable réside aussi dans le fait qu’elle est épargnée par la plupart des maladies qui touchent habituellement les vignes.

«C’est comme si nous étions sur une terre vierge. Je dirai aussi, sans vouloir m’avancer, que les embruns jouent un rôle sanitaire sur les vignes. Bien sûr, ça reste à prouver ! Tout cela nous conduit à envisager une reconversion en bio.»

Producteur de vins contre vents et marée

Un vin tout en rondeur

Quant au produit en lui-même, le vin de sable est un vin « léger, avec des arômes de fruits, de la rondeur. Le cépage emblématique pour le rouge est le Cabernet Franc, le Tannat, un peu de Cabernet Sauvignon et de Merlot. Pour le blanc, sur du Chenin et du Chardonnay. » Ce JA produit exclusivement du rouge et du rosé et pour lui, il est difficile d’imaginer une production plus importante. «Tout réside dans la difficulté d’acquérir du foncier. Si c’est déjà difficile sur d’autres productions, ça l’est encore plus dans notre situation, en bordure de littoral. » Niveau rendements, réglementairement la production est limitée à 120 hectolitres par an (vin de table), et au sein de son appellation limitée à 45 hectolitres. Aujourd’hui, Pascal tourne autour des 25 hl. «Mon objectif est d’arriver à 40 hectolitres, mais pour l’instant nous commençons tout juste à comprendre le comportement de la vigne, ça prend un peu de temps. » De plus, pas besoin de communication pour écouler les bouteilles de sa production. «C’est le luxe auquel on a droit lorsque l’on a des petites productions confinées. Si le produit est bon, le bouche-à-oreille fait le reste. »

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