Projet de réglementation : quand des LMR pour le vin

Magali-Eve Koralewski

Des limites maximales en résidus (LMR) de produits phytosanitaires sont fixées à l'échelle européenne sur le raisin, mais pas sur le vin. L'Europe est en passe de définir un cadre réglementaire.

Des limites maximales en résidus (LMR) de produits phytopharmaceutiques sont fixées au niveau communautaire pour tous les produits agricoles, y compris le raisin, et pour chaque substance active. En revanche, il n'y a pas encore de LMR définies pour le vin. Le projet de fixer des LMR vin est soutenu en France depuis plus de 15 ans et la filière viticole a fait par deux fois des propositions à ce sujet auprès de l'OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin). En 2003, le projet de résolution LMR vin présenté avait été bloqué notamment par l'Australie et la Nouvelle-Zélande. “ Un des arguments avancés portait sur l'absence d'une méthode reconnue pour l'analyse de ces résidus et du coût probablement important de cette dernière. D'autres craignaient que cela ne constitue un frein aux transactions commerciales ”, explique Jean-Luc Berger, directeur de l'IFV. Sauf que les professionnels restent la cible de critiques en la matière.

“ Les vins sont pointés du doigt comme ayant des teneurs en résidus 1000 fois supérieures aux limites établies pour l'eau. Tant que des LMR ne seront pas définies, le champ des critiques restera ouvert ”, poursuit Jean-Luc Berger. Et pour l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP), ces critiques sont bien souvent injustifiées et montrent les déficits d'information sur le sujet. “ Les LMR sont des indicateurs de respect des bonnes pratiques phytopharmaceutiques. Les résidus sont réglementés sur d'autres denrées végétales brutes ou transformées. Sur vin, cela permettrait de préciser que ces éventuelles traces sont légales et sans risque pour la santé des consommateurs, car en général, pour atteindre les niveaux proches de la dose journalière admissible appelée DJA, il faudrait consommer des dizaines voire même des centaines de litres de vin par jour ”, souligne Jean-Charles Bocquet, directeur de l'UIPP. Pour les transactions commerciales, cela permettrait d'éviter le flou sur la question. “ La grande distribution impose parfois dans ses cahiers des charges des limites sur vin en divisant la LMR raisin par dix ou par cent. Au Japon, une liste positive de teneurs en résidus a été établie en mai 2008. L'adoption d'une LMR vin à l'OIV permettrait d'harmoniser ces LMR au niveau international ”, indique Magali Grinbaum, responsable IFV analyse de résidus.

Dans la majorité des cas, les résidus dans le vin sont trouvés à l'état de traces, à des quantités en moyenne mille fois inférieures aux LMR raisin. (P. Cronenberger)

Dans la majorité des cas, les résidus dans le vin sont trouvés à l'état de traces, à des quantités en moyenne mille fois inférieures aux LMR raisin. (P. Cronenberger)

 

Valider la méthode en premier lieu

Deux projets de résolutions ont été déposés à l'OIV et proposent une méthode d'analyse multirésidus qui permet d'identifier et de doser plusieurs molécules présentes dans le vin à un prix raisonnable. Une extraction est réalisée sur l'échantillon de vin et grâce à deux techniques, la chromatographie en phase gazeuse et la chromatographie en phase liquide, l'ensemble des molécules autorisées en vigne sont analysées. “ Si cette méthode devient la méthode officielle reconnue par l'OIV, cela permettra de faciliter l'adoption d'une résolution pour les LMR ”, explique Jean-Luc Berger. En attendant la fixation de ces LMR, les LMR appliquées sur vin sont celles définies sur le raisin. Il est à noter également que le règlement européen d'harmonisation des LMR en application depuis septembre 2008, prévoit dans son annexe 6 (toujours en cours de préparation) d'établir des facteurs de transfert spécifique pour certains produits transformés dont le vin, à partir des LMR sur produits bruts. Autrement dit, lorsque cette annexe sera publiée, il suffira d'appliquer le facteur de transfert à la LMR raisin pour obtenir la LMR vin. Une disposition européenne qui pourrait peut être accélérer l'avancée du dossier à l'OIV.

De nombreuses données sur les résidus retrouvés dans les vins existent déjà et sont complétées régulièrement. “ La plupart des résidus présents sur le raisin diminuent durant la phase de vinification et parfois disparaissent. Les taux de transferts varient généralement de 10 à 50 %. Ces taux de transferts sont d'ailleurs fournis obligatoirement lors de l'homologation d'une molécule active. Dans la majorité des cas, les résidus dans le vin sont trouvés à l'état de traces, à des quantités en moyenne mille fois inférieures aux LMR raisin ”, explique Magali Grinbaum. Les phénomènes de diminution de ces molécules durant la vinification intéressent de près l'IFV. “ Nous avons des résultats concernant notamment l'interaction de certaines molécules avec des produits de collage mais ces données ont été obtenues en laboratoire sur des vins additionnés de molécules actives. Nous entamons un nouveau programme de recherche à l'échelle industrielle ”, précise-t-elle. Il est prévu de tester différents produits de collage sur des vins sans qu'il n'y ait eu préalablement d'ajout de molécules actives pour estimer l'action “ réelle ” de ces produits. L'impact de techniques comme la nano et l'ultrafiltration sera également étudié.

 

Source Réussir Vigne Février 2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier