Recherche : Les enjeux de la sélection végétale

Claudine Galbrun

Lutte contre les maladies, respect de l'environnement, adaptation des produits au marché, évolution climatique : les recherches sur le matériel végétal sont aujourd'hui porteuses de nombreux espoirs.

Longtemps, ce secteur de la recherche fut quelque peu négligé. Non par les chercheurs
mais par les professionnels. Ces travaux, bien que ces derniers ne disconvinssent pas de
leur intérêt, exigeaient de leur part une patience sinon infinie mais très grande et qui se
mesurait presque parfois à l'échelle d'une génération de vigneron. De quoi émousser le
désir. Sauf que depuis, la donne a bien changé. Et tous les travaux qui se rappportent au
matériel végétal suscitent désormais de très grandes attentes. Quand ce n'est pas tout
simplement de l'impatience. “ Nous enregistrons d'ores et déjà des demandes de vignerons
pour Nemadex, un porte-greffe tolérant au court noué qui n'est pas encore inscrit au
catalogue officiel et dont les résultats ne sont pas définitivement validés ”, indique Pascal
Bloy, directeur du pôle national matériel végétal de l'IFV.

Plus personne ne peut nier aujourd'hui la prise de conscience écologique dans la société et
qui s'est entre autres, traduite dans les faits au niveau français par la tenue du Grenelle de
l'environnement. Le couperet n'a pas tardé à tomber. Injonction a donc été faite aux
vignerons de réduire l'usage des produits phytosanitaires. L'interdiction de certaines
molécules conduisant d'ores et déjà à des impasses techniques. On peut citer pour
mémoire l'interdiction de l'arsénite de soude qui laisse les vignerons totalement désarmés
face aux maladies du bois ou l'impossibilité de désinfecter les sols afin de détruire le
nématode porteur du virus du court noué. Quelles solutions alternatives aux pesticides
alors trouver si ce n'est d'avoir recours à la génétique via, dans un premier temps, les
croisements interspécifiques et dans un avenir plus lointain, si la société civile évolue
favorablement sur ce point, via les OGM, pour créer des variétés ésistantes aux maladies
? Tout le monde, ou presque, en est aujourd'hui convaincu. Sans compter que cela devrait
permettre de diminuer les coûts de production.

Améliorer la compétitivité des exploitations tout en misant sur une viticulture durable sont désormais les principaux enjeux des recherches sur le matériel végétal. (J. Weber / Inra Versailles)

Améliorer la compétitivité des exploitations tout en misant sur une viticulture durable sont désormais les principaux enjeux des recherches sur le matériel végétal. (J. Weber / Inra Versailles)

 

Le recours aux cépages étrangers

Si on trouve encore ici ou là quelques incrédules quant à la véracité de la chose, le
réchauffement climatique est pourtant bien une réalité constatée dans de nombreux
vignobles. Et si certains songent à implanter de la syrah en zone septentrionale, d'autres
misent sur la recherche afin que cette dernière puisse lui proposer des variétés adaptées à
ce nouveau contexte, issues soit de programme de création variétale, soit des collections
de ressources génétiques. “ Certains clones tardifs avaient été éliminés à l'époque.
Aujourd'hui, on les redécouvre car ils pourraient permettre par exemple, de reculer la date
de vendange, le réchauffement climatique entraînant un raccourcissement du cycle
végétatif ”, souligne Pascal Bloy. L'IFV expérimente également des variétés étrangères, en
provenance du bassin méditerranéen ou de celui de la mer Noire afin d'apprécier leur
adaptation aux conditions pédoclimatiques en train d'évoluer. “ L'agiorgitiko, cépage rouge
d'origine grec, semblerait ainsi très intéressant ”, note Laurent Audeguin, du pôle national
matériel végétal.

Le recours à ces cépages étrangers pourrait également apporter une partie de réponse à
un autre des défis auxquels est confrontée la filière, défi qui lui aussi a fait prendre
conscience de l'importance des recherches sur le matériel végétal : celui de la compétition
mondiale. “ Avec la suppression des droits de plantation telle que prévue par Bruxelles et
programmée pour 2015, c'est un nouvel espace de liberté pour l'encépagement qui va
s'ouvrir ”, indique Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, directeur de l'IFV. “ Le catalogue des
variétés disponibles sera alors européen. L'IFV se doit d'acquérir des références sur ces
cépages européens qui pourront offrir à certains vignerons innovants de nouvelles
possibilités pour s'adapter aux demandes du marché en s'appuyant sur la catégorie des
vins sans IG (indication géographique). ”

Il est à noter que le domaine de Vassal dans l'Hérault, héberge déjà une collection nationale
et internationale de vignes, unique au monde soit plus de 2500 variétés sur les 5000
recensées dans le monde. Un patrimoine dans lequel les chercheurs vont pouvoir puiser
pour là encore, répondre aux besoins des vignerons et aux désirs des consommateurs. La
sélection clonale se poursuit d'ailleurs même si ses objectifs ont été revus. “ Le cahier des
charges des sélectionneurs a évolué depuis les années 60, rappelle Laurent Audeguin. Au
début, l'enjeu essentiel était d'obtenir du matériel sain vis-à-vis des viroses majeures
comme le court noué et l'enroulement. Le contexte économique de l'époque favorisait, de
plus, la sélection de clones productifs. Depuis nous nous sommes tournés vers la sélection
de clones moyennement à faiblement productifs mais exprimant des caractéristiques
agronomiques et technologiques différentes et complémentaires de celles de la première
génération de clones. ”

Cette sélection clonale tout comme les autres recherches menées sur le matériel végétal
pourraient bénéficier d'un sérieux coup de pouce dans les toutes prochaines années avec
le séquençage du génome de la vigne. “ Grâce à ce dernier, nous allons mettre au point
des techniques de sélection végétale assistée par marqueur génétique, ce qui nous
permettra d'identifier génétiquement les clones au conservatoire, d'apprécier le facteur de
variation entre clones et de repérer les gènes susceptibles d'apporter un plus, selon
l'objectif recherché ”, explique Pascal Bloy. Ce qui devrait considérablement accélérer le
travail de sélection. La création variétale bénéficiera bien évidemment de cette découverte
du séquençage du génome sans pour autant avoir recours à la transgénèse. Les esprits
n'étant encore une fois pas mûrs. S'il fallait s'en convaincre, le sort qui a été réservé à
l'essai porte-greffe OGM à la station Inra de Colmar montre bien que les oppositions à de
tels projets sont sans aucun doute tenaces et parfois même radicales. Mais, comme le
souligne Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, il n'en demeure pas moins que la sélection
végétale est aujourd'hui à un carrefour.

Le séquençage du génome va accélérer le processus de sélection, qu'il s'agisse de créations variétales ou de recherche de diversité parmi les clones. (Jean-Luc Gaignard / Inra Angers)

Le séquençage du génome va accélérer le processus de sélection, qu'il s'agisse de créations variétales ou de recherche de diversité parmi les clones. (Jean-Luc Gaignard / Inra Angers)

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Vigne de décembre 2009 : « Les enjeux de la sélection végétale ». R.
Vigne n°158, p.18 à 47.

Source Réussir Vigne Décembre 2009

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