Regain d’intérêt pour le compost

Claudine Galbrun - Réussir Vigne Mai 2013

Regain d’intérêt  pour le  compost
Lutter contre l’appauvrissement des sols et maintenir l’effet terroir sont certaines des motivations qui poussent les viticulteurs à utiliser de plus en plus de compost. © J.-C. Gutner

En revenir aux fondamentaux, remettre de l’agronomie dans le système, redécouvrir l’importance de la vie biologique dans le sol : une prise de conscience serait à l’œuvre. Et le compost pourrait être une des solutions pour rehausser le taux de matières organiques dans ce sol, redevenu précieux. De plus en plus de viticulteurs s’intéressent à cette forme d’amendement. Quitte à le fabriquer soi-même. Ou à s’associer avec un éleveur pour récupérer son fumier et le mêler aux bois de vigne. Ou encore à récupérer les déchets verts d’une collectivité. Et le compostage est même en voie d’automatisation.

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Regain d’intérêt  pour le  compost

Voir dossier de Réussir Vigne de mai 2013. R. Vigne n°196 p. 16 à 21.

Dans le Sud-Ouest, “ l’ensemble de l’agriculture jusque dans les années 50 était basée sur la gestion de la matière organique. Puis, on a basculé d’une agriculture organique vers une agriculture dite plus moderne. Aujourd’hui, le processus inverse est en route car d’une part, les intrants minéraux coûtent de plus en plus cher et d’autre part, les agriculteurs constatent que le sol a besoin de matière organique, redécouvrent l’importance de l’activité biologique du sol. C’est un retour aux fondamentaux, un réapprentissage des relations qui existent entre le sol, la plante et le climat ”, estime Christophe Barbot, conseiller spécialisé à la Chambre d’agriculture du Bas-Rhin, en charge de la Mission déchets et matières organiques.
Ce regain d’intérêt pour la matière organique, Gilles Boyer, responsable du laboratoire des sols à la Chambre d’agriculture de l’Aude, le constate également : “ la prise de conscience chez les agriculteurs de l’importance du sol et donc de la matière organique s’accentue. Comme s’il s’agissait en quelque sorte de préserver un patrimoine. Il faut dire qu’il y a le contexte global dans lequel évolue l’agriculture. Entre le matraquage que subissent les agriculteurs quant aux produits phytosanitaires, aux engrais chimiques et la qualité finale des aliments, une réflexion est en cours pour travailler différemment et remettre plus d’agronomie dans le système. Si on y rajoute la situation économique et le fait que le prix des engrais minéraux soit lié à celui du pétrole, tout ceci fait que l’organique a le vent en poupe. D’ailleurs, l’offre de produits organiques est de plus en plus large et n’est plus l’apanage de grandes sociétés. On voit des Smictom (Syndicat mixte pour la collecte et le traitement des ordures ménagères) monter des plateformes de compostage. On peut trouver facilement du compost de déchets verts et même du compost certifié bio ”.

Lutter contre l’appauvrissement des sols

Dans les Bouches du Rhône, Rémy Mouton, conseiller déchets agricoles à la chambre, note lui aussi, que les viticulteurs sont de plus en plus conscients de la nécessité de surveiller le taux de matières organiques du sol. “ Il s’utilise de plus en plus de compost pour lutter contre l’appauvrissement des sols et maintenir un effet terroir. D’autant plus qu’arrivent sur le marché des composts de déchets verts, de bonne qualité et à des coûts acceptables. ”
Marie Castagnet, conseillère produits résiduaires organiques à la Chambre d’agriculture de l’Hérault, souligne elle aussi que le compost séduit de plus en plus d’agriculteurs. “ Beaucoup m’interrogent pour savoir où trouver de la matière organique et comment faire son compost sur l’exploitation. Il y a aussi des démarches de co-compostage. L’un cherche à valoriser ses déchets et l’autre veut les utiliser. Ce peut être une solution de faire ainsi son compost en local. ” Des partenariats se montent entre un viticulteur qui cherche à valoriser ses sarments et un éleveur qui doit gérer ses effluents d’élevage. “ L’azote apportée par les effluents d’élevage facilite, de plus, le compostage des sarments ”, indique Christophe Beaujouan, conseiller environnemental à la Chambre d’agriculture du Loir et Cher. “ Mais ce type de partenariats est encore rare même si la chambre a la volonté de se développer. ”
AgrobioPérigord cherche également à nouer de telles collaborations. “ Sachant qu’en agriculture biologique, on se heurte à l’approvisionnement en matières organiques car il faut du fumier bio ou du fumier ne provenant pas d’élevages intensifs et les animaux ne doivent pas être nourris avec des aliments contenant des OGM ”, souligne Eric Maille, conseiller viticole à AgrobioPérigord. Le fait de produire soi-même son compost a quelque peu tendance à se développer, constate Rémy Mouton. “ Même si on en est au début. Nous travaillons d’ailleurs à une réactualisation du cahier des charges de production du compost. Certains viticulteurs se font aussi livrer du broyat de déchets verts issu de collectivité. Ce qui est aussi une façon de rendre service à cette dernière. Sachant toutefois que les quantités livrées sont limitées par le règlement sanitaire départemental. ” Un des freins souvent cités à la production de compost sur l’exploitation est le travail de retournement notamment qu’il nécessite. Pour contourner cette difficulté, la Chambre d’agriculture de la Gironde en partenariat avec la société Souslikoff a mis au point le Vign’Alex, un concept de compostage entièrement automatisé et qui accepte l’intégralité des déchets organiques de l’exploitation mais aussi, ce qui est original, les effluents vinicoles et phytosanitaires. Un premier pas vers l’économie circulaire qui cherche à transformer les déchets en matière première réutilisable. Avec le Vign’Alex, une première boucle serait ainsi bouclée.      

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