Réglementation : La problématique vin et société mobilise la filière

Marion Ivaldi

La concertation autour de l'usage d'Internet relance le débat sur la place du vin dans la société. La filière envisage une mobilisation renforcée.

A l'automne, a promis le ministère de l'Agriculture, une solution législative sera trouvée
concernant la communication autour du vin sur Internet. Reste que la filière est très inquiète
car l'unique réunion organisée durant l'été n'a pas fait avancer la question d'un millimètre. La
proposition mise sur la table (autoriser la publicité uniquement sur les sites des professionnels,
et ce à certaines heures de la journée) est jugée inacceptable par la filière viticole. De
nouvelles propositions doivent faire l'objet d'une concertation du groupe de travail, puis d'un
arbitrage par Matignon ou l'Elysée.

Faire monter la pression

Mais le scepticisme est de mise concernant l'éventualité de trouver un accord entre les
ministères de l'agriculture et la santé. C'est pourquoi la filière a mis en place, dès fin août, un
plan d'action syndical en proposant, notamment, lors des assemblées de vendange, le vote
d'une motion. Celle-ci demande au président de la République de faire respecter par le
gouvernement ses engagements électoraux en matière de vin et de publicité. Le plan
d'action de la filière prévoit également de sensibiliser les pouvoirs publics par la presse
généraliste (notamment la presse régionale) au cours du mois d'octobre, dans le cas où
aucune solution n'est trouvée.
Mais cela sera-t-il suffisant ? N'y a-t-il pas une difficulté de la filière à défendre le vin dans la
société face à un courant hygiéniste dont l'influence grandit et qui paraît de plus en plus
entendu ? Interrogés sur la question, certains répliquent qu'il est très difficile de
communiquer sur la question. “ Dans un contexte où l'on parle de ” binge drinking “ (hyper
alcoolisation), il est compliqué de transmettre un message concernant la pédagogie de la
consommation à des journalistes ayant souvent une culture santé ”, explique-t-on à la
Confédération nationale des interprofessions viticoles (CNIV).




Par ailleurs, reconnaît le CNIV, la filière est dans une phase de structuration de son action.
Et “ si le travail réalisé est de qualité, il pourrait être largement amplifié ”, estime Bernard
Farges, président de l'ODG bordeaux et bordeaux supérieurs. L'association Vin et Société
a de petits moyens : un seul salarié permanent et un budget d'action de 200 000 euros.
L'amplification de l'action pourrait également passer par une meilleure implication des
professionnels dans les régions pour relayer le message. Enfin, les opérations comme
Vinplissime (journée pédagogique sur le vin lancée en 2006) ont été abandonnées. “ Elles
ne recueillent pas l'unanimité de la filière ”, indique le CNIV.

Les préoccupations de santé publique ont pour l'instant le dessus en matière de législation. Un approfondissement de la dimension culturelle du vin peut changer la donne. (M. Troncy/Inter Beaujolais)

Les préoccupations de santé publique ont pour l'instant le dessus en matière de législation. Un approfondissement de la dimension culturelle du vin peut changer la donne. (M. Troncy/Inter Beaujolais)

 

Une complicité du vignoble ?

Denis Saverot, rédacteur en chef de la Revue des Vins de France et auteur du livre In Vino
Satanas, pointe du doigt “ une complicité coupable du vignoble ” concernant la loi Evin. “
Une partie de la filière a vu son intérêt en acceptant la loi Evin. Elle joue un rôle
protectionniste car elle empêche les grandes maisons étrangères de pénétrer sur le
marché français. Ces maisons ont les moyens de faire de la publicité pour vendre sur la
marché français. La loi Evin les en empêche ”, explique le journaliste. Par ailleurs, il manque
à la filière une personnalité emblématique pour défendre le vin. “ Le vignoble est morcelé.
Les vignerons ne s'aiment pas entre eux. Résultat, il n'y a personne pour incarner le vin
dans la société. ”
Pour Pascal Frissant, vigneron membre de la Confédération Paysanne, le problème de la
place du vin dans la société est très loin d'être réglé. “ Nous ne sommes qu'au début de la
dégradation des relations entre le monde viticole et les viticulteurs. Au moment où la société
cherche des solutions pour limiter la consommation d'eau, la viticulture française s'apprête
à développer l'irrigation. Cela risque d'être très mal compris par l'opinion publique.


Le problème est aussi vrai concernant l'utilisation de phytosanitaires ”, poursuit-t-il. Ce
dernier déplore également la difficulté à mettre en place des travaux de réflexion autour de
la place du vin dans la société. “ La filière semble refuser d'approfondir l'aspect culturel du
vin, qui est pourtant la seule chose qui peut protéger notre produit contre les hygiénistes ”,
regrette-t-il.
Pourtant quelques rassemblements ont eu lieu, notamment à l'initiative du syndicat des
bordeaux et bordeaux supérieurs en septembre 2007. Ce dernier a organisé une
conférence à la Sorbonne sur l'éducation des jeunes au vin et réussi à mobiliser des
pouvoirs publics autour de la question. “ Aujourd'hui, nous travaillons avec la mairie de
bordeaux pour mettre en place un programme d'éducation des jeunes à la consommation
d'alcool, basé sur les principes de l'organisme québécois Educ'alcool ”, explique Bernard
Farges. D'autres initiatives sont en préparation. Pascal Frissant compte organiser
prochainement une manifestation permettant de compiler différents savoirs autour du vin.
L'association Vin et société, quant à elle, organise en janvier un grand rassemblement sur la
question de la place du vin dans la société à destination des professionnels. À long terme, le
vent peut tourner, comme le souligne le CNIV. “ Il existe une évolution sur la perception par
la presse des nouvelles interdictions. Le logo femmes enceintes a ainsi largement fait réagir
le magazine Elle. ”

Source Réussir Vigne Octobre 2008

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