Société : Retour en grâce du vin

Claudine Galbrun

Aux dires de certains, les curseurs sont en train de bouger. Après avoir subi une campagne de diabolisation axée sur les dangers de l'alcoolisme, le vin est en train de redorer son blason et son univers culturel retrouve ses lettres de noblesse.

“ Le vin n'est pas seulement un aliment, je pense que tout le monde ici et ailleurs est d'accord pour le dire. Le vin est également synonyme de conscience de vivre et surtout de joie de vivre. Il a toujours inspiré les créations culturelles. Les poèmes, les proverbes et les chants se tissent autour du jus de la treille. ” Voilà des propos qui feront sans nul doute plaisir aux vignerons et ces derniers seront sans doute étonnés de savoir qui les a prononcés : Angela Merkel, chancelière allemande lors du salon Intervitis, le 24 mars dernier. “ Et pendant ce temps, nous, Français, avons un président qui boit de l'eau ”, regrette Denis Verdier, président de la CCVF (Confédération des coopératives vinicoles de France).

Il n'en demeure pas moins qu'il flotterait dans l'air comme un parfum de renouveau pour le vin, tendant à lui redonner cette dimension culturelle qu'il n'aurait jamais du perdre. Ces derniers temps, de nombreux signes positifs ont émergés. On peut citer : deux projets de création de chaînes télévisées sur le vin, celui d'une maison des vins à Paris, la mobilisation financière des professionnels pour défendre le vin et dernièrement, la diffusion d'une émission “ C dans l'air ” se demandant si le vin est bon pour la santé avec en prime une tonalité positive.

“Ce retour de balancier est sans aucun doute la conséquence des attaques totalement démesurées qu'a subi le vin”, estime Pierre Aguilas, président de la Cnaoc. “Nous sommes effectivement dans une situation bien différente de celle de l'an dernier”, ajoute Marie-Christine Tarby, présidente de l'association Vin et Société. “Nous étions alors submergés par les agressions menées contre le vin par la loi “Hôpital, patients, santé et territoire et le fameux rapport de l'Inca (Institut national du cancer) qui affirmait que dès le premier verre de vin, on risquait de développer un cancer.

Le vin ne se réduit pas à la seule problématique de l'alcool

Aujourd'hui, il y a une vraie prise de conscience dans la société que le vin ne se réduit pas à la seule problématique de l'alcool. La filière est d'ailleurs prête à se mobiliser contre ces excès tout en ne niant pas les problèmes d'abus mais ce n'est pas une raison pour réduire toute la société à une vie d'ascète. Surtout lorsque l'on constate dans le reste du monde un enthousiasme pour le vin, la naissance d'un imaginaire, un véritable respect et une envie pour notre culture, notre style de vie considéré comme un raffinement. Sauf qu'en France, beaucoup l'ignorent.”

La mobilisation de la filière est en effet réelle puisque les interprofessions ont mis la main à la poche et multiplié par quatre le budget de Vin et Société. Un des objectifs de l'association va être de développer des compétences scientifiques pour répondre aux questions posées sur le thème du vin et de la santé. “Cette problématique est un pilier de notre travail mais il ne doit pas être le seul. Même si ceux qui nous font courir les plus grands risques sont ceux-là même qui usent de ces arguments.” Et pour Pierre Leclerc, membre de l'association Les 4 Vérités sur le Vin, la virulence de ces lobbys hygiénistes est toujours à craindre et ne faiblirait guère. “ Néanmoins, le discours vis-à-vis de la société ne peut être centré là-dessus. Le vin a tellement d'autres atouts ”, poursuit Marie-Christine Tarby. Il est en effet essentiel, estime Michel Issaly, président des VIF (Vignerons indépendants de France) de distinguer la politique vin et santé d'une politique axée sur la culture, le plaisir, le terroir ou le savoir-faire. “ Sur ce dernier point, la production a beaucoup d'efforts à faire vis-à-vis des consommateurs. Le manque de visibilité sur certaines de nos pratiques fait poser des questions à la société.

“ Il faut aller à la rencontre du consommateur et sur ce point, la production a beaucoup d'effort à faire ”, estime le président des VIF (Vignerons indépendants de France).

“ Il faut aller à la rencontre du consommateur et sur ce point, la production a beaucoup d'effort à faire ”, estime le président des VIF (Vignerons indépendants de France).

 

Un cahier des charges des vins bio qui s'annonce laxiste

N'ayons pas peur du consommateur. Communiquons sur nos pratiques, sans en avoir honte, puisqu'elles vont dans le sens du plaisir donné au consommateur. D'autant plus qu'une écrasante majorité de consommateurs croit que le vin est naturel. Cette disparité entre la réalité et la compréhension du consommateur pourrait un jour se retourner contre nous. Et cela pourrait bien être le cas avec le cahier des charges des vins bio qui s'annonce laxiste et qui ne pourra que susciter le trouble chez le consommateur entre ce qui est bio et ce qui ne l'est pas.

Il est donc indispensable de s'ouvrir vers la société, ce que nous avons commencé à faire et que nous allons poursuivre. ” Un avis que partage Pascal Frissant, de la Confédération paysanne, qui avait lancé en 2006 l'appel contre les naufrageurs du vin qui dénonçait l'usage de certaines pratiques oenologiques, estimant qu'elles transformeraient le vin en un produit agro-alimentaire banal et standardisé. “ Soit on transforme le vigneron en un médiateur entre la nature et la Cité, capable de parler du vin, de biodiversité, de sa connivence avec la nature, non pas d'une façon folklorisée mais vraie et on aura tout gagné, soit il demeure un bourrin utilisateur de pesticides, assurant un service minimum au caveau et on aura tout loupé. ”

“ iI n'est pas facile de défendre le vin ”

Ce lobby viticole qualifié, de plus, de “puissant” par certains, n'existerait donc pas. Faute de l'équivalent d'un Daguin qui se montre capable de porter haut et fort les intérêts de la restauration, la filière vin n'a pas su ou pas pu se doter d'une figure charismatique qui aurait pu porter la bonne parole aux consommateurs. “ Bien sûr qu'il nous faudrait une grande gueule capable de nous dire : ça suffit vos histoires. Seulement il y a les AOC qui ne disent pas la même chose que les vins de pays, il y a le nord contre le sud et Bordeaux contre la Bourgogne. Résultat : on n'y arrive pas ”, constate Pierre Aguilas.

Mais les VIF seraient peut-être en train de combler ce vide, prenant par exemple l'initiative d'une communication grand public en compagnie de GreenPeace à propos du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique. “ En tant que vignerons indépendants, nous sommes en permanence au contact du consommateur, dans nos salons, au caveau, au restaurant. Une proximité qui nous permet d'entendre, de comprendre les réflexes de ce dernier. On est en train de prendre le leadership en la matière mais cette filière n'ayant pas l'habitude de s'adresser directement au consommateur, on prend aussi des coups ”, assure Michel Issaly. Et il est vrai, si l'on en croit Roland Courteau, sénateur de l'Aude, qui depuis 1987, est de tous les combats parlementaires sur le vin et qui vient de déposer une loi s'appuyant sur la directive européenne télévision sans frontière afin d'autoriser en France, la création de deux chaînes à péage sur le vin (Edonys et Deovino), “ il n'est pas facile de défendre le vin ”.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Vigne de mai 2010. (R. Vigne n°163 p. 16 à 22)

Source Réussir Vigne Mai 2010

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