Sols viticoles : Les risques de transfert de phytosanitaires à l'étude

Claudine Galbrun

L'IFV Midi-Pyrénées étudie les transferts de produits phytosanitaires par voie de drainage selon trois modalités d'entretien du sol. Dans les conditions de l'essai, sur des sols de boulbènes, le désherbage chimique intégral accroîtrait les risques de transfert.

Si nombre d'études ont eu lieu sur les transferts de produits phytosanitaires par les eaux de
ruissellement, la voie du drainage à ce jour, n'a fait l'objet que de très peu de recherches en
milieu viticole. “ L'objectif de cet essai est d'obtenir des informations sur la qualité de l'eau
après infiltration dans le sol afin d'évaluer les risques de transfert et d'étudier les modalités
d'entretien du sol qui permettraient de limiter ces transferts. Nous souhaitons pouvoir fournir
des références pour un même type de sol et pour différents types de molécules ”, explique
Laure Gontier, de l'IFV Midi-Pyrénées.

Des drains à 1 m de profondeur

L'essai implanté au V'innopôle de Gaillac, sur un sol de boulbènes (luvisol-rédoxisol) s'étend
sur trois hectares, soit la taille réelle d'une parcelle, ce qui en fait un site unique en France
par son échelle. Avant plantation de la vigne, des études hydrologiques et pédologiques ont
été menées en vue d'installer le réseau de drains placé à 1 m de profondeur et de pouvoir
récupérer de façon séparée les eaux s'écoulant des trois modalités d'entretien du sol
étudiées : un désherbage chimique intégral avec un enherbement hivernal détruit
chimiquement en sortie d'hiver, un désherbage chimique sous le rang avec un travail du sol
sur l'inter-rang et un désherbage chimique sous le rang avec un enherbement sur l'inter-
rang. Le réseau de drains débouche dans un local équipé d'un système à augets
basculeurs et d'une centrale d'acquisition des données fonctionnant à l'énergie solaire. Les
débits à la sortie de chaque drain sont enregistrés et des échantillons d'eau sont prélevés
proportionnellement aux volumes écoulés.

Implanté sur 3 ha au V'innopôle de Gaillac, l'essai vise à évaluer les risques de transfert de phytosanitaires dans l'eau d'infiltration à l'échelle d'une parcelle viticole. (DR)

Implanté sur 3 ha au V'innopôle de Gaillac, l'essai vise à évaluer les risques de transfert de phytosanitaires dans l'eau d'infiltration à l'échelle d'une parcelle viticole. (DR)

 

Sept molécules étudiées

Sept molécules phytosanitaires (fongicides, herbicides et insecticides) sont appliquées au
cours de chaque campagne. “ Sachant que les pesticides étudiés ont des propriétés
physico-chimiques contrastées et ne sont pas égaux face au transfert ”, indique Laure
Gontier. D'autres facteurs jouent également sur les transferts et parfois interagissent : la
pluviométrie, les propriétés physico-chimiques du sol, sa porosité et les conditions
d'application des produits phytosanitaires. “ Au terme de deux campagnes d'étude, sachant
que la période de drainage s'étend d'octobre à mai, une grande tendance se dessine : nous
avons noté une différence nette au niveau des écoulements récupérés en sortie de drain en
fonction du mode d'entretien du sol. Les écoulements sont plus fréquents et plus précoces
sur la modalité entièrement désherbée pouvant atteindre des débits allant jusqu'à 4000
l/h/ha sur de courtes périodes de temps. Un des facteurs qui conditionnent le transfert est
le délai qui sépare la date du traitement de celle du premier écoulement et qui détermine
donc la durée de présence de la molécule dans le sol. Cette durée est réduite sur la
modalité désherbée et le risque de transfert accru ”, souligne Laure Gontier.

Les débits à la sortie de chaque drain sont enregistrés et des échantillons d'eau sont prélevés régulièrement. (DR)

Les débits à la sortie de chaque drain sont enregistrés et des échantillons d'eau sont prélevés régulièrement. (DR)

 

Des fentes de retrait

Cet accroissement du risque serait lié à la présence de fentes de retrait dans ce type de sol
qui entraine des écoulements préférentiels. Dans les modalités travail du sol et
enherbement total, ces fentes de retrait seraient brisées. “ Notre étude va se poursuivre
afin de quantifier ces observations. ” Autre résultat enregistré : certaines molécules
appliquées sur la vigne n'ont pas été retrouvées dans les eaux de drainage. “ Il s'agit en
particulier de certaines molécules insecticides. Cette absence pourrait être liée à la date
d'application de ce type de traitement soit en été, le délai entre le traitement et le 1er épisode
de drainage étant de ce fait plus important. ” L'étude sur cette parcelle agro-
environnementale va se poursuivre au cours de la campagne 2009 et les résultats font
l'objet d'une thèse, l'université d'Albi étant partie prenante et ayant développé toutes les
méthodes analytiques pour doser les molécules étudiées. La validation des résultats
obtenus sera poursuivie dans les années suivantes si les financements attachés à ce
projet sont trouvés.

Source Réussir Vigne Septembre 2008

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