Stratégie : Valoriser le concept de vin durable

Claudine Galbrun

En matière de développement durable, le Nouveau Monde a pris un train d'avance. Un programme de recherche lancé cette année en France devrait notamment aider la filière à réfléchir à une stratégie de valorisation de ce concept.

Le développement durable et tout ce que ces deux mots accolés peuvent receler d'images (d'imagerie ?) vérifiées ou non, certifiées ou non, pour le consommateur seront-ils synonymes d'avantages concurrentiels ? Certains pays viticoles du Nouveau Monde n'ont pas hésité à mettre cette question sur la table, à y répondre par l'affirmative et à prendre des initiatives. Cela fait déjà près de deux ans que l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Californie, l'Afrique du Sud ont créé ensemble un calculateur (International Wine Carbon Calculator Protocol), spécifique à la filière viticole et soutenu par l'OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin) et la FIVS (Fédération internationale des vins et spiritueux) pour estimer les émissions de gaz à effet de serre de chaque maillon de la filière, émissions dont la réduction serait dans l'esprit de nombreux “ marketers ”, un élément sur lequel le chaland serait prompt à s'arrêter et en faire un attribut de choix lors de son acte d'achat.

Pour ces pays du Nouveau Monde, il semblerait que l'urgence ait primé et qu'il faille répondre au plus vite aux exigences de la grande distribution notamment britannique prête à menacer ses fournisseurs qui n'auraient pas une conduite écologique jugée irréprochable. “ Même si l'on peut discuter du bien-fondé du bilan carbone (qui calcule les émissions de gaz à effet de serre) qui, certes, sensibilise les acteurs mais ne donnent que des objectifs en amont de la filière, force est de constater que les pays du Nouveau Monde ont bien compris qu'il y avait une carte à jouer. Les Français feraient bien de s'en préoccuper ”, estime Yann Chabin, chercheur en gestion à l'Université de Montpellier 2 et responsable d'un programme de recherche intitulé : “ Avenir et stratégie du vin durable sur le marché mondial ”.

En matière de développement durable, la filière vin française semble avoir des choses à apprendre de ses concurrents des pays nouveaux producteurs. (S. Leitenberger)

En matière de développement durable, la filière vin française semble avoir des choses à apprendre de ses concurrents des pays nouveaux producteurs. (S. Leitenberger)

 

Un classement des pays

D'autant plus que ce chercheur a mis en place un classement des différents pays viticoles en fonction de leur engagement vers un “ vin durable ”. La France n'aurait en effet franchi que la première marche de l'escalier et se dirigerait tout droit vers une démarche contraignante si aucune initiative d'ampleur ne se mettait en place. “ J'ai pu toutefois constater au cours de ces derniers mois que les choses bougeaient au niveau régional, sous-entendant à terme un échelon inter-régional mais il faut être conscient que d'ici cinq ans, les structures en retrait sur cette question pénaliseront leur compétitivité. ”
Sur la deuxième marche, se trouvent les pays qui, d'ores et déjà, affichent leur engagement en faveur du développement durable, type l'Australie ou la Nouvelle-Zélande. “ Ce dernier, par exemple, a créé un référentiel de production durable et affirme qu'en 2012, 100 % de ces viticulteurs respecteront ce référentiel. D'aucuns, et notamment dans la profession viticole, ne manqueront pas de dénoncer les exigences minimalistes de ce cahier des charges. Mais il n'en demeure pas moins qu'une frange de consommateurs pourra être sensible à de telles démarches collectives. ”

Enfin, le dernier échelon serait celui de la valorisation d'une démarche durable, une stratégie adoptée notamment par l'Afrique du Sud qui mise sur la biodiversité et qui va le proclamer sur toutes les bouteilles de vin en provenance de ce pays. “ Il s'agit alors d'être capable non seulement de se différencier sur les linéaires par rapport à des concurrents qui, eux aussi, ont choisi la carte du développement durable mais aussi de valoriser cet engagement. ”

Cet aspect stratégique de l'approche du développement durable n'a pas échappé à Inter-Oc (Interprofession des vins de pays d'Oc) qui a choisi d'appuyer le programme de recherche initié par Yann Chabin. Même si la question de la valorisation n'est qu'un volet de ce programme. “ Il s'agit en effet plus largement de dresser un état des lieux des démarches et pratiques, construire un référentiel développement durable concret, honnête et ouvert à tous ainsi que de contribuer à l'harmonisation d'un cahier des charges européen dans le but d'intégrer la filière dans une démarche citoyenne mondiale ”, ajoute Yann Chabin. Et Inter-Oc d'ajouter : “ Le développement durable est aujourd'hui d'actualité. Le sera-t-il encore longtemps ? La question peut se poser. En tous cas, il est nécessaire de prendre en compte le développement durable pour une structure citoyenne qui défend les vignerons de manière collective. Certes, il est important de se positionner sur cet avantage concurrentiel mais notre engagement dans ce programme de recherche va bien au-delà de l'aspect commercial. Nous nous inscrivons dans le long terme. En nous appuyant sur des entreprises qui ont déjà lancé des initiatives dans ce domaine, nous voulons sensibiliser l'ensemble de la filière. ”

Source Réussir Vigne Octobre 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier