Transmission comment gérer le papy boom

Claudine Galbrun - Réussir Vigne Mars 2013

Transmission  comment gérer le  papy boom
Jérémie Pierru s’est installé hors cadre familial il y a tout juste un an. “ M’installer était dans la logique des choses. J’avais de nombreuses expériences sur différents domaines viticoles. J’ai voulu sauter le pas et devenir vigneron. ” © M. Ivaldi

Les vignerons vieillissent. Près de 60 % d’entre eux ont plus de 50 ans et plus de 27 % d’entre eux n’avaient aucun successeur connu en 2010, selon le dernier RGA (recensement général agricole) et 11 % pensaient que leur exploitation était condamnée à disparaître. En face, il y a plus ou moins de repreneurs mais certains sont rendus frileux à l’idée de se retrouver à la tête d’une exploitation. La crise, le prix du foncier expliqueraient notamment cette pusillanimité. Quand la non-adéquation entre les envies des cédants et les besoins des repreneurs ne s’en mêle. La filière en a pris conscience et se mobilise.

Pour en savoir plus

Transmission  comment gérer le  papy boom

Voir dossier de Réussir Vigne de février 2013. R. Vigne n°193 p. 18 à 24.

Michel Issaly, président des VIF (Vignerons indépendants de France) fait partie de ces chefs d’exploitation, âgés de plus de 50 ans, sans successeur connu et mesure toute la difficulté qu’il y a à transmettre son entreprise. “ Dans les dix à quinze ans qui viennent, 60 % des exploitations viticoles seront à reprendre. Vu la situation de certaines entreprises dans des vignobles en difficulté, les jeunes ne sont guère tentés à reprendre le flambeau. Et dans les régions à très forte valeur ajoutée, comme en Champagne, à Châteauneuf-du-Pape ou en Bourgogne, le coût financier de la transmission devient parfois impossible dans le cadre familial, compte tenu du prix du foncier. De toute façon, la transmission dans le monde viticole, est une opération très lourde, administrativement, financièrement, fiscalement. Et très longue. Il faut compter au moins cinq ou six ans pour bien la préparer. Ce qui peut rebuter pas mal de monde. Et puis les métiers de l’agriculture n’attirent plus. C’est une tendance lourde que l’on observe depuis au moins trois ans. J’en veux pour preuve la fermeture des écoles, privées ou publiques, d’œnologie. Ce qui est un très mauvais signe. Alors que nous, vignerons, sommes prêts à accueillir des stagiaires et en sont demandeurs, nous n’en trouvons pas. Je ne sais pas si l’on peut parler d’une crise des vocations mais cela y ressemble. ”

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Le coût moyen d’installation en individuel augmente d’année en année

Les Jeunes agriculteurs constatent eux aussi une diminution du nombre des installations dans la filière viticole. “ Pour ce qui est des installations aidées, on en dénombrait 1 512 en 2009 et 1253 en 2010. La diminution est donc nette ”, constate Stéphane Honorat, vice-président des JA et viticulteur en AOC coteaux d’Aix-en-Provence. “ Le besoin en capital n’est pas le seul frein même si les exploitations ont tendance à s’agrandir ce qui rend d’autant plus difficile leur reprise. Le coût moyen d’installation en individuel, tous systèmes de production confondus, augmente d’année en année. Il est ainsi passé de 87 600 euros en 2005 à 125 400 euros en 2009. Il y a aussi les incertitudes pesant sur le revenu du jeune qui s’installe. Le débat également sur le maintien ou non des droits de plantation n’est guère favorable au besoin de visibilité nécessaire pour s’installer. ” Certains départements semblent épargnés par ces problèmes. C’est le cas par exemple du Maine-et-Loire (voir encadré) protégé par la diversité de ces productions et la relative petitesse de ces exploitations, selon CerFrance. “ Dans la Drôme, des gens qui veulent s’installer, on en a ”, constate également Régis Aubenas, élu à la chambre d’agriculture. “ Sauf que ceux qui veulent s’installer ont des besoins différents de ceux qui veulent céder. Les jeunes ont souvent des projets en circuits courts tandis que les cédants ont une vision capitalistique ou patrimoniale de la chose. Et quand on touche au patrimoine, des ressorts irrationnels peuvent se mettre en place qui rendent la transmission très difficile. En tant que propriétaire de terres, ils veulent pouvoir les vendre au plus offrant, sachant que dans la Drôme, la pression foncière et la spéculation sont très fortes, avec notamment la question des résidences secondaires. Ou sinon ils gardent les terres, refusant de les mettre en fermage, jugeant la chose trop compliquée et les font cultiver par une entreprise agricole. Mais celle-ci va produire des céréales mais pas des productions spécifiques à haute valeur ajoutée. Or, notre volonté est bien que le foncier soit en production mais avec des productions créatrices de richesse. L’accès à la terre dans la Drôme est donc difficile alors même qu’une transition démographique s’opère et qu’elle va s’intensifier. ” En Aquitaine, dans les dix ans qui viennent, ce sont quelque 2 500 exploitants qui vont partir en retraite, selon la Draf d’Aquitaine, sans connaissance de repreneur. “ Nous mettons en place des dispositifs pour faciliter la transmission. Les organisations professionnelles parlant alors d’anticipation foncière ”, explique Hervé Olivier, directeur de la Safer Gironde. “ Nous utilisons les données du RGA et de la MSA pour identifier les propriétaires sans successeur afin de suivre l’évolution de leur fin de vie et orienter les potentiels repreneurs. Ceci se met en place actuellement en Aquitaine. ” Un peu partout en France, se créent de tels observatoires. C’est le cas, par exemple, dans l’Hérault où la chambre d’agriculture et le conseil général se mobilisent. “ Les exploitants qui doivent partir en retraite peuvent faire une déclaration de cessation d’activité au moins dix-huit mois avant et indiquer à cette occasion s’ils ont ou non un repreneur ”, indique Francis Gazonnaud, de la Chambre d’agriculture de l’Hérault. “ S’ils n’ont pas de repreneur, nous les aidons à en trouver via notamment le répertoire à l’installation géré par les chambres d’agriculture (1). Mais dans les faits, nous n’avons que peu de retour en viticulture et à l’arrivée peu de cédants quand il n’y a pas inadéquation entre ce que recherche le candidat à l’installation et le cédant. ” Pourtant, rappelle Hervé Olivier, il existe tout un panel d’aides à l’installation qui intéressent au premier chef, le repreneur, même hors cadre familial, mais aussi le cédant, pour faciliter par exemple, le fermage. Un groupe de travail constitué de bailleurs et de repreneurs s’est d’ailleurs mis en place au niveau régional, souligne Gérard Mutolo, directeur de la FRSEA Aquitaine, afin de réfléchir à des formules sociétaires quant à la propriété du sol. Pour rassurer encore le cédant, la Safer propose la convention de mise à disposition, un mode d’exploitation qui déroge au statut du fermage. Il s’agit d’un outil de location temporaire qui permet à un jeune d’accéder à du foncier sans avoir à le financer immédiatement, tout en apportant toutes les garanties de bonne fin au propriétaire. Il existe aussi une solution de portage du foncier, soit une forme de location-vente. Lors d’une transmission, la Safer achète tout ou partie du foncier hors le bâti et le met en fermage. Au bout de cinq ou dix ans, la Safer revend le solde de la propriété au prix d’achat. Les fermages encaissés par la Safer durant la location constituent une avance sur le prix de la vente. “ Ce qui permet au nouvel installé de solder de premiers prêts et de générer de la trésorerie pour acheter en totalité la propriété. Depuis un an, nous en parlions. Aujourd’hui, dix projets de ce type sont engagés ”, indique Hervé Olivier.    
 
(1) www.repertoireinstallation.com

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