Trois questions aux candidats aux élections présidentielles en France

Réussir Vigne Mars 2012

Trois questions  aux candidats aux élections présidentielles en France

Cinq candidats à l’élection présidentielle ont choisi Réussir Vigne pour donner leur avis sur le secteur viticole et ses grands enjeux. Droits de plantation, promotion et place du vin dans la société sont les trois questions sur lesquelles ils se sont exprimés.

A suivre...

Trois questions  aux candidats aux élections présidentielles en France
© ONU/Jean-Marc Ferré

Nicolas Sarkozy, désormais candidat à l'élection présidentielle, répondra dans le numéro d'avril de Réussir Vigne. (RV n°184)

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De gauche à droite (sur les photos), François Bayrou, François Hollande, Eva Joly, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon. © S. Leitenberger, Commission européenne, Parlement européen.

Question 1 : La gestion de la production viticole repose sur les droits de plantation octroyés à chaque viticulteur pour planter. L'Union européenne prévoit de les faire disparaître en 2015. Faut-il les défendre ?

François Bayrou - Modem
C’est une question importante pour les viticulteurs, pour l’équilibre de nos territoires ruraux dans de nombreuses régions, mais aussi pour l’économie française, compte tenu de la place du secteur viticole dans notre commerce. Je suis né, j’ai grandi et je vis encore en Béarn, pays du jurançon et du madiran. Quoi de plus beau que les paysages de vignes qui disent si bien la main de l’homme, la minutie et la patience de son travail. Je sais aussi combien la filière souffre de la baisse de la consommation comme de la très vive concurrence mondiale.
Alors, pour moi, la disparition des droits de plantation proposée par la Commission européenne serait une faute. Ce serait la porte ouverte à une augmentation sans contrôle des quantités de vin mises sur le marché, avec les conséquences facilement prévisibles de baisse des prix et de détérioration de la qualité. Au moment où l’on cherche, partout, à retrouver des outils efficaces de régulation des marchés, cette initiative de la Commission apparaît pour le moins décalée. J’observe d’ailleurs que cette disparition est largement contestée au sein de l’Union européenne. J’espère donc que le bon sens l’emportera. Dans le cas contraire, nous nous battrons.

François Hollande - Parti  socialiste
Le Gouvernement Sarkozy a favorisé l’abandon des droits de plantation. Nous avons ainsi sacrifié notre modèle viticole diversifié, durable et performant, attaché aux terroirs, fortement exportateur et rémunérateur. Il s’agit en réalité d’un modèle d’excellence agricole. Il faut y revenir et inscrire ces droits comme une règle pérenne dans l’organisation de la PAC.

Eva Joly - Europe écologie, Les Verts
Je suis partisane d’une viticulture de qualité, paysanne, bio, sur de petites et moyennes exploita-tions réparties harmonieusement sur le territoire. Si je veux permettre à ce modèle viticole durable de se développer, je suis contre la dérégulation totale prônée au niveau européen : elle pourrait engendrer une augmentation de plus de 30 % des surfaces viticoles françaises, avec comme impact une baisse immédiate de la qualité, des prix tirés vers le bas et une chute inacceptable du revenu des producteurs. Ce serait une mauvaise nouvelle aussi pour la lutte contre l’alcoolisme, si préjudiciable à la santé et à la société. Cette libéralisation absolue serait le triomphe d’un modèle viticole, basé sur de grandes vignes de plaine irriguées, qui constitue une impasse culturelle et sanitaire.

Marine Le Pen - Front National
Nous sommes opposés à la libéralisation pro-gressive du droit de plantation des vignobles. Le « front du refus » est d’ailleurs assez vaste : cela bataille ferme à Bruxelles sur ce sujet et le 30 novembre dernier, la Grèce a pris officiellement position contre la libéralisation des droits de plantation, portant le total des soutiens à 197 voix. Mais nous savons que les décisions bruxelloises font souvent fi de la volonté des peuples… Il est bon de relever que cette décision de libéraliser le droit de plantation émane du conseil des ministres de l’Agriculture des 27 pays membres de l’Union européenne – dont la majorité ne connaît rien à la viticulture ! Elle peut entraîner à terme une explosion des surfaces consacrées à la vigne en France... mais aussi en Europe et notamment dans les pays d’Europe Centrale. Dans les faits, l’augmentation très forte de la production qui en résultera, aura pour conséquence une chute du prix du vin, mais aussi du prix de l’hectare de vigne… Pour le plus grand bénéfice des grands groupes de la viticulture industrielle. Nous estimons pour notre part, partageant le point de vue de la Coordination Rurale, qu’une régulation du potentiel de plantation n’est pas incompatible avec la compétitivité de la viticulture française.

Jean-Luc Mélenchon - Front de Gauche
La production viticole française repose sur une régulation collective très poussée qui a permis de développer la qualité des vins français. Pour garantir cette qualité, on ne peut pas faire du vin n’importe où et n'importe comment. La fin des droits à plantation est la déclinaison dans la viticulture du principe de la concurrence libre et non faussée qui régit le traité européen. Elle entraînerait la dérégulation complète du secteur. Elle menacerait directement la qualité des vins et condamnerait les exploitations familiales et artisanales au profit d'une viticulture productiviste qui privilégie grandes surfaces et hauts rendements aux dépens des terroirs qualitatifs. À terme, c'est tout le système des appellations d'origine contrôlée qui serait menacé. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy a beau jeu de s'opposer aujourd'hui à l'application de cette réforme alors qu'il en a soutenu le principe en 2008 au niveau européen.

Question 2 : Le deuxième poste excédentaire de la balance commercial française est détenu par l'exportation des vins et spiritueux. Quel soutien économique et de promotion pour ce secteur d'activité préconisez-vous ?

François Bayrou
Je fais une totale confiance aux professionnels du secteur pour prendre en main leur avenir au niveau territorial le plus approprié. Ils ont montré qu’ils peuvent le faire de manière efficace quand ils disposent des outils juridiques et financiers nécessaires. Je pense à certaines interprofessions qui sont de véritables réussites quant aux progrès qualitatifs et commerciaux réalisés.

François Hollande
La priorité est à la régulation et à l’amélioration constante de la qualité pour assurer un bon revenu aux viticulteurs notamment en encourageant les contrats collectifs. L’Etat devra aussi promouvoir ces produits à l’international, en vantant l’excellence des produits en s’alliant aux caves coopératives et aux vignerons indépendants pour faire ce travail en commun. 60 % du marché est interne, il faut donc aussi que les Français puissent continuer d’acheter nos produits et en finir avec la politique de récession. 

Eva Joly
Le vin n’est pas un produit alimentaire banal. Il a un contenu " culturel " important, et les abus de consommation posent un problème sanitaire qu’il ne faut pas sous-estimer.
Que ce soit pour le marché national comme pour l’export, l’objectif ne saurait être la croissance des volumes. Je préfère exporter la culture française que des produits bas de gamme comme le font certains des " nouveaux producteurs ". Je souhaite protéger les indications géographiques et les appellations d'origine, régulièrement mises en cause.

Marine Le Pen
La viticulture est bien la deuxième exportatrice en termes de valeur avec un produit exclusivement fabriqué en France ! S’il est une production française mondialement reconnue pour sa qualité inégalée, qui participe à ce que les anglo-saxons appellent le soft power d’une nation, à savoir à notre capacité de séduction culturelle, c’est bien celle-là ! Dans notre esprit, il convient déjà d’arrêter de soumettre nos viticulteurs à la concurrence déloyale résultant des traités internationaux de libre-échange conclus par la Commission européenne et ratifiés par l’État français pour ouvrir notre marché aux vins du Pacifique et des Etats-Unis. Pareillement, nous devons dire non aux politiques erratiques menées par Bruxelles qui désarçonnent le monde du vin…
Il y a six ans, la commissaire européenne à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, au nom de la « qualité » et de la « compétitivité », annonçait l’arrachage de 400 000 hectares de vignes en cinq ans. Au même moment, les Etats et les institutions européennes décidaient de revenir à une logique productiviste et quantitative avec la libéralisation du droit de plantation des vignobles…

Jean-Luc Mélenchon
On soutiendrait mieux les vins français en défendant leur qualité et leur spécificité territoriale plutôt qu'en copiant les vins américanisés à bas coût qui déferlent sur le marché mondial. Il existe une bataille culturelle pour imposer des standards de goût. Le vin subit de plein fouet la course au gras et au sucré de l'industrie agro-alimentaire anglo-saxonne. Contre cette « macdonaldisation » du goût, la France doit lutter au niveau international pour un haut niveau d'exigence qualitative dans la production des vins d'appellation. Il faut lutter contre les tendances au dumping par la course aux surfaces sur des terroirs non qualitatifs, la montée des rendements par l'irrigation et la vinification industrielle. La France doit défendre une viticulture paysanne d'excellence et devenir la championne mondiale des vins issus de raisins cultivés en bio. Pionnier dans ce domaine, le mouvement coopératif  doit en particulier être soutenu pour poursuivre cette conversion écologique et qualitative de la viticulture française. Les marchés et les prix doivent à nouveau être encadrés à rebours de la dérégulation actuelle dans laquelle le vin français a tout à perdre.

Question 3 : Le vin est-il un pilier de la culture française ? Quelle place lui réserver dans la société française ?

François Bayrou
Oui c’est un pilier, de la culture et de l’agriculture françaises. J’ajoute, parce que nous pouvons tous en être fiers, que cet espace de tradition est aussi un espace d’innovations, innovations techniques mais aussi innovations commerciales et organisationnelles : vous savez bien que c’est le vin qui a inspiré des structures originales, comme les appellations d’origine ou les organisations interprofessionnelles, qui sont ensuite devenues assez puissantes et efficaces pour être étendues à d’autres produits. J’aime le vin. Avec modération bien sûr. Car en tout, les excès sont des comportements dangereux. Et nos concitoyens l’aiment pour tout ce qu’il est : un produit de terroir, un art de vivre et d’être ensemble.

François Hollande
La culture du vin est celle du bien-vivre et de la convivialité. C’est une part importante de notre identité alimentaire, de notre culture du goût. Les producteurs peuvent faire découvrir ce plaisir aux nouvelles générations, par l’éducation à une consommation responsable fondée sur la qualité.

Eva Joly
Le vin a une dimension culturelle importante en France. Et ma plus grande crainte, pour cet aspect culturel comme pour la santé de nos concitoyens, c’est qu’il devienne un produit de consommation comme un autre, et que sa fabrication s'industrialise, et s'éloigne des terroirs. Pour éviter cela, je m’opposerai aux facilités accordées ces dernières années pour la publicité sur Internet. Plus généralement, l’alcool sera particulièrement visé par la politique de prévention que je souhaite mettre en œuvre pour lutter contre les addictions et pour la santé des français. L’évolution des techniques fait que le degré élevé d'alcool n'est plus aujourd'hui synonyme de goût et de qualité des vins.

Marine Le Pen
Le vin est un élément important de notre culture, et à l’instar de cette notion qui existe au Japon, celle de « trésor national vivant ». On peut imaginer que
le savoir-faire de certains de nos vignerons soit célébré et porté plus avant à la connaissance des jeunes générations. Car n’en doutons pas, la découverte et la consommation (raisonnée) du vin  souffre elle aussi de la standardisation des goûts, de la déferlante de la pitance mondialisée dans nos assiettes. C’est pourquoi il s’agit aussi de défendre un patriotisme de la fourchette ! Mais cette place du vin dans la société française se transmet aussi et surtout  peut-être dans le cercle familial et celui des amis. Vous l’aurez compris, tant qu’il y aura des Français fiers de notre culture et de nos racines, des aînés pour éduquer les plus jeunes au bien boire, et des vignerons produisant des vins de qualité, le dieu Bacchus, le genius loci de la vigne ne désertera pas nos rivages !

Jean-Luc Mélenchon
Le vin fait partie du patrimoine culturel, agricole et technique de la nation. S'y rencontrent des paysages et des savoir-faire uniques. Si la lutte contre le fléau de l'alcoolisme doit être renforcée, je rappelle que le marketing agressif et consumériste vient plus dans ce domaine de l'industrie des alcools forts que des producteurs de vin. Et la lutte contre les addictions doit être globale et ne pas laisser de côté les médicaments et notamment les psychotropes dont les prescriptions massives sont un désastre de santé publique.

Propos recueillis par Marion Ivaldi, rédactrice en chef.

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Commentaires 1

Paul (45)

Et M. Sarkozy, il a pas voulu vous donner son avis ?? C'est vrai que ce n'est pas un adepte du vin... Même avec modération...

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