Vin de cépage : Le vin de cépage français est-il crédible ?

Stéphane Seegers

Une étude menée par les chercheurs de l'Inra de Montpellier montre que, dans l'échantillon testé, il n'existe pas de typicité propre au cépage annoncé sur l'étiquette. Cela soulève des questions, en particulier celle de la crédibilité des vins français à l'étranger sur ce créneau des vins de cépages.

Parmi les mentions présentes aujourd'hui sur les étiquettes, celle du cépage est devenue en quelques années un enjeu important de la création de valeur dans la filière du vin en particulier à l'export. “ La France est devenue en quelques années le premier producteur de vins de cépage dans le monde, dans le sillage précurseur des producteurs du Nouveau Monde,
rappelle François d'Hauteville chercheur à l'UMR Moisa de l'Inra de Montpellier. La région Languedoc-Roussillon représente près de 80 % de l'ensemble de cette production française. Clairement, la filière du vin valorise la mention du cépage : les statistiques françaises des prix du vin en vrac montrent que les différentiels de prix entre vins d'assemblage et vins de cépage atteignent couramment 20 %. ”
Les chercheurs de Montpellier se sont donc intéressés à cette mention du cépage. Le cépage précisé sur l'étiquette d'un vin avertit le consommateur d'une typicité, “ c'est-à-dire une différence remarquable et identifiable dont le consommateur peut lui même faire l'expérience ”, explique François d'Hauteville. Le cépage, par la particularité qu'il annonce, est une promesse qui appelle vérification, que ce soit par le consommateur lui-même, s'il est assez expérimenté, ou du moins par les garants de cette promesse que sont les experts eux mêmes. L'objectif de l'étude (1) était de vérifier si la promesse de typicité du cépage est effectivement tenue.

Les vins de cépage étrangers garantissent une typicité reconnaissable. Ce n'est pas le cas des vins de cépages français. (G. Deloison)

Les vins de cépage étrangers garantissent une typicité reconnaissable. Ce n'est pas le cas des vins de cépages français. (G. Deloison)

Pour cela plusieurs tests expérimentaux ont été menés auprès de trois groupes de consommateurs de vin à Montpellier (59 personnes, 33 femmes et 26 hommes, au total). Ces trois groupes sont des consommateurs occasionnels appelés novices, des consommateurs fréquents baptisés expérimentés et des élèves oenologues considérés comme experts. Ces personnes ont eu à déguster six vins de cépages : syrah (2 vins), merlot (2 vins) et cabernet (2 vins). Ces vins ont été choisis dans le commerce avec un prix entre 3,5 € et 6,50 €.
Mais là, surprise au niveau des résultats. De façon générale, ils montrent que les échantillons choisis ne permettent pas aux consommateurs, experts comme novices, de repérer cette typicité. Ni les consommateurs novices, ni les consommateurs réguliers, ni les experts n'ont pu appareiller correctement ou identifier des vins portant la même mention de cépage. “ Deux explications sont possibles. La première est celle de l'incompétence des dégustateurs. Nous avons cependant montré expérimentalement que ces mêmes experts étaient capables d'opérer des appariements dans des conditions expérimentales beaucoup plus complexes. La seconde est que les vins choisis dans le commerce n'ont pas été sélectionnés a priori en fonction de leur typicité. C'est sans doute l'explication à retenir. Mais alors elle suscite une question : pourquoi ces vins commerciaux ne présentent-t-ils pas la typicité correspondant à la mention du cépage affiché sur l'étiquette ?”

La mention du cépage figurant sur les vins ne correspond à aucune typicité particulière perceptible par le consommateur. “ C'est préoccupant, lorsque l'on sait que le prix à la production des vins en vrac issus d'un cépage sont mieux valorisés qu‘en l'absence de mention du cépage. La question qui se pose est donc celle de la manière dont la filière française du vin identifie la qualité des vins et délivre les agréments de conformité. ” Les consommateurs étrangers s'y retrouvent-ils en dégustant des vins de cépage d'origine française ? Ne sont-ils pas surpris par le goût d'une syrah française ? Le merlot français correspond-il bien aux caractéristiques gustatives attendues ?

Le consommateur risque de ne plus accorder de crédit à la mention de cépage sur un vin français. (P. Cronenberger)

Le consommateur risque de ne plus accorder de crédit à la mention de cépage sur un vin français. (P. Cronenberger)

 

Peu de produits reposent autant que le vin sur le critère goût pour se différencier sur le marché. Même si la capacité du consommateur à discerner la nature sensorielle de sa préférence est limitée, il paraît risqué de ne pas avoir une typicité propre à chaque cépage dans les vins français. “ A notre avis, il peut être dangereux de privilégier un système d'agrément qui se contenterait d'éliminer les mauvais vins, en estimant que la typicité du cépage est fluctuante car trop tributaire des terroirs et des méthodes oenologiques, conclut François d'Hauteville. Les concurrents internationaux pourraient en effet en tirer argument pour dévaloriser la filière française des vins de cépage auprès des acheteurs et des consommateurs. Les consommateurs français, apprenant que les experts ne sont pas capables de reconnaître et d'identifier les caractères particuliers des cépages, pourraient aussi se demander si le label cépage justifie un surprix de la marque. ”

Source Réussir Vigne Février 2010

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