Vins : une concurrence plus vive à l’international

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Vins : une concurrence plus vive à l’international

Un rééquilibrage du marché mondial du vin est intervenu l’an dernier, permettant une hausse des prix. Evolution liée à une récolte modeste. Le millésime 2013 s’annonce plus abondant, avec à la clé une détente des cours face à une consommation stable.A l’inverse, la France doit se contenter d’une faible vendange. Ses disponibilités réduites ne lui permettront pas d’honorer la demande dans plusieurs appellations. Le prix des vins français devrait rester ferme. Une tendance contrecarrée par l’atonie de la demande intérieure et une vive compétition à l’international.

En Chine, la loi anticorruption votée il y a un an a notablement changé les habitudes dans l'ancien empire du Milieu, où il n'est plus de bon ton de festoyer et de boire à l'excès, ni de multiplier les cadeaux dispendieux, surtout s'il s'agit d'alcool haut de gamme, comme le cognac et particulièrement le cognac de qualité vieille. Ainsi, les expéditions de cognac vers la Chine ont baissé de 13,8 % en volume et 16 % en valeur sur les douze derniers mois. De la même façon, la plate-forme de Hong-Kong, par laquelle passe une grande partie du cognac avant d’aller en Chine, est elle aussi en chute : – 4,6 % en volume et – 17,9 % en valeur sur les douze derniers mois.Parallèlement à cette loi anticorruption, la Chine a ouvert début juillet une enquête anti-dumping et antisubvention à l’encontre des importations de vins européens. Cette décision faisait suite à la décision des autorités européennes de maintenir les taxes sur les panneaux photovoltaïques chinois. A ce jour, l’incertitude d’augmentation des taxes a pu suffire à avoir un impact négatif sur les exportations de vins français vers la Chine qui sont en baisse, tous vins confondus, de – 9,4 millions de cols et – 7,8 % en valeur et pour les vins de Bordeaux de 4,8 millions de cols et – 9 % en valeur sur les neuf premiers mois de l’année 2013. Le sur-stockage pourrait également être une explication de cette baisse des expéditions, les Chinois ayant beaucoup acheté et beaucoup stocké ces dernières années créant une sorte de bulle spéculative, où la consommation augmentait moins vite que l’importation et la production locale.

UNE STABILITÉ DU VIGNOBLE MONDIAL

Les exportations françaises de vin marquent le pas, après trois années de croissance. Elles se stabilisent en valeur mais baissent en volume (– 0,8 % en glissement annuel et – 2,2 % sur les 9 premiers mois de 2013). La revalorisation des vins français, sans être remise en cause, marque le pas.Le vignoble européen continue de fondre (– 32 000 ha en 2012), malgré l’arrêt des programmes d’arrachage, touchant particulièrement l’Espagne. Hors UE, les surfaces augmentent modérément (+ 15 000 ha). Elles restent stables aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. Leur croissance ralentit en Turquie, en Chine. Une érosion a lieu en Australie et Russie. Au final, le vignoble mondial serait quasi-stable (– 0,2 % sur 2012, à 7,575 M ha). L’effritement des dernières années  n’est pas enrayé. 

LE MARCHÉ RÉÉQUILIBRÉ PAR UNE RÉCOLTE MODESTE EN 2012

Capture vin 2

La production mondiale de vin atteindrait 258,2 M hl en 2012, selon les données réévaluées de l’OIV. Un niveau tout juste suffisant pour couvrir la consommation de 243 M hl et la moitié des usages industriels. La succession de récoltes modestes depuis 2007 permet de résorber les stocks excédentaires. Ce resserrement de l’offre est source de tensions sur les approvisionnements et les prix, le marché mondial tendant à l’équilibre.

UNE CAMPAGNE FAVORABLE POUR LES PRIX AUX PRODUCTEURS

Capture vin 3

La France sort d’une campagne 2012/13 marquée par une récolte viticole historiquement faible de 41,4 M hl (– 10 % comparée à la moyenne quinquennale). La production affiche alors une baisse de 19 % tous vins confondus et jusqu’à 58 % pour les vins sans IG. Conséquence, les prix s’orientent vivement à la hausse, accompagnant un recul général des disponibilités en Europe.

Les exportations françaises de vin marquent le pas, après trois années de croissance. Elles se stabilisent en valeur mais baissent en volume (– 0,8 % en glissement annuel et – 2,2 %sur les 9 premiers mois de 2013). La revalorisation des vins français, sans être remise en cause, marque le pas.

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Si le volume embouteillé se maintient, le vrac perd 195 000 hl, soit -6,6 % d’une année sur l’autre. Il est victime d’une perte de compétitivité liée à la hausse des cours du vin de table, amplifiant les difficultés d’approvisionnement. Sur les derniers mois de 2013, la demande fléchit vers la Russie (– 91 000 hl, pour le vrac en grande partie) et l’ensemble Chine Hong Kong (– 71 000 hl en bouteilles sur les huit premiers mois de 2013). La destination Japon recule de 9,4 % en volume cette année, avec une accélération lors des derniers mois.

LE VIN FRANÇAIS CONTRE-PERFORMANT SUR SES DEUX PRINCIPAUX MARCHÉS EXPORT

Capture vin 5

Aux Etats-Unis, les vins français tirent profit de la croissance en valeur du marché, mais pas de la hausse de consommation. Leur prix moyen de 22,9 USD/l, bien supérieur à la concurrence, affiche un gain de 3,3%. Evolution inverse de celle des volumes commercialisés, qui continuent de s’éroder avec le repli à la fois des vins sans IG et des IGP. La part de marché décline à 1,5 %, rendant les produits de moins en moins visibles. La bonne nouvelle arrive des rosés français, qui progressent dans un segment déprimé. Concernant les chiffres d’exportations françaises, un essoufflement de la croissance se dessine. Elle atteint, à fin août, + 1,3 % en volume et + 1,5 % en valeur sur les premiers mois de 2013, contre respectivement + 4,9 % et + 6 % sur 12 mois glissants.

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Au Royaume-Uni, les vins français se comportent une nouvelle fois moins bien que le marché, à la différence d’une concurrence espagnole et italienne gagnant des volumes. Leur part de marché recule de 0,3 point à 12,8 % en volume. Les ventes de champagne cèdent 4,7 % en volume, 3 % en valeur sur 12 mois à fin septembre, alors que les exportations, stables sur 12 mois, reculent de 7 % sur les 8 premiers mois de 2013. Les vins de Bordeaux gagnent 6 % en volume, mais perdent 13 % en valeur, dévalorisation qui s’amplifie sur les derniers mois. Les vins rosés français, plus marginaux en volume, fléchissent de 19 % àfin septembre, selon le panel Nielsen.

Capture vin 7

Vers l’Allemagne, les exportations gagnent 2,5 % en volume, 3,6 % en valeur sur les 8 premiers mois de 2013. Du mieux par rapport au tassement sur l’année mobile. Les vins AOC expliquent 60 % du gain de volume. Ils affichent + 7 %, sans progression équivalente en valeur, celle-ci restant même identique en Bordeaux, avec l’essor des rouges livrés en vrac(+ 65 %). Pour le reste, un basculement de la demande s’opère des vins sans IG vers les IGP, suite à la baisse des disponibilités et au resserrement des prix. La fin d’année, toujours cruciale, pourrait donner l’avantage à l’Hémisphère sud, plus compétitif. Les blancs tranquilles expliquent une nouvelle fois la hausse des exportations françaises, d’après Nielsen. Ces dernières ne bénéficient toutefois pas de la reprise de consommation des effervescents, qui profite aux vins allemands.

En France, le marché reste stable en valeur pour les vins tranquilles, d’après les chiffres de Kantar Worldpanel sur le premier semestre. Il baisse de 1,5 % en volume, sous l’effet des – 20 % pour les vins sans IG en provenance de l’UE et des – 2,4 % pour les AOC. Les rosés et, dans une moindre mesure, les blancs sont davantage consommés. A l’inverse, les rouges perdent environ 3 points, à 54,4 % des volumes. Côté effervescents, les ventes de champagne reculent de 5 % à fin août(en cumul annuel mobile). Elles subissent un report de consommation vers les crémants et autres mousseux.

UNE NOUVELLE CAMPAGNE COMPLIQUÉE PAR LE PEUDE DISPONIBILITÉS FRANÇAISES

Capture vin 8

La production mondiale de vin 2013 s’établirait, d’aprèsl’OIV, à 281 M hl, une référence élevée. En Europe, elle grimperait à 164 M hl (+ 16 M hl), sous l’impulsion de l’Espagne (+ 7,5 M hl), la France (+ 2,8 M hl), la Roumanie (+ 2, 6 M hl). Hors UE, la production afficherait + 9,5 %. Les Etats-Unis seraient à + 7 %. Tous les grands pays du Nouveau Monde s’inscriraient dans la même tendance, avec des records en Nouvelle-Zélande (+ 28 %) et au Chili avec de nouvelles surfaces. L’Australie monterait à 13,5 M hl, malgré un vignobleamputé. La consommation mondiale progresserait modérément, à 245 M hl. Une estimation prudente de l’OIV, qui reconduit lechiffre non atteint de l’an dernier. C’est au mieux une stabilité du volume des échanges mondiaux qui se dessine en 2013. Reflet de la morosité des marchés européens, la France et l’Italie baisseraient leurs importations entre 15 % et 19 %.Le Chili et l’Afrique du Sud devraient tirer leur épingle dujeu, avec des gains en volume de respectivement 20 et 27 %. Tous deux bénéficiant des moindres disponibilités en Espagne et en Italie, principalement en vrac. L’arrivée du nouveau millésime européen devrait peser sur les prix en 2014, notamment du vrac, afin de regagner le terrain laissé à la concurrence. En France, la récolte 2013 est évaluée à 42,3 M hl (+ 2 %) par le ministère de l’Agriculture. De mauvaises conditions météorologiques au printemps l’ont sérieusement amputée. Les volumes d’IGP et des vins sans IG sont attendus en hausse, de respectivement 1 M hl et 0,7 M hl. A l’inverse,les vins sous appellation reculeraient de 3 %, à 19,1 M hl. Comme en 2012, de grosses différences existent entre bassins de production : – 23 % dans le Bordelais, – 18 % en Alsace, mais un niveau conforme à la moyenne en Champagne et Val de Loire. 

Côté prix, la fermeté devrait se maintenir, vu les deux années successives de petite récolte. Certains marchés n’avaient pu être correctement livrés en 2012/13, notamment en beaujolais.Un tel scénario risque de se répéter sur plus d’appellations, faute de disponibilités. Pour les vins sans IG, le nouveau millésime ne devrait pas détendre significativement les prix à la production, compte tenu d’une récolte en baisse de plus de 20 % par rapport à la moyenne quinquennale. L’évolution du pouvoir d’achat des ménages français constitue un frein à toute revalorisation des prix. Après les hausses répercutées l’an dernier aux consommateurs, notamment en vin de table, les distributeurs seront peu enclins à concéder de nouvelles révisions tarifaires.L’export français pourrait également souffrir d’un tel contexte,aggravé par des parités monétaires défavorables. Avec le risque de voir l’érosion des parts de marché se poursuivre. 

DES RÉFLEXIONS À MENER SUR LA COMPÉTITIVITÉ

Le sujet de la limitation des rendements se posera aux organisations professionnelles, sachant qu’elle ne constitue pasune totale garantie de qualité du vin. Face aux pays du Nouveau Monde, à la productivité bien supérieure, le vin français n’arrivera pas à rivaliser en prix. Autre réflexion à mener, celle des vendanges mécaniques plutôt qu’à la main, en prenant en compte les évolutions technologiques. Il en va de la compétitivité des vins français. L’enjeu pour les effervescents est de pouvoir rivaliser sur le marché coeur de gamme, sans se limiter aux catégories les plus qualitatives.

Source Prisme : la note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire

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