volution des pratiques : Ce que le bio peut apporter aux conventionnels

Claudine Galbrun

Certaines pratiques de la viticulture biologique pourraient constituer une source d'inspiration pour les vignerons conventionnels. Et si c'était le retour à un certain bon sens agronomique ?

En ces temps de Grenelle de l'environnement, la pression est forte sur les viticulteurs pour diminuer l'usage des pesticides. Et même si ce Grenelle a fixé des objectifs ambitieux à la conversion à l'agriculture biologique (6 % de la SAU en 2010, 20 % en 2020), il semble difficile d'imaginer une viticulture française entièrement biologique. Les millésimes climatiquement capricieux 2007 et 2008 auront sans doute contribué pour leur part à remiser pour quelque temps des abjurations à la religion conventionnelle.

Cependant, il y a sans doute certains préceptes mis en oeuvre par les “ bio ” qui pourraient être facilement récupérés et pratiqués pour le bien de l'environnement et de la santé, sans que ne soit mis en péril l'avenir de l'exploitation. “ Une des premières choses à faire serait de supprimer le désherbage chimique. Les herbicides ne sont que des produits superflus et de confort. Ce serait déjà un bon début et à la portée de chacun. Et sans pour autant prendre des risques de perte de rendement ”, estime Monique Jonis de l'Itab(1). Et du fait de l'interdiction d'usage des herbicides, les “ bio ” sont aujourd'hui à la pointe en matière de gestion du sol, reconnaît Nicolas Aveline de l'IFV(2). En revanche, poursuit Monique Jonis, il semble plus difficile de préconiser l'usage de produits alternatifs aux pesticides de synthèse qui demandent technicité et savoir-faire. Autre recommandation facile à mettre en oeuvre : la protection de la biodiversité par le maintien des plantes sauvages en floraison, l'entretien de bandes enherbées et des tournières. Ceci est encore une fois à la portée de tous, assure Monique Jonis.

Favoriser la protection de la biodiversité par le maintien des plantes sauvages, l'entretien des bandes enherbées et des tournières pourrait être une mesure facile à mettre en oeuvre.(P. Cronenberger)

Favoriser la protection de la biodiversité par le maintien des plantes sauvages, l'entretien des bandes enherbées et des tournières pourrait être une mesure facile à mettre en oeuvre.(P. Cronenberger)

 

Mesures prophylactiques

“ Mais c'est sans doute du côté des viticulteurs bio qui traitent peu, qui font en quelque sorte du bio “ raisonné ” que les viticulteurs conventionnels devraient se tourner afin de s'inspirer des méthodes pour compenser le non usage de produits chimiques de synthèse à action immédiate, persistante et à l'efficacité prouvée ”, explique Jean-Marc Barbier, de l'Inra de Montpellier. Certes, les viticulteurs bios ont à leur disposition, pour lutter contre les principales maladies que sont l'oïdium et le mildiou, des produits efficaces à savoir le cuivre et le soufre, ou encore pour se protéger des insectes, le pyrèthre. Mais pour efficaces qu'ils soient, tous ces produits le sont potentiellement moins que les pesticides de synthèse, étant non systémiques, donc sensibles au lessivage et photosensibles. “ Si en viticulture biologique, on peut rencontrer des viticulteurs qui traitent de manière systématique, pour des raisons de coût, beaucoup vont mettre en oeuvre des techniques alternatives pour tenter de réduire le nombre de traitements. Il s'agira par exemple, de diminuer la sensibilité du végétal aux maladies en jouant sur sa vigueur. L'enherbement limitera l'alimentation azotée de la vigne, ce qui donnera moins d'appétence aux feuilles pour les insectes.

Ce qui peut aussi avoir comme corollaire, une diminution de rendement. Un épamprage suffisamment tôt en saison permettra une lutte plus efficace contre le mildiou en évitant que les spores de mildiou ne contaminent les jeunes pousses. Un effeuillage pratiqué tardivement en juillet-août, souvent d'un seul côté, favorisera l'aération des grappes. Il est vrai que certaines de ces pratiques sont déjà utilisées par les conventionnels, notamment dans les vignobles AOC mais il est certain que les “ bio ” y sont plus attentifs. Au-delà de cette prophylaxie, les “ bio ” pratiquent davantage les vendanges à la main ou du moins réalisent un tri. Ce qui permet de tolérer un niveau de maladie plus important, sachant qu'on ne vinifiera au final que les grappes saines. ”

L'équilibre de la plante

Selon Nicolas Aveline, la prise en compte de l'équilibre global de la plante dans son environnement, tels que la pratiquent les “ bio ”, devrait être une source de réflexion pour les conventionnels. “ Ce devrait d'ailleurs être incontournable, ajoute Monique Jonis. Cette notion d'équilibre global entre la vigne, le sol et l'environnement est très prégnante chez les biodynamistes ”, constate également Jean-Marc Barbier et existe aussi chez certains “ bio ”. “

Cette question d'équilibre n'a pas été prouvée scientifiquement mais je pense qu'il y a là quelque chose de fondamental mais pour l'heure, la recherche n'y apporte pas de réponse. Si on veut travailler dans ce sens, il faut donc y croire. Les “ bio ” ont sans aucun doute des choses à dire sur le sujet. Il s'agit peut-être d'un savoir profane mais qui mériterait d'être écouté. ” Ce qui pourrait être aussi le retour d'un certain bon sens agronomique. “ Il est vrai que celui-ci a été perdu avec l'usage des produits chimiques de synthèse. En étant, grâce à eux, en confiance compte tenu de leur mode d'action et de leur efficacité, il y avait moins besoin de réfléchir, de faire de l'agronomie. Et cela dure depuis 50 ans. Au moins une génération d'agriculteurs n'a connu et appris que cela en même temps qu'ils désapprenaient le reste. Mais si on se passe de ces produits chimiques, alors il faut réintégrer des données écologiques et pratiquer l'agro-écologie. Ce qui ne signifie pas pour autant que l'agriculture biologique serait forcément le stade ultime, la dernière étape à franchir pour atteindre un niveau soi disant supérieur, la viticulture intégrée étant aussi une voie de progrès. ”

(1) Institut technique de l'agriculture biologique
(2) Institut français de la vigne et du vin

Source Réussir Vigne Juin 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires