Y croire ou pas ? : La 4e dimension du vin

Claudine Galbrun

Et si la personnalité du vigneron entrait en résonnance avec celle du vin ? Et si l'esprit influençait la matière ? Etranges questions que pourtant, un oenologue-conseil se pose. Insolite.

Tout a commencé avec de l'eau. Et la découverte des travaux de Masaru Emoto sur les messages que ce liquide tellement banal pouvait mémoriser et délivrer. Ce Japonais a ainsi observé que la cristallisation d'une eau était différente selon son origine. Une eau pure provenant d'un torrent de montagne produisait des cristaux infiniment plus beaux qu'une eau prélevée dans un site pollué. Jusqu'ici, il n'y aurait rien de bien surprenant. Là où l'étonnement, la surprise, voire l'incrédulité peuvent prendre le pas, c'est lorsque Masaru Emoto obtient des cristallisations très différentes d'une eau de même origine mais dont les échantillons ont été soumis à des musiques variées. L'eau conserverait la mémoire de la vibration musicale et la retranscrirait dans la forme des cristaux. Et puis il y a un moment où l'on entre dans une autre dimension : les formes cristallines seraient influencées par les paroles auxquelles elles sont soumises.

Les mots sur l'étiquette auront-ils une influence sur la qualité ? Arnaud Immelé est persuadé que la personnalité du vigneron s'imprime dans le vin et que ce vin peut emmagasiner des impressions. (DR)

Les mots sur l'étiquette auront-ils une influence sur la qualité ? Arnaud Immelé est persuadé que la personnalité du vigneron s'imprime dans le vin et que ce vin peut emmagasiner des impressions. (DR)

Mémoire de l'eau, mémoire du vin

Encore plus fort : le fait d'inscrire sur le bocal dans lequel on enferme des échantillons d'une même eau soit “ tu es belle ”, soit “ tu es laide ”, entraîne dans le premier cas une cristallisation harmonieuse et dans le second, une autre parfaitement disgracieuse. Et d'en arriver à la conclusion, insensée, que la pensée, l'esprit, influenceraient directement la qualité de l'eau !
“ Le vin étant un support d'informations très subtil, j'ai établi un parallèle entre ces travaux sur la mémoire de l'eau et le vin. Et je suis aujourd'hui persuadé que la personnalité du vigneron s'imprime dans le vin et que ce même vin peut emmagasiner des impressions ”, indique Arnaud Immelé, oenologue-conseil. Et pour lui, cette influence de l'esprit sur la matière se manifeste en premier lieu à la cave, par le respect de ce chai dans lequel on travaille. “ Et cela commence simplement par la propreté des lieux : disposer d'une cave nettoyée et bien rangée. ” Une fois ces tâches accomplies, un dialogue va pouvoir s'établir entre le vigneron et le vin. “ Ce dernier d'ailleurs ne doit avoir qu'un seul maître. Il ne se passera rien si plusieurs cavistes gèrent la vinification ”, poursuit Arnaud Immelé.

Pour entamer cette “ conversation ”, chaque cuvée doit être considérée comme une entité à part entière. “ Comme on le ferait avec un animal de compagnie. Ce qui signifie qu'il faut nommer chaque cuvée, lui donner une personnalité pour entrer en relation avec elle en plaçant un écriteau sur la cuve. ” Mais s'inspirant des recherches de Masaru Emoto, mieux vaut faire attention à ce que l'on note sur cet écriteau. “ Chez un de mes clients, j'ai pu constater une amélioration qualitative très nette de son vin après qu'il eut noté sur cet écriteau ” grand vin très rond. “ À bien y regarder, tout cela relève en fait du bon sens, estime encore Arnaud Immelé.
“ Il ne s'agit pas de faire des incantations dans la cave. Et cet empirisme se traduit d'ailleurs par la signature du vigneron sur l'étiquette. Car ce qui est écrit sur cette dernière pourra aussi avoir une influence sur le vin. Or, bien peu de vignerons optent pour un nom ou une marque qui ne signifie rien. ”
Les intrants oenologiques brouilleraient-ils le message que souhaiterait faire passer le vinificateur à son vin ? Arnaud Immelé n'en croit rien. “ Un vin sans intrant n'est pas forcément un bon vin à forte charge émotionnelle. Le tout est d'avoir un profond respect du vin dans toute sa subtilité. Et plus le vigneron s'épanouira, plus il fera de grands vins et plus le message adressé au vin sera complexe. ”

Des expériences en cours

Reste à convaincre les sceptiques. Arnaud Immelé réfléchit à la mise au point d'un marqueur visant à prouver ce qui n'est encore que du domaine du ressenti. “ Avec mes employés, j'ai créé des groupes de dégustateurs. Pendant une semaine, un groupe déguste un vin élevé de manière conventionnelle et l'autre groupe un vin vinifié dans le plus grand respect de sa personnalité. Aux deux groupes de noter leurs impressions. Nous avons trouvé des différences, ce qui est un premier signe encourageant. ” Mais pas suffisant. Arnaud Immelé a un essai en cours. Sur une cuve, a été affiché le texte suivant : “ Tu deviens un grand vin, tu t'épanouis. Tu t'exprimes au niveau aromatique. Tu deviens plus gras et plus rond. ” Ce même message a été collé sur des bouteilles. L'analyse de l'évolution de ce vin par rapport à celle d'un témoin sera réalisée par cristallisation sensible. Attendons les résultats.

Source Réussir Vigne Mai 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier