Relèvement du seuil de revente à perte : une mesure sans fondement ?

« Farouchement opposée » au relèvement du seuil de revente à perte de 10 %, Claire Chambolle, directrice de recherche à l’Inra, affirme que cette mesure n’est « en aucun cas un moyen de défendre l’amont agricole ».

Lors d'une rencontre au salon de l'agriculture, organisée par l'observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, le projet de loi sur l'agriculture a été débattu. En ligne de mire : les mesures visant à mieux rémunérer les producteurs. L'une d'elle, notamment défendue par la FNSEA, consiste à limiter la guerre des prix en obligeant les distributeurs à revendre au minimum tout produit alimentaire au prix où ils l'ont acheté, majoré de 10%.

Pour Claire Chambolle, les défenseurs de cette mesure sont victimes d'une « incompréhension du système ». Ces derniers feraient le pari qu'en réduisant les tensions sur les prix, les agriculteurs pourraient bénéficier de meilleurs prix à la production. « Ce raisonnement-là n'a absolument aucun fondement », soutient la directrice de recherche, qui connaît bien le sujet car elle a été chargée de réaliser une évaluation de la loi de modernisation de l'économie (LME). Ce sont « les industriels et les plus puissants » qui seront les seuls à profiter du relèvement du seuil de revente à perte, résume-t-elle.

Encadrer les rapprochements

Claire Chambolle n'est guère plus optimiste quand elle évoque la mesure de la contractualisation inversée, visant à tenir compte des coûts de production. « Je ne vois pas bien ce que cela peut changer au rapport de force. Cela reste un problème structurel, un problème d'asymétrie », estime-t-elle. Face à un aval « très concentré », les producteurs sont au contraire fortement dispersés. « Le déterminant principal d'un rapport de force, c'est le nombre d'alternatives qu'a un fournisseur pour aller distribuer son produit », rappelle-t-elle.  

Celle-ci appelle donc à plutôt « faire avancer le droit » pour encadrer davantage les rapprochements des distributeurs. « Une centrale d'achat, ce n'est pas une fusion. Il s'agit juste de se mettre ensemble pour acheter. Ce n'est pas contrôlé par l'autorité de la concurrence », regrette-t-elle. Des super centrales se constituent et « on ne dit rien », alerte-t-elle.