Ruée sur le biogaz, et après ?

L’annonce par l’Etat, fin 2018, d’une baisse à venir des tarifs de rachat du biogaz injecté a provoqué une ruée sur les projets en 2019. La filière doit gérer cet emballement et se projeter après cette baisse annoncée. Retour sur une conférence du dernier salon Biogaz Europe.

Le salon Biogaz Europe s'est tenu à Nantes les 29 et 30 janvier et sa bonne fréquentation reflète l'engouement actuel pour la méthanisation, engouement qui n'est pas sans poser quelques questions, notamment celle du financement de la filière.
C'est sur ce sujet de l'évolution des mécanismes de soutien qu'une conférence a été organisée le 29 janvier au sein du salon. Pour cette série d'interventions, la salle était comble, preuve que le sujet intéresse et préoccupe, même si le principal acteur et décisionnaire, la DGEC (Direction générale de l'énergie et du climat du ministère de la Transition écologique) avait annulé sa participation.
Une annonce qui a engendré la ruée
Ce sont donc les acteurs de la filière qui ont présenté les évolutions et notamment l'emballement qui a caractérisé l'année 2019. «   Cet emballement a été consécutif à l'annonce de l'Etat d'une baisse à venir des tarifs d'achat du biométhane (1) », présente Hélène Bérault, animatrice de l'Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF). Cette annonce, que la filière a estimée « absurde », a entrainé une ruée sur les signatures de contrats, pour pouvoir bénéficier des tarifs actuels.
Christophe Bellet, de GRDF, en a donné l'illustration chiffrée : fin 2019, 123 sites de production de biogaz avec injection dans le réseau étaient en service en France (dont 86 agricoles (2)). La capacité totale raccordée au réseau est 2 TWh/an (1,235 TWh/an réellement injectés). Mais en liste d'attente, dans les portefeuilles des opérateurs, ce ne sont pas moins de 1085 projets qui sont présents, pour une capacité totale de 24 TWh/an. En un an, les objectifs de la PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) à 7ans sont dépassés !
Des opérateurs débordés, des tarifs qui flambent
Cet embouteillage de projets, s'il est une bonne nouvelle pour la filière et pour l'environnement, pose des questions : déjà, sur le terrain, on observe une hausse des coûts de construction de 20 à 40 %, les opérateurs étant débordés ; tous les ouvrages seront-ils construits dans les trois ans (pour bénéficier des « anciens tarifs ») ? ; et tous les ouvrages seront-ils de qualité ?
La question se pose aussi de l'après : la DGEC aurait évoqué un tarif d'achat du biogaz de 60 €/MWh (aujourd'hui, on est aux alentours de 105 €), et pourrait se diriger vers un système régulé par des appels d'offres (comme pour le photovoltaïque). Pour Florian Christ, agriculteur représentant l'AAMF, « personne ne vit avec 60 €/MWh ».
Une prime effluents sauvée
Dans ses négociations avec l'Etat, la filière a réussi à « sauver » une prime additionnelle, liée à l'utilisation d'une proportion importante d'effluents d'élevage. Mais n'a pas réussi à faire passer une prime « Cive » (Cultures intermédiaires à vocation énergétique) et le regrette vivement, car « la majorité des projets reposent sur des Cive. Si l'Etat ne veut pas en tenir compte, c'est surtout qu'il ne peut pas les contrôler ! ».
Florian Christ et ses collègues de l'AAMF reconnaissent cependant des avancées positives dans la nouvelle PPE, avec l'annualisation du tarif et la suppression du Cmax (Capacité maximale d'injection). Mais il est clair qu'avec la nouvelle tarification, la méthanisation post 2020 semble moins rentable qu'avant.
Retrouver de la rentabilité ?
La filière n'a toutefois pas dit son dernier mot : car, contrairement au photovoltaïque ou à l'éolien, la méthanisation est loin de se limiter à la seule production de biogaz. La filière travaille ainsi à faire reconnaître d'autres externalités positives pour la collectivité et qui pourraient justifier des soutiens : limitation des émissions de Gaz à effet de serre, protection de l'eau, gestion des déchets, résilience des exploitations...
D'autres idées émergent, plus originales. Christophe Bellet, de GRDF, a ainsi évoqué la norme RE 2020, qui s'appliquera au secteur du Bâtiment, et qui oblige notamment toute nouvelle construction à prévoir une part d'énergies renouvelables dans son mix thermique. « Cela obligerait chaque bâtiment à avoir sa propre pompe à chaleur, ou ses propres panneaux solaires ».
Christophe Bellet imagine une alternative à la multiplication de ces petits équipements : que les constructeurs puissent s'en affranchir en achetant des « équivalences » en biogaz ! « Nous travaillons sur cette hypothèse avec les Pouvoirs publics. Ce dispositif pourrait financer l'équivalent de 50 méthaniseurs par an. »
(1)     Les tarifs futurs n'ont pas encore été officialisés. La nouvelle PPE devrait prendre effet dans les prochaines semaines.
(2)    Les autres sont industriels, à partir de déchets ménagers et de déchets de stations d'épuration.