Feu vert de l'Assemblée au retour des néonicotinoïdes pour les betteraves

Coup de semonce pour la majorité : l'Assemblée nationale a adopté mardi 6 octobre le projet de loi controversé permettant la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour sauver la filière betterave, mais La république en marche (LREM) a enregistré une contestation record dans ses rangs.

Au total, le texte a recueilli 313 voix pour, 158 contre et 56 abstentions. Il doit désormais être examiné au Sénat en première lecture.

Chez LREM, 32 députés ont voté contre et 36 se sont abstenus, un record inattendu, tandis que seuls 175 du groupe macroniste dirigé depuis septembre par Christophe Castaner ont voté en faveur de ce texte prévoyant la réintroduction des néonicotinoïdes.

Cette contestation est le signe que ce "texte difficile, important", n'a pas pu réconcilier tous les tenants de l'écologie et de l'économie, y compris et surtout chez les marcheurs, comme l'espérait pourtant Julien Denormandie, le ministre de l'Agriculture.

Le précédent record de "fronde" avait été atteint en juillet 2019 sur un sujet également agroécologique, la ratification du traité de libre-échange entre l'UE et le Canada (Ceta) : 9 députés LREM avaient voté contre et 52 s'étaient abstenus.

Le groupe majoritaire aujourd'hui "s'affirme, a envie d'exprimer ses convictions", avait observé plus tôt le numéro un du parti LREM Stanislas Guerini, alors que plusieurs votes sensibles arrivent (IVG, bien-être animal...).

"Un choix éthique"

L'ensemble de la gauche a voté contre le projet de loi sur les néonicotinoïdes, une majorité des LR et MoDem pour, mais la plupart des groupes se sont partagés. "Il y a des votes qui échappent à la logique partisane car ils participent à des choix éthiques", avait fait valoir l'ex-ministre de l'Environnement Delphine Batho (EDS), farouche opposante au retour des néonicotinoïdes.

A l'heure où l'exécutif voulait entamer un tournant écologique dans le sillage de la Convention citoyenne pour le climat, il bute sur la sauvegarde d'une filière assurant la "souveraineté" agroalimentaire du pays, avec à la clef 46.000 emplois. Julien Denormandie a fait valoir qu'il n'y avait pas d'alternative efficace. Hors de question également de "tuer une filière française pour importer des sucres polonais, allemands ou belges".

Face à ce "renoncement", gauche et écologistes ont pilonné la majorité, LFI promettant même une plainte devant la Cour de justice de la République "pour mise en danger de la vie d'autrui", selon Mathilde Panot. "On n'aurait jamais dû en arriver là. C'est lié au retard et aux dysfonctionnements dans le suivi de la loi 2016. (...) Je ne peux pas donner un chèque en blanc au gouvernement", a confié le marcheur Guillaume Gouffier-Cha, qui s'est abstenu.

Réactions contrastées

Les réactions à ce vote ont été aussitôt nombreuses : la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) salue le "courage" et l'"ambition" du gouvernement. "Alors que la récolte débute et que les rendements sont encore plus catastrophiques qu’attendus dans les régions touchées, c’est un signal positif adressé aux betteraviers, de nature à les inciter à maintenir leurs surfaces", se félicite la CGB.

Farouchement opposée au retour des néonicotinoïdes, la Confédération paysanne dénonce un texte "au service d’une filière agro-industrielle" et qui ne contribuera pas à "protéger les producteurs et productrices de betteraves". "C’est la surproduction pour alimenter le marché international, choisie et organisée par les industriels, qui impose une situation catastrophique aux producteurs et productrices, argue le syndicat. Avec une telle logique court-termiste, le gouvernement envisagerait-il demain de proposer de réintroduire les hormones de croissance ou laitières pour pallier l’effet des sécheresses récurrentes sur la production de nos animaux ?!".