Filière lait : une situation financière qui se dégrade

Une hausse des cours

Après une année 2020 marquée par les confinements et les impacts que cela a induit sur le plan des circuits de distribution, l’année 2021 a été plus proche de la « normale ». Les produits ultra-frais et le lait liquide sont revenus à leur tendance long terme de recul de la consommation après un rebond exceptionnel pendant les confinements. Les exportations, portées par la Chine, ont été relativement dynamiques.

L’exercice 2021 a également été l’occasion d’une très forte hausse des cours bénéficiant aussi bien à l’amont qu’à l’aval. Mais face à cela, l’inflation a impacté les coûts de production sur tous les maillons de la filière. Cela s’est traduit, en fin d’exercice, par le retour des tensions avec la distribution.

Favorisant l’activité… mais pas la rentabilité

Les opérateurs laitiers améliorent leur chiffre d’affaires de façon organique sur la plupart des métiers et l’ensemble des tailles d’entreprises. Les industriels ont pu s’appuyer sur des cours dynamiques venant compenser des volumes parfois en retrait.

En revanche, la rentabilité ne progresse pas pour la plupart des acteurs à l’exception des Petites entreprises.

Une situation financière qui se dégrade

Bien que demeurant à un niveau satisfaisant, la structure financière de la filière se dégrade de façon prononcée notamment le leverage en raison d’une reprise des investissements.

Pour autant, cette détérioration ne se traduit pas sur les risques qui sont toujours bas comparativement à l’agroalimentaire dans son ensemble.

2021 : retour à une année normale ?

Sur l’amont, 2021 aura été marquée par une baisse de la collecte chez les trois principaux producteurs européens (Allemagne, France, Pays-Bas), en particulier en fin d’exercice. Ceci a pu provoquer quelques arbitrages de production chez les industriels confrontés à une moindre disponibilité. Sur le plan de la consommation les grandes tendances présentes avant crise de la covid sont revenues : les PGC, après avoir bénéficié des confinements, ont subi un net recul de leurs ventes. En revanche, les fromages ont continué de progresser. Néanmoins, l’année aura été atypique pour le bio avec des volumes toujours en progression sur le plan de la collecte mais une consommation en recul.

Globalement, les entreprises de la filière ont traversé correctement les différentes périodes de confinement. En effet, les volumes se sont maintenus en raison de la faible importance de la RHF dans leurs débouchés mais aussi grâce à un transfert de la consommation vers la GMS.

La hausse généralisée des prix et des coûts de production a débuté en 2021 et s’est accentuée en 2022

Tandis que les déséquilibres de marché commençaient à se faire sentir dès 2021 au niveau des prix (hausse des prix des produits industriels, de la collecte, de l’aliment, de l’énergie, de la main-d’œuvre…), le conflit russo-ukrainien et les sanctions infligées à la Russie ont très largement accentué le phénomène. La croissance attendue pour 2022 a laissé place à une période d’inflation généralisée très difficile à piloter. La flambée des prix des matières premières agricoles et de l’énergie plonge de fait l’agriculture et les industriels de l’agroalimentaire dans l’incertitude et l’anxiété pour 2023. La situation est fragile et il est impossible de faire des prévisions tant elles dépendent de facteurs multiples sur lesquels les industriels n’ont aucune maîtrise (guerre en Ukraine, météo, stocks de gaz, état du parc nucléaire, etc.). Des sites industriels ont d’ores et déjà limité leur production notamment certaines tours de séchage de lait, très énergivores. L’analyse des situations individuelles est complexe ; elles dépendent notamment des dates de contrats d’énergie avec les fournisseurs.

 

Dans un contexte économique difficile, les revendications légitimes d’augmentation des prix font face à la pression de la distribution pour défendre le pouvoir d’achat des consommateurs qui y sont particulièrement attentifs et n’hésitent pas à arbitrer vers les produits les moins chers. Ainsi, le bio continue de subir une baisse de la consommation dans la distribution. De façon générale, les industriels de la filière lait risquent une érosion sensible de leurs marges en 2022 et 2023.

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