Du zéro herbicide en arboriculture

Membre d'un groupe Dephy, Pierre Chassaing, producteur de pommes du Limousin, a complètement arrêté l'utilisation d'herbicides.

Pierre Chassaing est arboriculteur à Beyssac, en Corrèze. Ses 10 ha de vergers sont plantés à "99 % avec des Golden, vendues sous l'appellation protégée Pomme du Limousin", précise le producteur, en conventionnel. Pour la première fois, en 2020, il n'aura utilisé aucun herbicide dans ses parcelles. Une évolution de pratiques issue d'une réflexion lancée il y a plusieurs années. Depuis près de six ans, Pierre Chassaing est membre d'un réseau Dephy. Le groupe d'arboriculteurs est animé par un technicien, dont le poste est rémunéré grâce à des fonds Ecophyto. 

"Je voulais réduire mes intrants, et mieux connaître les ravageurs et les maladies, en acquérant plus de connaissances", explique Pierre Chassaing. Ce réseau Dephy a été créé en 2011. Il compte huit arboriculteurs et deux lycées agricoles. Un lycée et trois producteurs sont en bio, un est mixte, et le reste est en conventionnel. "L'objectif, c'est notamment de travailler sur la reconnaissance des bioagresseurs et des auxiliaires pour optimiser les périodes d'intervention", explique Sandra Chatufaud, conseillère en santé des végétaux spécialisée en arboriculture fruitière à la Fredon Nouvelle-Aquitaine, et animatrice du groupe depuis fin 2019. Les producteurs expérimentent aussi sur le désherbage mécanique.

Un Herbanet pour désherber au pied des arbres

Chez Pierre Chassaing, l'interrang était déjà enherbé, initialement avec du ray-grass et un peu de fétuque. Il est tondu deux à trois fois par an, notamment pour limiter le risque de gel. Sous le rang, "j'ai commencé en mixte à partir de 2013", raconte l'arboriculteur. "J'ai combiné les deux jusqu'à 2020". En moyenne, deux passages avec du glyphosate étaient réalisés. Depuis cette année, le désherbage est 100 % mécanique, avec coupe de l'enherbement naturel au pied des arbres à l'aide d'un Herbanet. L'outil est constitué d'un moteur actionnant un rotor composé de fils de nylon, qui coupent l'herbe sans abîmer la base des arbres.  "Je fais trois à quatre passages par an", chiffre Pierre Chassaing. "Trois de mars à juillet, et un passage en novembre-décembre, à la chute des feuilles, pour la prophylaxie. L'outil déchiquette les feuilles, et ensuite on les broie". 

Pas de soucis avec l'irrigation, 80 % de ses surfaces sont en goutte-à-goutte, à 80 cm au-dessus du sol. Pour l'instant, il n'a pas vu de baisse de rendement, et évoque même un effet positif l'été : "l'herbe fait comme un petit couvert végétal, qui réduit un peu l'évapotranspiration du sol". Son bilan est positif, mais Pierre Chassaing pointe l'augmentation du temps de travail : "là où je mettais une heure par hectare, une à deux fois par an, maintenant je passe quatre fois, et il me faut une heure et demi à deux heures par hectare selon les parcelles". Si son choix est personnel, il correspond aussi à une volonté de l'organisation de producteurs qui commercialise les pommes. Dans les jeunes vergers, le sol est travaillé superficiellement avec un NaturaGriff.

Echanger sur les réussites et les échecs

Le producteur a aussi fait évoluer ses pratiques en matière de lutte contre les maladies. "J'ai investi dans une station météo Comsag, avec un capteur d'humectation", indique Pierre Chassaing. "Un modèle est intégré, et grâce à une application smartphone, je peux suivre le risque tavelure". Il a ainsi pu réduire les doses sur les deux premiers traitements, et supprimer, selon les campagnes, des traitements en cas d'absence ou de faible pluie. Depuis quelques années, il voit plus d'auxiliaires, même si en 2020, "ils sont arrivés un peu tard vu la pression puceron". Seul regret en matière de baisse des phytos : "il n'y a pas de système d'assurance pour le risque encouru. On n'a pas le droit à l'erreur".

Le groupe Dephy lui permet d'échanger, de confronter les idées et les pratiques de chacun. "C'est la première attente des producteurs. Discuter de ce qui a marché, ou non", appuie Sandra Chatufaud. A l'échelle du groupe Dephy, une nette baisse de l'IFT (Indice de fréquence de traitement) a été observée entre 2011 et 2017, notamment sur herbicides, et sur insecticides, avec le développement de la confusion sexuelle et de produits de biocontrôle comme la carpovirusine. D'ici fin 2020, des bilans seront fait à l'échelle des fermes, pour voir l'évolution des pratiques entre leur arrivée dans le réseau et maintenant.