Grignon, le monticule qui cache le bulldozer de l’artificialisation

[Edito] Le gouvernement a suspendu la vente du domaine de Grignon dans les Yvelines, riche de 275 hectares d’espaces agricoles et forestiers. Résistera-t-il aux pressions des communes et des Régions qui demandent le report d’une échéance de la loi Climat et résilience portant sur l’artificialisation des sols ?

AgroParisTech, ex-Institut national agronomique Paris-Grignon, la plus ancienne et la plus prestigieuse des écoles d’agronomie, et son château classé, dont les origines remontent à 1826, ne seront pas convertis en logements, maison de retraite, résidence pour personnes âgées et autre « pôle d’innovation et de développement économique tourné vers l’agriculture et l’alimentation durable ». Sous la pression d’élus et de la communauté étudiante et scientifique, l’Etat, propriétaire des lieux, vient de suspendre sa cession à un promoteur immobilier, en dépit du fait que le projet ne portait pas atteinte aux 275 hectares d’espaces naturels, répartis à parts égales entre terres agricoles et forêts, sur un total de 310 ha. La cession est reportée au second semestre 2022 mais le déménagement d’AgroParisTech sur le pôle scientifique et technologique de Saclay (Essonne) reste effectif.

Non-alignement des planètes

Les opposants au projet disposent donc d’un répit pour proposer un projet alternatif axé sur la recherche et la transition écologique, lequel n’avait pas reçu les faveurs de l’Etat lors de la procédure de cession initiée en mars 2020. Mais depuis, entre la sortie toute fraiche (août 2021) de la loi Climat et résilience, visant à essayer de tempérer l’atmosphère, la tiédeur d’une COP26, et la prochaine mouture de la Stratégie nationale pour la biodiversité, les planètes ont quelque peu bougé. Et en dépit d’une artificialisation relative, le projet immobilier aurait fait tache, moins dans le paysage yvelinois (qui peut se consoler avec le Campus Hectar) que dans le paysage médiatique et politique, à quelques mois du premier tour de la présidentielle.

22 février 2022

Mais avant le 10 avril 2022, il y aura le 22 février 2022, qui marquera les six mois de la promulgation de la loi Climat et résilience. A cette date, conformément à l’article 194, communes, intercommunalités et Régions devront avoir mis sur pied la Conférence des SCOT (Schémas de cohérence territoriale) afin de traduire l’objectif de réduction par deux de la consommation effective d’espaces naturels agricoles et forestiers dans les dix prochaines années, comparativement aux dix années précédentes (article 191). Dans un communiqué commun, l’Association des maires de France (AMF) et Régions de France viennent de demander le report de cette échéance, invoquant « la nécessité de réaliser un travail approfondi ». Avec ou sans l’aide d’une pelleteuse ? Gardons-nous de la caricature. Les collectivités affirment réclamer un simple report, que pourrait entériner le projet de loi 3DS (Différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification). Et puis nombreuses sont celles qui, à l’image de Valence, Pau ou Limoges soignent leur Ceinture verte, au travers de Sociétés coopératives d’intérêt collectif. Et à la brouette.