Le chanvre, un miracle de la nature

Depuis 2017, l’association Lin et Chanvre bio (LCBio) déploie des essais de chanvre en Normandie, soutenue par l’Agence de l’eau et la Région Normandie. Un des objectifs est de créer une nouvelle filière chanvre textile, en s’appuyant sur le savoir-faire des liniculteurs et les outils de teillage de lin. L’Agriculteur normand suit en exclusivité, et de l’intérieur, les étapes de cette nouvelle aventure agronomique. Une série à retrouver chaque mois dans nos pages.

Culture de printemps, le chanvre présente des atouts agronomiques indéniables. Liniculteur dans la plaine de Caen, Henri Pomikal les découvre en 2019, en intégrant les essais chanvre normands.

 

Après sa rencontre avec Nathalie Revol, chargée des essais chanvre en Normandie pour l’association Lin et Chanvre bio (LCBio), le producteur de lin Henri Pomikal, alors président de la coopérative linière du nord de Caen, casse 300 m2 de betteraves pour semer du chanvre. Il intègre le programme de LCBio qui réalise des essais chanvre textile en Normandie depuis 2017. L’association lui fournit la semence, assez chère – le double de celle du lin - et Nathalie Revol réalise les comptages : « à la levée, je compte la densité et à la récolte, la hauteur, le diamètre et la densité ». LCBio indemnise les producteurs et se rend propriétaire de la matière, « on la regroupe procéder à des essais filature et vérifier le potentiel textile de nos essais».

 

Sans herbicide ni insecticide

Les variétés de chanvre (cannabis sativa L.) semées en France sont sélectionnées pour leur faible teneur en THC, inférieur à 0,2%. Le THC est la molécule psychotrope du cannabis.

Semé mi-mai, c’est une culture annuelle qui rompt le cycle des adventices, favorise l’allongement des rotations. Excellente tête d’assolement, le chanvre structure le sol grâce à ses racines pivotantes. Il ne nécessite aucun désherbage, ni chimique, ni mécanique, et laisse un sol propre. Rustique, le chanvre est cultivé sans fongicide, ni insecticide et, comme le lin, ne nécessite aucune irrigation. C’est une culture qui permet de réduire l’indicateur de fréquence de traitement (IFT) de l’exploitation. Pour toutes ces raisons, le chanvre est naturellement adapté aux méthodes de l’agriculture biologique.

 

Remplacer la betterave

Plante étouffante, le chanvre nettoie les sols et assure parfaitement son rôle dans l’assolement. Aussi, elle pourrait avoir toute sa place dans les exploitations, notamment celles qui, comme Henri Pomikal, ont perdu la betterave. Selon lui, l’idéal est une rotation type colza-blé, blé-lin, blé-chanvre qui permet de conserver une rotation de six ans minimum pour pouvoir faire du lin. « On va retrouver une rotation de six ans et, en théorie, si tout va bien, on peut remplacer la betterave par le chanvre.

C’est ça qui m’a fait aller vers cette culture », confie-t-il. En bio, le chanvre peut être une bonne tête d’assolement. Sans fongicide, sans désherbage, le chanvre ne nécessite aucun intrant. « Je travaille dans l’esprit du conventionnel, conclut le linicuteur, mais le chanvre répond aux demandes sociétales actuelles ». L’objectif est d’avoir une rentabilité au moins égale au lin, voire supérieure, sachant que le prix du chanvre, qui vient du Chine, est actuellement supérieur à celui du lin.

Henri Pomikal et son chien sur la parcelle d'esaai chanvre 2020
Henri Pomikal, sur sa parcelle d’essais en mai 2020.

Il rouit mieux que le lin

 

Dans ses essais, Henri Pomikal a expérimenté le rouissage du chanvre, cette étape pendant laquelle l’alternance de soleil et de pluie déclenche le défibrage la tige. « Pour le faire rouir au sol, en 2019, on a fauché à la main, on l’a coupé avec une débroussailleuse et on l’a parallélisé au sol. On s’est aperçu que le chanvre rouit plus facilement que le lin », s’émerveille Henri Pomikal. Seul bémol, la machine capable de ramasser, couper et paralléliser le chanvre comme le lin n’existe pas encore !