Les éleveurs pyrénéens dénoncent un projet pro-ours à 8 millions d’euros

Le projet européen Life Ours-Pyr flèche 8 millions d’euros pour « acculturer » le massif pyrénéen à la présence et au déploiement du grand prédateur. Les éleveurs dénoncent un projet aussi dispendieux que mortifère pour le pastoralisme, élaboré en catimini par la Dreal d’Occitanie, au mépris des élus et des populations.

« 8 millions d’euros pour permettre l’organisation de sorties scolaires par des associations environnementalistes dénuées de tout ancrage territorial et pour nous expliquer comment faire notre métier et comment cohabiter avec les ours alors que toutes les mesures de protection sont inefficaces, le tout sans la moindre consultation ni des élus ni des représentants professionnels : voilà comment les sachants de la Dreal et de l’Europe nous traitent, nous les manants de la montagne pyrénéenne ». Philippe Lacube, président de l’Association des chambres d’agriculture des Pyrénées (Acap), était particulièrement remonté en conférence de presse ce 12 mai, alors qu’au même moment, la Dreal d’Occitanie dévoilait le contenu du programme Life Ours-Pyr.

Philippe Lacube, président de la Chambre d’agriculture de l’Ariège et de l’Association des chambres d’agriculture des Pyrénées (Crédit photo : R. Lecocq)
Philippe Lacube, président de la Chambre d’agriculture de l’Ariège et de l’Association des chambres d’agriculture des Pyrénées (Crédit photo : R. Lecocq)

Multiplication et réintroduction

Le programme est crédité de 8 millions d’euros, ce qui équivaut quasiment au quart du budget alloué au Plan ours 2018-2028 (34 millions d’euros). « En temps de Covid, au regard des difficultés des populations et des agriculteurs dans nos territoires de montagne, c’est un budget pharaonique, dénonce Clémence Biard, présidente des JA de l’Ariège. Certaines mesures du programme bénéficient de financements à 100% alors que l’on plafonne à 70-75% pour celles bénéficiant aux éleveurs dans les zones très prédatées ».

Le programme a notamment pour objectif de multiplier par trois le nombre d’individus sexuellement matures tout en luttant contre la consanguinité. « On nous prépare à l’introduction de nouveaux spécimens », s’insurge Philippe Lacube.

Des estives abandonnées, des pratiques modifiées

Selon l’Acap, la population d’ours a explosé depuis 2016 et avec elle le nombre d’attaques, multiplié par trois sur la période, aux effets à la fois spectaculaires et insidieux. « On assiste à des changements de pratiques, avec par exemple l’abandon de certaines estives, explique Philippe Lacube. Des exploitations qui élevaient des brebis allaitantes transhumantes sont passées à des brebis laitières restant à demeure sur la ferme ».

« On monte les brebis plus tard en estive et on les redescend plus tôt pour réduire la peur, le stress et le risque de les retrouver le matin au fond d’une corniche », abonde Clémence Biard.

Les éleveurs dénoncent le coup de force d’une administration agissant sans la moindre caution des élus et des instances représentatives, le Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises un temps engagé dans le projet ayant fini par s’en retirer. « Même la Draaf n’était pas au courant et l’a signifié officiellement au Préfet de Région ».

L’Acap demande le retrait pur et simple du projet Life Ours-Pyr.