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Mercredi 11/03/2026

Pétrole, gaz, engrais : dix jours d’affolement des prix

Publié par Pleinchamp

La guerre au Moyen-Orient entraîne depuis une dizaine de jours une forte hausse des cours des matières premières et une volatilité marquée. Dans le sillage du pétrole, les cours du blé ont bondi, mais ce regain de fermeté ne fait pas le poids face à la hausse du gaz, du GNR et des engrais.

Le blocage du détroit d'Ormuz par l’Iran depuis fin février 2026, en réponse aux frappes américano-israéliennes, perturbe gravement les flux maritimes. Ce détroit est une artère vitale pour le commerce mondial, par laquelle transite environ un cinquième du pétrole (20 millions de barils par jour) et du gaz naturel liquéfié. Large d’une cinquantaine de kilomètres entre l’Iran et Oman, il relie les pays pétroliers du golfe Persique à l’océan Indien. « En une semaine, le trafic maritime sur le détroit a chuté de 70% », indique Majda En-nourhi, chargée d’études économiques chez FranceAgriMer. Les coûts de transport et les primes d’assurance sont fortement impactés. « L’indice du fret maritime pour le pétrole brut a bondi de 54% en une semaine », précise-t-elle.

Plusieurs sites de production pétrolière et gazière ont été touchés en Iran, mais aussi au Qatar, en Arabie Saoudite et au Bahreïn. En conséquence, les cours du gaz et du pétrole se sont envolés, avant de redescendre en début de semaine, après les annonces de Donald Trump et d’autres dirigeants internationaux essayant de rassurer le marché. « Entre le 27 février et le 10 mars, le cours du brent a augmenté de 28% et celui du gaz européen de 52% », poursuit Majda En-nourhi.

Flambée de l'azote dans le sillage du gaz

Le marché mondial des engrais est perturbé à double titre. D’une part car un tiers du transport maritime mondial des engrais, dont 30% de l'urée et 20% de l'ammoniaque, transite par le détroit d’Ormuz. D’autre part car la hausse des prix du gaz pénalise l’industrie des engrais. « Pour l’instant, les usines d’engrais européennes fonctionnent normalement. Toute hausse supplémentaire du gaz pourrait néanmoins raviver le risque de fermetures massives, similaires à celles de 2022 », alerte le cabinet Argus. L’Egypte, premier fournisseur d’urée de l’Union européenne, voit sa production fortement perturbée par le conflit.

Selon Argus, les stocks européens, construits en fin d’année 2025 en anticipation du MACF (mécanisme d'ajustement carbone aux frontières), ont rapidement été écoulés. « Si le conflit persiste, il faudra reconstruire des stocks à des niveaux de prix élevés », note le cabinet d’analyse. « Le regain de fermeté des céréales est en comparaison insuffisant », affirme-t-il.

Les cours du blé ont évolué depuis 10 jours dans le sillage du pétrole. Après avoir testé la résistance de 210 €/t sur l'échéance Mai d'Euronext en début de semaine, son plus haut niveau depuis août 2025, le blé est revenu clôturer à 204 €/t le 10 mars. Si les fondamentaux sont actuellement relayés au second plan par la géopolitique, la lourdeur des disponibilités mondiales est toujours de nature à peser sur les cours. Les conditions de cultures au niveau mondial sont globalement favorables. Publié le 10 mars, le dernier rapport du département américain de l’agriculture, l’USDA, prévoit une production mondiale de blé de 842 millions de tonnes pour 2026, contre 800 millions en 2025, et des stocks de fin de campagne à 277 millions de tonnes, au plus haut niveau depuis 5 ans.

"De l’inquiétude et de la colère"

« Il y a de l’inquiétude et de la colère » chez les agriculteurs, entre le MACF et la hausse des cours, témoigne Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé « Grandes cultures » de FranceAgriMer. Céréalier dans la Marne et président de la coopérative Novagrain, il craint une amplification des difficultés de trésoreries, dans un contexte de prix des intrants déjà élevés, ainsi qu’un risque pour la récolte de blé 2026. « Etant donné le prix des engrais, même s’ils sont déjà couverts, la moindre unité d’azote est calculée. Les agriculteurs pourraient faire le choix de diminuer les derniers apports d’azote, avec à la clef, le risque d’une perte de qualité », estime-t-il. Enfin, le prix du GNR « a doublé en 10 jours », ajoute-t-il, et ce, alors que les travaux de printemps débutent.