Plus de pâturage et moins de concentrés avec la mixité ovin-bovin

Un système combinant ateliers bovin et ovin au pâturage se révèle économiquement intéressant dans la mesure où la ressource en herbe, mieux valorisée, permet de limiter les concentrés dans la ration.

« Avec une gestion raisonnée du parcellaire de pâturage et en gardant le meilleur pour les agneaux, nous avons atteint notre objectif qui était de produire des agneaux 100 % à l’herbe dans le système mixte », s’enthousiasme Karine Vazeille, en charge de l’expérimentation Salamix, sur le site Inrae de Laqueuille (Puy-de-Dôme). Les agneaux, dès 15 jours, sont mis à l’herbe avec leurs mères. Leur gain de croissance quotidien est de 199 g/j jusqu’au sevrage, les mères bénéficiant d’une herbe d’excellente qualité sans concurrence entre elles. Ainsi le poids des agneaux au sevrage est plus élevé que celui des agneaux conduits en pâturage mono spécifique. Une fois sevrés, les agneaux sont mis sur les parcelles fauchées pour qu’ils aient les repousses plus riches nutritionnellement à consommer. Ils sont donc prêts à être abattus plus précocement que ces derniers et sont vendus globalement sur août. Les agneaux issus du troupeau mono spécifique marquent une croissance moins rapide, ce qui a amené les chercheurs à ne les commercialiser qu’à partir de septembre. « Fin août, l’herbe vient à manquer et nous devons rentrer les agneaux pour finir l’engraissement en bergerie et donc avec du concentré », explique Karine Vazeille.

Les brebis profitent également de la mixité au pâturage en ayant accès à de l’herbe de meilleure qualité, car elles peuvent trier ce qu’elles consomment. Leur consommation de concentré est donc sensiblement plus faible par rapport à celles conduites en mono spécifique (soit 20 % de concentrés en moins sur l’année). « Selon les besoins et les stades physiologiques, on va avantager telle ou telle espèce à tour de rôle, complète la chercheuse. Les brebis suitées sont prioritaires sur les bonnes parcelles et vont donc bénéficier de l’action des vaches. Par contre, après sevrage des agneaux, les brebis taries passent après les vaches et leurs veaux. »

Christophe Rainon, conseiller ovin à la chambre d’agriculture de la Nièvre

Des frais limités sur les ovins

 

 
Christophe Rainon, conseiller ovin à la chambre d’agriculture de la Nièvre © B. Morel

 

« La conduite des troupeaux ovin-bovin en mixte permet de limiter la consommation de fourrages et de concentré, au moins pour le troupeau ovin qui reste au pâturage quand les vaches rentrent en bâtiment. Sur l’exploitation de Pascal Meulé, les paramètres zootechniques sont maîtrisés (bien-être, santé, croissance, etc.), les objectifs de productivité sont atteints donc l’atelier ovin est rémunérateur. À cela s’ajoute le faible montant des charges de conduite puisqu’il ne réalise pas d’échographies et la pression parasitaire étant faible grâce à la mixité, les frais vétérinaires restent limités (anthelminthiques et vaccins). »

Des revenus complémentaires entre veaux et agneaux

« Nous vendons nos broutards de fin août à fin décembre tandis que nos agneaux partent au moment de Pâques, puis les sorties s’étalent jusqu’à la fin de l’été. Nous avons donc une période assez longue dans l’année avec des rentrées d’argent », apprécient Nicolas et Arnaud Dupont, éleveurs en Saône-et-Loire. L’élevage ovin permet d’avoir des rentrées d’argent plus rapides et plus régulières qu’en atelier bovin, avec des agneaux prêts à partir trois mois après leur naissance. « Avec la diversification, nous avons gagné en souplesse et en résilience face aux aléas des marchés, renchérit Pascal Meulé, éleveur ovin et bovin dans la Nièvre. Quand les prix baissent dans une production, on doit pouvoir compter sur l’autre pour être toujours rémunératrice. » Pour l’éleveur nivernais, le gros de l’activité est dédié aux bovins.

Mais tout de même, il prête beaucoup d’attention à sa troupe ovine. « Beaucoup d’élevages sont tombés dans ce cercle vicieux de délaisser la partie ovine faute d’une rémunération suffisante dans les années 2000, se remémore Pascal Meulé. Et un troupeau dans lequel on n’investit pas fonctionne toujours plus mal… c’est comme ça qu’il y a eu beaucoup d’arrêts d’ateliers ovins. » Chez lui, les ovins représentent 12,5 % du chiffre d’affaires, en comptant les prix de vente et de l’aide ovine. Il arrive à une marge brute de 100 euros par brebis, avec une valorisation en 2021 de 135,71 euros par agneau vendu, pour un poids carcasse moyen de 18,30 kg.