Sept moutons en un

Au large de la baie des Moutons, dans le sud du Nord, un sélectionneur a trouvé la solution pour les éleveurs terminaux indécis quant au choix de la race ovine.

« Je vais bientôt demander une inscription pour une nouvelle race ovine, dès lors que la population pourra être vraiment identifiable », s’exclame Adso Mont. Ce sélectionneur ovin, implanté sur la toute petite île nordiste de Fort-Magnaux, a trouvé un bon filon pour les éleveurs qui ne savent comment choisir avec quelle race ovine travailler. « J’ai effectué un croisement à sextuple étage, ce qui me permet d’avoir un agneau issu de sept races différentes, avec des aptitudes variées », poursuit Adso, montrant son schéma de sélection. Et la première génération de ce mouton 2.0 a vu le jour il y a six mois. L’éleveur a ainsi pu avoir un premier aperçu des qualités de ces agneaux. « Ce sont des agneaux très hétérogènes, c’est vrai, mais la race demande encore à être stabilisée. Les sept races sélectionnées étant elles-mêmes très différentes, la deuxième génération devrait aplanir les variations », appuie Derek Quint, conseiller ovin indépendant dans les Hauts-de-France.

Il faut l’avouer, c’était joueur de la part d’Adso Mont que de croiser des Grivette avec des Boulonnais et des Ile-de-France (dont la race fête ses 100 ans). A cela, il a ajouté des basco-béarnaises « pour les qualités laitières », souligne-t-il, des Solognotes, « pour la rusticité » et des Est à laine Mérinos pour la laine. Enfin, petite touche finale, la brebis Corse qui permet une meilleure résilience face aux sécheresses et aux canicules à répétition de ces dernières années. « Ce n’était pas simple de les faire venir celles-ci car il y a un embrouillamini sanitaire autour de la FCO », souffle Adso Mont, levant les yeux au ciel. Déjà, de nouveaux caractères sont apparus sur les jeunes ovins. « Certains ont développé une aptitude particulière pour la nage, c’est très appréciable pour les élevages insulaires ou pour des marchés de niche comme les agneaux de prés salés », reprend Derex Quint, toutes dents dehors.

« Cette nouvelle race qui, j’espère, sera bientôt homologuée, pourra permettre à un éleveur de changer même de type de production s’il le souhaite, passant ainsi de laitier à allaitant ou encore lainier », souligne Jessy Lure, chargée de projet au Ministère de l’Agriculture au service des enregistrements des nouvelles races et variétés animales, végétales et minérales, à l’exclusion des produits issus de manipulations chimiques. Derrière cet intitulé de poste long et digne de l’administration française, se cache la personne clé pour faire entrer le Mouton Griboilesolcornos dans la grande famille des ovins de France. Et vous, très chers lecteurs, dans la grande famille des piégés par un poisson d’avril !